DIFFÉRENCE DANS L'UNITÉ

Ac 12, 1-11 ; 2 Tm 4, 6-8 + 16-18 ; Mt 16, 13-19
SS. Pierre et Paul - (29 juin 2006)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Le Bizot : Saint Pierre

F

rères et sœurs, vous le savez bien, on ne peut pas imaginer deux caractères aussi opposés que celui de Pierre et celui de Paul. Pierre, c’est cet homme pêcheur, enraciné dans les traditions de son petit village de Capharnaüm, cet homme sans doute petit patron d’entreprise, un homme qui à certains moments peut avoir des colères, des enthousiasmes, des emportements, mais selon l’expression que nous avons en français, souvent un peu soupe au lait, ça monte très vite, et ça retombe. Tout le monde sait le comportement de Pierre pendant la Passion. Quand il est encore avec Jésus, il ne veut pas que Jésus aille vers la mort et le Christ est obligé de le repousser. Plusieurs fois d’ailleurs dans l’évangile on voit les réactions de Pierre tellement enthousiaste, tellement enflammé, que Jésus est obligé de lui faire comprendre que cela ne se passera pas tout à fait comme il l’entend et même son enthousiasme risque de lui jouer des tours dont le moindre n’est pas celui du reniement dans la cour du Grand-Prêtre. Autrement dit, Pierre, c’est cette figure de tempérament qui, à la fois, est capable de se lancer dans l’aventure, mais en même temps, qui n’est jamais sûr de lui, qui manque un peu d’assiette et de constance Pierre c’est la figure de celui qui s’avance sur les flots de la mer et qui tout d’un coup réalise où il est allé, et coule ! 

Paul en revanche, c’est un tempérament très opposé. C’est d’abord un intellectuel, c’est un homme qui a vécu en milieu païen, qui connaît toutes les difficultés qu’il y a pour un juif assez traditionnel et observant comme lui, de maintenir les exigences de l’observation de  la loi dans un contexte païen. C’est un homme aussi plein de volonté, mais alors là une volonté qui tient. Quand il décide que la Voie, comme il l’appelle, pour parler des premiers chrétiens, est dangereuse, il va jusqu’au bout et c’est Paul le persécuteur de l’Église, et pour l’arrêter, il ne faut rien moins que le chemin de Damas. Quand ensuite Paul réalise la nécessité d’enseigner le salut et de porter le salut aux nations, chose qu’il justifie par sa propre vocation, mais qui sans doute n’est pas tout à fait bien reconnue par l’Église de Jérusalem, il ne lâchera jamais d’un pouce. Pierre, comme le dit Paul à propos de l’affaire d’Antioche, a tendance à dissimuler, c’est-à-dire à ne pas oser affirmer trop haut et trop fort ses convictions, il a tendance à laisser faire en se disant, on verra bien, tandis que Paul, c’est le type même de l’homme qui veut crever l’abcès même si ça fait mal surtout aux autres d’ailleurs en général mais aussi un peu à lui. 

Pierre, c’est l’homme des enthousiasmes passagers. Paul, c’est l’homme de l’entêtement, de la volonté qui ne lâche jamais, du fait que lorsqu’on est orienté sur un chemin on s’y tient. C’est un peu une gagure de la part de l’Esprit Saint que d’avoir choisi ces deux bonshommes pour être les piliers, les colonnes de l’Église de Rome. Aujourd’hui Rome prend toujours un malin plaisir à montrer qu’elle a une politique parfaitement édifiée, toujours en continuité, on cite les prédécesseurs, même si c’est à contre-sens, peu importe, on dit toujours qu’on est dans la cohérence parfaite. Mais il faut bien reconnaître que l’Église de Rome est née avec deux grands témoins, les deux oliviers et les deux flambeaux qui ne portaient pas des fruits de la même manière. Et pourtant, c’est la réalité que Paul et Pierre sont vraiment les racines et les fondements de l’Église de Rome et par là, les premiers hérauts de la foi sur lesquels est fondée l’Église tout entière. 

Précisément, c’est cela qui est grand. Ce que nous fêtons aujourd’hui, ce n’est pas leur caractère, c’est le fait que la saisie d’un homme par Dieu, peut marquer, tracer en lui un profil une manière d’être qui, par-delà toutes les diversités et les singularités de caractère, non seulement donne une unité à la vie individuelle de celui qui reçoit cet appel, mais lui permet d’entrer dans une communion avec les autres, d’une profondeur et d’une vitalité que aucun élément humain n’a jamais procuré. 

Pierre et Paul, c’est à eux deux, le mystère de l’unité de la foi. Que la foi unifie des hommes aussi différents, de personnalité, de sensibilité, de manière d’être, de manière d’agir, quelle les unifie pour qu’ensemble, ils puissent être ceux que nous fêtons  aujourd’hui comme le fondement de l’Église de Rome, que la foi puisse les conduire tous les deux sur un chemin si différent jusqu’au mystère  du don total de soi à son Seigneur à travers le martyre, c’est ce qui fait la grandeur de l’Église, c’est ce qui fait la grandeur de la foi chrétienne. Vous remarquerez, en leur donnant à l’un et à l’autre, chacun selon son chemin, chacun selon sa manière, en leur donnant d’entrer dans le mystère de la foi et de l’existence pour le Christ, le Christ n’a pas beaucoup transformé le caractère de ces deux personnages. Pierre est resté Pierre, et Paul est resté Paul. La sainteté, ce n’est pas de se composer un personnage, parce que Dieu lui-même n’y pense pas. Il n’a pas voulu composer un personnage de Pierre ni composer un personnage de Paul, mais il a voulu qu’à travers ce qu’ils sont, eux chacun dans les données de leur vie, de leur existence et leur histoire, ils proclament la même et unique foi. 

Et aujourd’hui pour revenir à l’anniversaire que nous fêtons ici avec vous, Maurice et André, je ne sais pas si vous ressemblez plus à Pierre ou plus à Paul. Vu le portrait que j’en ai fait qui n’est pas toujours très flatteur, peut-être que vous êtes quelque chose entre les deux, beaucoup plus harmonieux et beaucoup plus paisible, mais en fait, c’est cela que nous fêtons pour vous aujourd’hui. Le Seigneur vous a saisi, il vous a conduit, et il a su à travers votre histoire personnelle, à travers votre manière d’être, il a su donner à votre vie cette profondeur de direction qui est la foi, la confiance, et c’est pour cela qu’on fête des anniversaires comme ceux d’aujourd’hui, parce qu’on est sûrs qu’en fêtant soixante et cinquante ans de ministère presbytéral, on célèbre non pas des êtres humains, ce qui serait déjà très bien, mais on célèbre ce que Dieu a fait en vous et à travers vous par le chemin de votre foi. On en rend grâce au Seigneur avec vous, on en rend grâce avec pierre et Paul, et on en rend grâce avec tous les témoins que Dieu a choisis d’une manière ou d’une autre pour qu’en recevant cette lumière de la foi, chacun puisse témoigner selon ce qu’il est, selon son tempérament, selon son cœur, selon sa vie de l’immense don de la foi que Pierre et Paul ont été choisis pour être ces témoins et les bases de la proclamation du salut pour toute l’Église.

 

AMEN