FOI ET INTELLIGENCE

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 1990)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'Église accorde une grande importance à la proclamation de la foi et à tous ces évêques et pasteurs qui, comme Cyrille d'Alexandrie ont défendu cette foi et l'orthodoxie de cette foi. Cela peut sembler un peu désuet ou passé que de se rappeler sans arrêt les luttes intestines qui ont eu pour objet la personne du Christ. D'aucuns doutaient qu'Il fût une seule personne ce qui était le fond de la crise contre laquelle Cyrille lutta avec toute son énergie pour ré­futer les affirmations de Nestorius qui voyait deux personnes en Jésus-Christ. Ce dualisme, cette sorte de conflit mettait en doute l'authenticité de cette incarna­tion de Dieu sur terre. D'autres affirmaient que le Christ "faisait semblant de souffrir" car Dieu est im­passible, donc Il n'avait pas vécu réellement notre condition humaine. D'autres encore ont soutenu que le Christ est "un homme parmi les hommes", peut-être plus parfait que les autres et que Dieu l'aurait choisi au cours de sa vie. Trois positions qui au troisième et quatrième siècles ont provoqué de nombreuses divi­sions et ont obligé les vrais pasteurs à définir la foi que nous proclamons aujourd'hui dans le Credo, en utilisant "les termes du monde".

En effet, l'Église ne parle pas un langage qui lui est propre, mais le langage du monde qui l'entoure. Ce n'est pas qu'elle ait simplement souci de se rendre cohérente aux yeux du monde, de se rendre intelli­gente ou intelligible aux yeux du monde. Mais c'est qu'elle se sent une vocation à l'égard de ce monde comme la foi a une vocation à l'égard de l'intelli­gence. L'intelligence sans la foi peut être stérile. Cyrille dit précisément : "La foi baptise l'intelligence." Elle l'ouvre à sa véritable dimension. Toute la recherche de l'intelligence ne sera effectivement développée que si, de l'intérieur, la foi la baptise et l'ouvre à cette lumière. Si l'Église existe face au monde c'est pour donner au monde ce que le monde oublie, ce qu'il nie souvent : sa dimension de créature. Si l'Église est présente dans le monde c'est pour rappeler au monde sa véritable vocation d'être divinisé. Si l'Église est dans le monde c'est pour dire à l'homme qu'il sera de plus en plus homme dans la mesure où il sera de plus en plus près de Dieu. Lorsque l'on veut nier, ce que l'on fait d'ailleurs presque instinctivement, les dimensions verticales entre la créature et le Créateur, entre l'homme et Dieu, on nie fondamentalement ce qu'est le monde. L'Église a pour fonction, presque obsédante, de répéter à ce monde ce qu'est vraiment ce monde et vers où il va. C'est pourquoi l'Église emploie les termes du monde pour dire au monde ce qu'il est, ce qu'il doit être et ce vers où il va.

C'est pour cela que l'Église attache tant d'im­portance à ces fêtes de "tradition de la foi", de trans­mission de la foi car c'est la façon dont ce mariage s'est progressivement réalisé entre le monde et l'Église. Il n'y a pas simplement cohabitation de l'Église et du monde, il y a un mariage à faire, ma­riage qui est souvent difficile, mariage qui provoque souvent des frictions mais qui est nécessaire pour que le monde aille enfin vers ce Royaume qui a com­mencé déjà de naître en son cœur.

Nous sommes, nous, cette lumière qui brille dans le monde, nous sommes cette présence d'Église dans le monde pour que le monde atteigne sa dignité de Royaume.

Demandons, par l'intercession de saint Cy­rille d'Alexandrie, que nous ayons à cœur d'être dans le monde de ceux qui proclament ce que doit être le monde, afin que la lumière brille dans le cœur de ce monde, que jamais Dieu ne se détache de lui.

 

 

AMEN