TROIS MYSTÈRES

2 Tm 3, 14 - 2 Tm 4, 5 ; Jn 15, 1-8
St Irénée de Lyon - (28 juin 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Irénée, disciple presque immédiat de l'apôtre saint Jean, est un des plus grands théologiens de l'histoire de l'Église. Il a su parler du mystère de Dieu, du mystère de l'homme, de Dieu fait homme et du mystère de l'Église avec des mots et des images d'une telle beauté et d'une telle proximité avec notre expérience que, même aujour­d'hui, nous sentons ces images retentir profondément en nous malgré les siècles qui nous séparent.

"Le Christ est celui qui a récapitulé en Lui l'homme tout entier.'' C'est une des premières idées-forces d'Irénée, comme si les hommes de tous les temps, de tous les lieux, de toutes les générations ve­naient se rassembler en Jésus-Christ qui porte en Lui tous ces hommes "afin qu'Il attire tout à Lui, au mo­ment opportun." Il est venu à travers toute l'histoire du salut, d'invisible devenant visible, d'insaisissable devenant saisissable, d'impassible devenant passible, de Verbe de Dieu devenant homme."Dieu qui est in­visible, Dieu qui ne peut pas être étreint, qui ne peut pas être saisi, Dieu qui ne peut pas souffrir a voulu se rendre visible, a voulu être saisi, a voulu souffrir, étant homme. Et cela "afin d'accoutumer l'homme à saisir Dieu et d'accoutumer Dieu à habiter dans l'homme." C'est l'image d'une familiarité, d'une ac­coutumance, d'une sorte d'habitude que Dieu insinue dans l'homme. Ce Dieu qui ne peut pas être saisi veut apprendre à l'homme à le toucher avec ses mains, à recevoir ce Dieu qui veut habiter dans l'homme, ha­bitation qui va se renouveler sans cesse par l'eucha­ristie, telle qu'elle a commencé en Jésus Lui-même où Dieu a habité une nature humaine et qui se répercute en nous tous par le baptême et tous les sacrements, spécialement l'eucharistie.

"Ainsi, Dieu appelait l'homme à lui devenir semblable, l'assignant pour son imitateur l'élevant jusqu'au royaume du Père, lui donnant de "voir Dieu" et de saisir le Père" car à travers le Fils c'est le Père qui va être atteint par nous. Selon saint Irénée, le but de l'histoire du salut c'est de "voir Dieu", Dieu qui est invisible, voir le Père. "Par lui-même, l'homme ne pourrait jamais voir Dieu, mais si Dieu le veut, Il sera vu des hommes, quand Il le veut et comme Il le veut, car de même que ceux qui voient la lumière sont dans la lumière et participent à sa splendeur, de même ceux qui voient Dieu sont en Dieu et participent à sa splendeur." - "C'est pourquoi Celui qui est invisi­ble et insaisissable s'offre à notre vue, est saisi par les hommes, afin de vivifier ceux qui le saisissent et qui le voient. Car il n'y a de vie que par la participation à Dieu, et cette participation consiste à voir Dieu et à jouir de sa bonté."

Ainsi tout le but de la vie de l'homme, c'est de pouvoir étreindre Dieu en le voyant, en participant à sa vie, en étant vivifié par Lui. Et pour cela le Fils s'est rendu visible afin de nous conduire jusqu'à la vision du Père, ce qui sera la béatitude éternelle, ce qui sera le comble de toute joie, voir Dieu, pouvoir enfin le contempler, pouvoir enfin l'étreindre et ainsi devenir participant de sa gloire. Pour cela l'Esprit est Celui qui va être le plus intime avec nous, dans ce chemin à la suite du Fils vers le Père. "Le Verbe s'est rendu présent à l'ouvrage modelé par Lui pour le sauver, afin que, enlacé à l'Esprit de Dieu, l'homme accède à la gloire du Père." "Enlacé à l'Esprit" cette image veut nous faire comprendre le rôle de l'Esprit qui fait tellement corps avec nous qu'Il nous étreint dans une profonde intimité voulue par Dieu.

L'Église qui est cette humanité enlacée par l'Esprit, cette humanité récapitulée par le Fils, cette humanité qui accède à la gloire de Dieu, devient "un paradis dans le monde". Un paradis c'est-à-dire un jardin, le premier jardin où Dieu a créé l'homme est surtout le dernier jardin où Dieu veut le recréer dans la joie. Jardin, parce que nous sommes tous comme des plantes sous la lumière de Dieu, des plantes qui boivent à la source de la vie de Dieu, ces plantes qui dans la symphonie de leur joie, s'élèvent vers la gloire de Dieu. "La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu." Dieu met sa gloire à ce que nous soyons vivants c'est-à-dire à ce que nous participions à sa vie, à sa joie, à ce que nous soyons semblables à Lui, divinisés par Lui. C'est le rayonnement de la plénitude du bonheur de Dieu que nous soyons remplis de son propre bonheur.

Que ces quelques citations de saint Irénée nous aident à vivre plus intensément notre mystère chrétien. Ces phrases sont celles dont nous devons vivre chaque jour et qui nous conduisent vers le but à atteindre. Rendons grâces à Dieu qui nous appelle à un tel mystère, à une telle splendeur, et qui nous a donné des frères comme saint Irénée pour nous révé­ler ce mystère et nous faire entrevoir cette splendeur.

 

AMEN