LA CONTEMPLATION DE LA CROIX
Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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aint Cyrille d'Alexandrie a été l'âme du concile d'Ephèse dans lequel a été définie l'unité personnelle du Christ, sa nature humaine et sa nature divine se trouvant conjointes dans cette unique personne qui est celle du Verbe, du Fils de Dieu. Les ennemis de saint Cyrille, outre qu'ils lui ont reproché sa dureté et ses méthodes parfois un peu brutales, ce qui est vrai, lui reprochaient au plan théologique de défendre à tel point l'unité du Christ qu'il méconnaissait l'humanité du Christ. Ils craignaient que la réalité humaine du Christ se trouvent par trop absorbée dans sa réalité divine et que cet aspect de proximité du Christ à notre égard soit un peu escamoté et minimisé. C'est vrai que, après saint Cyrille, des disciples sont tombés dans ce piège qui a donné lieu à l'hérésie monophysite dans laquelle la nature humaine du Christ se trouve comme mélangée, confondue et finalement absorbée par sa nature divine, le Christ n'étant plus tout à fait un homme comme les autres. Ce reproche est totalement non fondé en ce qui concerne Saint Cyrille lui-même. Saint Cyrille a voulu défendre le caractère personnel du Christ et l'unité de cette personne à partir de son expérience de priant, de son expérience spirituelle. Saint Cyrille ne défendait pas d'abord des idées, il ne défendait pas une doctrine contre d'autres doctrines, une théorie contre d'autres théories. Saint Cyrille défendait son expérience vivante et vécue du Christ. Nous savons bien que si nous parlons avec le Christ si nous contemplons le Christ, si nous avons une relation personnelle avec le Christ, nous ne pouvons pas diviser le Christ en disant : ceci c'est le Dieu qui est en Lui, ceci c'est l'homme qui est assumé par ce Dieu ou qui contient en Lui ce Dieu ou en qui habite Dieu, comme si nous pouvions diviser la personne du Christ. Ceci est incompatible avec la relation profonde que nous avons avec Jésus. Si nous fréquentons le Christ, si nous vivons avec Lui, si par la prière nous entrons en communion et en communication avec Lui, nous savons bien qu'il s'agit de quelqu'un, d'une personne avec toute l'intensité et l'unité, la force que cela peut signifier. Saint Cyrille a été intraitable sur cette doctrine, parce qu'elle était le fruit visible de cette expérience spirituelle et parce qu'elle était la condition nécessaire pour que cette expérience puisse avoir lieu et s'exprimer. Loin de minimiser l'humanité du Christ saint Cyrille, sans cesse insiste sur l'abaissement, ce qu'il appelle la kenose, l'anéantissement du Fils de Dieu, qui s'est fait en tout semblable à nous pour être proche de nous. Et les expressions qu'il emploie pour parler de cela sont d'une grande profondeur et manifestent justement cette réflexion spirituelle et non pas seulement intellectuelle de saint Cyrille.
Voici trois brefs passages d'un Dialogue christologique écrit par saint Cyrille et que l'on désigne d'ordinaire par le titre : "Le Christ est un".
"Lors de sa manifestation comme homme, cet être humain à qui tout doit être donné, alors tout comblé qu'Il soit et tout donnant de ce comble de biens qu'il soit à toute créature, le Verbe reçoit à la manière qu'il sied à l'homme, Il reçoit tout ce qui est donné à l'homme, car Il s'approprie notre propre mendicité." Le Verbe s'approprie la mendicité de l'homme, c'est-à-dire qu'Il ne reste pas rempli de sa gloire et de ses biens, mais qu'Il se fait tellement semblable et proche de nous que, comme nous, Il a besoin de recevoir. Et saint Cyrille continue : "Dans le Christ on trouve cet étrange paradoxe, le Seigneur qui prend la forme du Serviteur ; la gloire divine qui se fait connaître dans la petitesse humaine ; la parure royale couronnant ce qui est sous le joug de la servitude, la bassesse exaltée jusqu'au sommet." Et encore: " Si le Verbe unique s'est fait homme, ce n'est pas pour demeurer toujours au fond de cet anéantissement, mais afin, tout en acceptant cet anéantissement avec toutes ses conséquences, de se faire reconnaître, même en cette situation, pour le Dieu qu'Il est, et afin que la nature humaine, en Lui, soit honorée en trouvant part à la dignité divine." Il s'est fait homme jusqu'au bout afin que, comme homme, dans l'abaissement, dans l'anéantissement humain, Il soit trouvé dans sa gloire divine par une unité absolument impossible à séparer. Et un peu plus loin saint Cyrille dira encore : "Aux jours de sa chair, le Verbe de Dieu est devenu notre modèle. Il peut, dès lors, très légitimement se mettre à la taille de l'humanité, prier comme nous avec insistance, comme nous verser des larmes, paraître même appeler un Sauveur, apprendre l'obéissance, Lui qui est le Fils. Et ce mystère d'abaissement a transporté de stupeur l'auteur inspiré de l'Ecriture, que le Fils véritable par nature qui est paré des splendeurs divines se soit soumis à un tel abaissement que de descendre jusqu'à l’infirmité mendiante de l'homme. Le Verbe paraît s'infliger comme une flétrissure en décidant de souffrir dans sa chair, mais en réalité c'est là sa gloire, car Il est supérieur à la mort dans la mort et à la corruption parce qu'Il est la vie et qu'II donne la vie, et la résurrection en porte témoignage." Voilà donc l’expression profonde de la foi et de la prière de saint Cyrille. Il sait contempler la croix, dans l’abaissement, dans cet anéantissement, la splendeur de Dieu. Dieu est Dieu, non pas pour une gloire visible et apparente, mais plus que jamais, quand sa gloire se manifeste dans cette tendresse qui l'amène à s’anéantir pour nous. Que cette prière et cette réflexion de saint Cyrille qui soutiennent notre foi, la foi des siècles qui l’ont suivi, soit pour nous une occasion de rendre gloire à Dieu, car c'est là encore le centre du mystère du Christ. L’amour de Dieu est si grand, qu'il s'est fait tout petit, à nos côtés, afin d'être à notre mesure, et comme le dit saint Cyrille, de prendre notre mendicité pour la faire sienne.
AMEN