LA VIOLENCE DE L'AMOUR
Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a controverse qui a opposé le patriarche de Constantinople Nestorius à Cyrille d'Alexandrie manque quelque peu de charité humaine. De fait saint Cyrille africain passionné et ardent défenseur de son Église n'a pas hésité à insulter son adversaire. Les méthodes employées pour arriver aux justes fins ne sont pas tout à fait en accord avec les préceptes évangéliques.
Ceci dit, lorsqu'on relit les controverses qui ont contribué à définir les fondements essentiels de la Christologie, on est étonné de découvrir, à travers les violences et les invectives, l'attachement passionné de ces différents évêques par rapport à l'Église universelle. Ceci est intéressant à plus d'un titre.
En ce moment, dans notre Église, nous assistons souvent à une dissociation de l'attachement au Christ et de l'attachement à l'Église. Quiconque découvre le "Maître de vie" trouve en lui le goût de le suivre, de l'écouter, d'adapter son cœur à son silence, ne trouve pas immédiatement autour de lui ou même en lui l'envie et le désir de participer avec d'autres à développer ce goût et à le chanter en le célébrant. Dans les gens qui découvrent le Christ dans leur vie, nous nous heurtons souvent à un manque de seconde découverte qui serait la façon dont la personne découvre non seulement le Christ mais aussi ce que le Christ réalise sur cette terre. Les gens préfèrent finalement s'isoler avec des écrits spirituels solides, un bon commentaire biblique, une solide oraison, et s'entretenir avec le Seigneur dans leur propre coin. En fait, c'est briser tout le dessein de Dieu qui a été non seulement de s'incarner dans son Fils mais de poursuivre l'incarnation de son dessein en chaque homme de cette terre. Nous pouvons donc prendre comme leçon l'attachement et la passion de ces évêques qui, par cette violence, manifestaient leur amour fondamental de l'Église.
Ces évêques voulaient aussi signifier la foi. Ils n'avaient pas peur d'être eux-mêmes pour découvrir et affirmer les véritables fondamentales et dogmatiques de notre foi. Ceci s'oppose à une idée courante de notre époque. Nous avons quelque peur de nous heurter à une Église de pécheurs ou de pauvres. Nous préférerions une Église de purs, d'irréprochables. Finalement les évêques se lançaient dans des invectives avec tout leur caractère quitte à être critiqués ou condamnés, mais ils préféraient cela à une position plus tiède qui est peut-être un peu la nôtre en ce moment où nous adoptons un profil plus bas, où nous espérons être comptés parmi les presque purs. Mais nous n'investissons pas notre sensibilité dans cette lutte pour l'Église.
Recevons donc de saint Cyrille d'Alexandrie et des autres évêques docteurs de la foi leur passion, leur attachement qui a permis à l'Église de grandir à travers les méandres et parfois les défauts de ces hommes pour affirmer contre vents et marées, contre ce monde la vérité, l'amour et le salut de Dieu.
AMEN