UNIS DANS LA MÊME MISÉRICORDE DE DIEU

Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4, 6-8 + 16-18 ; Mt 16, 13-19
SS. Pierre et Paul - (29 juin 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

Arlet : Saint Pierre

L

'Église a réuni dans une même fête saint Pierre et saint Paul. Tous les deux partagent cet amour du Christ, tous les deux partagent cet amour qui va jusqu'au bout, ce martyre à Rome. Tous les deux partagent la même gloire, eux qui, peut-être au départ, étaient tellement dissemblables, tellement différents de caractère. Si l'on dit que Pierre était un peu soupe au lait, qu'il peut changer d'avis, qu'il peut de manière assez passive, comme cette libération de sa prions, en quelque sorte se laisser faire, alors qu'il dort encore, comme il dormait au jardin de Gethsémani, mais en même temps, il peut sortir un glaive. Paul au contraire, lui on a l'impression qu'il peut sortir une flèche, comme quelqu'un qui est lancé, qui a une sorte de trajectoire, une sorte de flèche brisée, une trajectoire que le Seigneur a brisée pour en faire un apôtre, comme la trajectoire de Pierre d'une certaine manière aussi. 

       Il en a un qui pêcheur, qui est habitué à ce lac qui a l'habitude de travailler de ses mains, il travaille du côté de la production, et l'autre construirait des tentes. C'est quand même deux tempéraments assez différents. L'Église a quand même choisi de les célébrer ensemble. Hier soir aux Vigiles, un office qui gagne à être connu, parce qu'il permet d'illuminer toute la journée qui suit de tous ces textes que nous lisons, hier nous lisions un texte des Galates. Paul y raconte qu'après avoir été mis à part pour la mission pour aller évangéliser les païens, sans consulter la chair et le sang, sans monter à Jérusalem trouver les apôtres, Paul raconte comment il est parti trois ans en Arabie et à Damas, et seulement après, il monte à Jérusalem pour y rencontrer Pierre. Que se sont-ils dit pendant ces quinze jours qu'ils vont passer ensemble ? Pourquoi Paul est-il allé voir Pierre ? Pourquoi Pierre, après ce temps de désert, d'exil, d'éloignement, ce temps vraiment mystérieux, pourquoi est-il allé voir Pierre ? Il n'est pas allé voir un pape crossé, mitré, il n'avait pas encore sans doute une vision très très juste, forcément, de la primauté de Pierre, mais il est allé voir celui qui avait renié. Profondément, il est allé voir celui qui avait renié son Sauveur. Il est allé voir celui qui était le témoin d'un passage par l'abîme, d'un passage par le reniement, d'un passage par la nuit, parce que lui-même avait vécu ce passage par la nuit, cette nuit du reniement, de la non-reconnaissance de l'Église comme Corps du Christ. 

       Vous savez comment Jésus, lors de la conversion de Saint Paul lui dit: "Je suis Jésus que tu persécutes", quand saint Paul allait persécuter les chrétiens. Lui aussi, Paul, est passé par le reniement, lui aussi Paul est passé par la nuit de la foi. Pierre avait renié la Tête, Paul n'avait pas reconnu le Corps. Ils sont tous les deux saisis, je crois par la miséricorde, par la grâce, par ces yeux qu'on a essuyé. Ils sont tous les deux unis dans cette miséricorde quand ils dansent sur l'icône qui est là, c'est la dans de ceux qui ont été graciés. Quand ils se sont rencontrés, ils n'ont pas essayé de dire : voilà, toi, tu t'occupes de l'ACE, toi tu t'occupes de l'ACO, toi tu t'occupes de l'ACI, toi tu t'occupes du MCC, on va se répartir l'Église, on va mettre en place des réunions. Ils ne se sont pas focalisés non plus sur des points de doctrine, mais ils ont accueilli chacun cette grâce qui leur avait été faite à tous les deux. 

       En fait, ils se sont reconnus. Ce Paul n'est pas venu chercher une lettre de mission, la créance de baptême que lui avait donné Ananie était bien suffisante, non, ils se sont reconnus comme des pécheurs graciés. Là, on touche profondément ce qu'est la communion dans l'Église. Ce n'est pas forcément d'abord une reconnaissance d'un certain nombre de points, d'idées, car les idées sont très variées dans notre Église, ce n'est pas forcément une reconnaissance d'un métier qu'on pourrait faire ensemble, d'organisations qu'on pourrait mettre concrètement en place, mais la reconnaissance fondamentale, c'est celle-là. Tous les deux, avec celui que je rencontre, nous sommes en communion, parce que Dieu nous a pardonné, Dieu est allé jusqu'à sécher nos larmes, Dieu est allé jusqu'à laver notre reniement. C'est pour cette raison que nous les fêtons ensemble. C'est pour cela qu'on peut mettre sur le même pied d'égalité saint Pierre et saint Paul. Au plus profond, c'est cela, c'est cette miséricorde de Dieu qui les a saisis. 

      Nous sommes tous à ce moment-là, saisis comme dans une seule gerbe par cette grâce, par cette miséricorde, et reconnaissons notre frère, notre sœur, comme celui qui comme moi, a été gracié, comme moi, a pu recevoir ce pardon en profondeur. 

 

        AMEN