HOMME DE PAIX
2 Tm 3, 14 - 2 Tm 4, 5 ; Jn 15, 1-8
St Irénée de Lyon - (28 juin 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
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aint Irénée fut le deuxième primat des Gaules puisque le deuxième évêque connu de la bourgade de Lugdunum qui est devenue par la suite la ville de Lyon et qui était alors une résidence impériale. En 177, il a succédé à l'évêque saint Pothin qui est mort martyr avec une cinquantaine de chrétiens de la région de Lyon et de Vienne.
Nous connaissons bien la personnalité et la vie de saint Irénée, même si historiquement c'est un témoin lointain. Irénée était né en Asie Mineure, la Turquie actuelle. Dans le langage moderne c'était un Turc, de culture grecque comme son nom l'indique. Il a vécu dans la communauté chrétienne de Smyrne dont l'évêque est un des plus grands premiers évêques, saint Polycarpe. Saint Irénée a entendu l'annonce de l'évangile à travers la prédication et le témoignage de Polycarpe qui fut martyrisé vers l'âge de cent ans. Polycarpe était disciple de saint Jean l'auteur d'un évangile, de trois épîtres et de l'Apocalypse. C'est donc par le témoignage vivant de la Parole qu'Irénée a rencontré le Christ vivant. Polycarpe a donc entendu et vu la Parole du Christ dans la prédication, dans le cœur et dans la vie de l'apôtre Jean. C'est de cela qu'il a vécu et c'est cela qu'il a transmis à sa communauté chrétienne, donc à saint Irénée. Comment saint Irénée est-il venu à Lyon ? nous ne le savons pas. Le fait est que, en 177, il est choisi par les chrétiens de Lyon, c'est ainsi que cela se passait à l'époque et ce n'est pas forcément mauvais puisque cela a donné un excellent évêque, comme évêque de Lyon. Le diocèse était alors extrêmement grand car il s'étendait jusqu'à Dijon et même jusqu'au Rhin.
Ceci est une première leçon extrêmement intéressante et extrêmement enrichissante pour nous, hommes de cette Église de France. C'est que, par saint Irénée, nous avons de façon certaine, historiquement sûre, nous avons reçu la foi de l'apôtre saint Jean, de l'apôtre Jean à Polycarpe, de Polycarpe à Irénée, d'Irénée à l'Église de Lyon, de l'Église de Lyon, par son rayonnement, à l'Église de Gaule. Ceci est important car cela nous enracine de façon vraie dans l'histoire, c'est-à-dire dans la "tradition", dans le fait de transmettre d'homme à homme, d'évêque à évêque, de communauté chrétienne à communauté chrétienne, la foi en Jésus-Christ. Ce n'est pas simplement par des discours, par des lettres, mais c'est par des hommes vivant de la Parole de Dieu que nous avons reçu la Parole de Dieu qui est vivante.
Et ceci doit nous aider à comprendre que, pour nous aussi, la Parole de Dieu ne sera vivante qui si elle nous fait vivre de Jésus-Christ et si elle nous fait témoigner de Jésus-Christ. La Parole de Dieu, nous la recevons, mais si nous ne la transmettons pas elle meurt en nous, nous la stérilisons, nous lui donnons un terrain extrêmement aigu qui n'a comme limite que notre petite personne même dans une vie spirituelle qui peut être très grande, alors qu'elle soit se manifester, être répandue comme une semence au-delà de nous. Pas simplement et pas d'abord par nos discours ou nos paroles, mais par le témoignage de notre vie c'est-à-dire la façon dont la Parole de Dieu nous rend vivants. Vivants du Christ, vivants du Christ vrai Dieu, vivant du Christ vrai homme c'est-à-dire nous rendant vivants véritablement hommes pour Dieu et à cause de Dieu.
La deuxième leçon que nous pouvons retenir de saint Irénée c'est que, comme son nom l'indique, il fut un homme de paix, pacifié par la vie de cette Parole de Dieu et il fut aussi un pacifiant, un pacificateur. Car l'Église de Lyon, l'Église de Gaule, pas plus que celle d'aujourd'hui n'était exempte de problèmes.
Il lui fallait traverser les grandes persécutions dont saint Pothin a été victime comme Irénée fut victime vers l'an 200. Cette paix, Irénée la puisait dans la méditation permanente, dans la prédication de la Parole de Dieu.
Nous allons rendre grâces à Dieu pour cette connotation historique d'avoir reçu la Parole de Jésus par des hommes vivants. Mais aussi nous lui demanderons que par l'intercession de saint Irénée, cette Parole de Dieu nous pacifie intérieurement et surtout soit une semence, soit un rayonnement de paix dans l'Église.
Et la paix dans l'Église commence par la paix entre nous, par la paix dans la communauté chrétienne ou nous vivons, par la paix dans les différents groupes où nous agissons. Prier pour l'Église ou vouloir que l'Église se convertisse sans que cela ne commence par nous-même, n'a rien à voir avec l'évangile. Souvent, vis-à-vis de l'Église de France, nous avons des positions critiques voire parfois insidieuses. Demandons à saint Irénée d'être toujours cet intercesseur de la paix pour cette Église dont il est un des fondateurs, un des témoins.
Mais pensons bien qu'il ne pourra réaliser cette paix dans toute l'Église que si cela commence par notre propre conversion, dans notre propre cœur et par la propre paix, au sens évangélique du terme, que nous voudrons bien vivre les uns avec les autres ce qui ne peut se faire que si nous accueillons la Parole de Dieu pour qu'elle vive dans notre cœur, notre regard, nos gestes et tout ce qui fait notre vie humaine.
AMEN