TENDRESSE DE DIEU
Rm 8, 28-30 ; Jn 15, 1-8
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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'hérésie de Nestorius à laquelle s'est opposé victorieusement saint Cyrille consistait à voir dans le Christ un homme complet assumé par la personne du Verbe de Dieu ce qui divisait intérieurement le Christ en deux êtres plus ou moins conjoints l'un à l'autre, comme s'il y avait à la fois en Lui d'une part un homme et d'autre part la deuxième personne de la Trinité habitant, ce qui sans le dire expressément équivalait à faire du Christ ce qui est vrai de chacun d'entre nous puisque nous sommes des hommes habités par la présence de Dieu. C'était donc, en fait, réduire le Christ à n'être qu'un simple chrétien. C'est en tout cas négliger, nier le véritable mystère du Christ qui est réelle présence de Dieu dans une chair d'homme.
Comme Nestorius était patriarche de Constantinople, l'affaire n'était pas mince et l'enjeu était grave. L'hérésie s'insinuait dans les plus hautes sphères de L'Église. C'est pourquoi saint Cyrille combattit impitoyablement, sans jamais se lasser, cette nouvelle hérésie jusqu'à provoquer la convocation du concile d'Ephèse qui trancha en faveur de la foi de Cyrille. Le maître-mot que saint Cyrille proposa pour être le résumé de la foi de L'Église fut de proclamer la vierge Marie Mère de Dieu. Marie a donné au Christ sa nature humaine, mais quand une mère donne à son fils la nature humaine, c'est à la personne même de son enfant qu'elle donne la nature humaine. On est la mère ou le père de la personne de son enfant. La maternité, comme la filiation qui lui est réciproque, sont des relations personnelles, qui unissent la personne des parents à la personne de l'enfant. S'il y a dans le Christ une unique personne qui est la personne du Verbe, c'est-à-dire la deuxième personne de la Trinité, cette personne qui, de toute éternité, reçoit du Père sa nature divine, et qui, par l'Incarnation, reçoit de Marie une nature humaine mais c'est la personne du Verbe qui reçoit cette nature humaine, alors la relation de maternité de Marie à l'égard de Jésus s'adresse à la personne de Jésus, c'est-à-dire à la personne du Verbe, c'est-à-dire à la deuxième personne de la Trinité. Par conséquent, Marie n'est pas la mère de l'homme Jésus qui aurait été plus ou moins assumé par le Verbe de Dieu ou dans lequel le Verbe de Dieu habiterait, Marie est la mère du Verbe Lui-même, donc la mère de Dieu. C'est pourquoi Cyrille d'Alexandrie a eu le génie de résumer la foi catholique dans cette formule forte et lapidaire : "Marie, mère de Dieu" et ainsi de faire sentir au cœur du peuple chrétien où était la vraie foi. Et le peuple ne s'est pas trompé qui a inlassablement acclamé Marie mère de Dieu avant, pendant et après le concile d'Ephèse, et depuis sans jamais se lasser.
C'est la raison pour laquelle nous chantons aujourd'hui des hymnes à la mère de Dieu, car Cyrille d'Alexandrie est un de ceux qui ont fondé dans la vérité de la foi chrétienne le plus essentiel de la piété mariale. Notre dévotion à la vierge Marie ne doit pas être une affaire de sensibilité, de sentimentalité. Ce ne doit pas être justement une dévotion c'est-à-dire quelque chose qui nous ferait chaud au cœur et à quoi nous trouverions un certain plaisir affectif. Ceci n'est pas défendu, mais ceci est secondaire et doit être second. Si nous prions, si nous aimons la Vierge Marie, c'est parce qu'elle est au cœur de notre foi, c'est parce que Marie est la Mère de Dieu. Toute l'affection et la dévotion à que nous avons pour Marie doit se fonder et se résoudre dans la vénération, l'adoration que nous avons pour le Fils de Dieu. Il n'y a pas de relation à la Vierge Marie qui ne soit immédiatement, fondamentalement, orientée vers notre relation avec le Christ Jésus. Si nous aimons Marie, c'est d'abord parce que nous aimons le Christ et que Marie est la mère du Christ, exactement comme quand on a un ami, on aime connaître ses parents et établir avec eux des liens plus privilégiés. Et bien Marie, parce qu'elle est la mère de Dieu, parce qu'elle est la mère du Christ, le Fils de Dieu, Dieu le Fils, Marie, pour cela est chère, précieuse à notre cœur.
C'est pourquoi notre dévotion à la Vierge Marie ne doit jamais dévier de cette ligne droite et fondamentale qui consiste à la rattacher essentiellement à la personne du Christ. C'est d'un même élan que nous devons aller au Christ d'abord, et à Marie, à cause de Lui et avec Lui, en Lui. Toute la signification, le rôle de la vierge Marie est de donner au Fils du Père, de donner au Fils de Dieu une chair d'homme, de lui donner une nature humaine, d'en faire notre frère. C'est pourquoi notre relation à la vierge Marie doit se fonder sur ce rôle qu'elle a eu d'être entièrement orientée vers son Fils, vers son Fils qui est Fils de Dieu, qui est d'abord le Fils du Père.
Sachons enraciner profondément cet amour de la vierge Marie dans un amour plus fondamental encore pour le Christ, pour Dieu, car toute tendresse nous vient de Dieu et la vierge Marie n'est que le reflet de la tendresse de Dieu et doit nous conduire à découvrir le cœur de Dieu.
AMEN