ARDENT DÉFENSEUR DE LA FOI : SAINT CYRILLE

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 1981)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Notre-Dame d'Orcival 


O

n venait à peine de sortir d'une grave crise théologique qu'on a appelée l'Arianisme, crise dans laquelle on essayait de contester la divinité du Fils de Dieu. On essayait de dire que Jésus était une sorte d'être intermédiaire entre Dieu le Père et nous, qu'il était une sorte d'instrument, une courroie de transmission du salut, mais qu'Il n'était pas vraiment Dieu. On venait à peine de sortir de cette crise théologique, et on en avait si bien compris les leçons, qu'un certain Nestorius, patriarche de Constantinople, l'une des trois ou quatre grandes figures de la chrétienté de l'époque, par un nouvel excès de zèle théologique  (cela arrive souvent, qu'on veut tellement défendre les positions anciennes qu'on en vient à tomber dans un nouvel excès), que ce Nestorius prétendait que pour affirmer vraiment que Jésus était vraiment le Fils de Dieu, il fallait imposer une sorte de coupure à l'intérieur de la personne même du Christ. Il y avait le Fils éternel de Dieu, et puis celui qu'il appelait un homme tout simplement. Mais entre les deux, il n'y avait pas véritablement de relation. En Jésus coexistaient, de manière presque indépendante, la divinité et l'humanité. Ainsi, on ne pouvait pas dire que la Vierge Marie était vraiment la Mère de Dieu. Il fallait dire rigoureusement que la Vierge Marie était la Mère de Jésus, et que Jésus était, dans son humanité, parce qu'il était homme, uni de manière spéciale à la personne divine du Fils, à la divinité. Ainsi tout semblait sauf, tout semblait simple. Jésus avait peut-être une unité un peu factice. C'était une sorte d'amalgame de la divinité et de l'humanité, mais, au moins, la divinité était vraiment sauvegardée. 

       C'est dans ce contexte-là que s'est dressé saint Cyrille d'Alexandrie, et qu'il a défendu, au concile d'Ephèse, la maternité divine de la Vierge Marie. Ainsi, il voulait dire que, en affirmant que Marie est la mère de Dieu, le Christ était vraiment un. C'est le même qui était Dieu et qui était homme. En affirmant ainsi vigoureusement la foi en l'unité de la personne du Christ, il ouvrait le chemin au dogme de la christologie sur la nature du Christ : le Christ est un dans sa personne et cette personne a deux natures, la nature divine et la nature humaine. 

       La plupart du temps, on pense que dans cela il s'agit d'une querelle byzantine, d'une querelle sur des mots ou des formules qui n'a pas grand chose à voir avec l'évangile. Ne nous y trompons pas, cette querelle est extrêmement actuelle. En effet, je crois que tout ce qu'a voulu dire saint Cyrille et tout ce qu'a voulu défendre la tradition chrétienne avec lui, c'est que Dieu, en personne, était lié à notre histoire. Nous aussi, aujourd'hui, nous vivons dans un monde agnostique, qui pense que Dieu est Dieu de son côté et que les hommes ont leur histoire de leur propre côté, qu'entre les deux il y a une relation, sans doute réelle mais qu'on ne peut pas trop connaître et à laquelle il ne faut pas trop s'intéresser, sur laquelle il ne faut pas trop dire, parce que au fond, on ne connaît pas vraiment le lien entre Dieu et les hommes. 

       Précisément, lorsque nous affirmons que le Christ est un dans sa personne, nous voulons dire que Dieu intervient personnellement dans l'histoire humaine et qu'il se lie dans le mystère même de sa personne et dans le mystère même de sa divinité, qu'il se lie à notre devenir et à notre existence humaine. Ce que nous affirmons par là, c'est que Dieu a voulu réellement, en personne, que Dieu, le Fils de Dieu a voulu intervenir réellement et en personne dans les destinées de l'histoire humaine. Et maintenant, lorsque nous nous adressons à Dieu le Père, nous ne nous adressons pas à Lui par l'intermédiaire de cette figure humaine de Jésus-Christ qui serait amalgamée au Fils de Dieu, mais que c'est directement à Lui, vrai Dieu et vrai homme que nous nous adressons en Lui, au Père. 

       C'est donc pour défendre cette réalité de la relation personnelle entre l'homme et Dieu que Cyrille a défendu la foi. C'est donc pour dire que si nous rencontrons Dieu, c'est Dieu personnellement parce que Dieu a voulu intervenir personnellement dans notre histoire et que lui, le Fils de Dieu s'y est engagé réellement. Voilà ce que nous avons à dire contre tous les mouvements et contre toutes les tendances qui, plus ou moins inconsciemment, veulent que nous connaissions quelque chose de Dieu à travers cette personne de Jésus qui est une sorte d'homme idéal et qui nous indique comment entrer en contact avec Dieu.  Ce n'est pas cela que nous croyons. Nous croyons que dans les traits de Jésus, dans les actes de Jésus, dans les signes qu'Il a posés, c'est Dieu, réellement, en personne, que nous avons vu. Nous croyons que, lorsque Jésus disait : "Je suis la Vie" ou "Je suis la Vérité", il ne proposait pas simplement un modèle humain d'existence humaine, mais ce "Je" c'était vraiment le Fils éternel de Dieu qui nous parlait. 

       Voilà ce que nous croyons et ce que nous devons proclamer. C'est un sentier difficile par les temps qui courent, mais il faut que nous confessions la foi droite envers et contre tout. Nous demanderons au Christ durant cette Eucharistie, par l'intercession de saint Cyrille d'Alexandrie, de nous aider à reconnaître vraiment son visage, à être toujours plus passionnés de son mystère pour que nous le confessions en droiture de cœur. 

       AMEN