L'UNITÉ DE LA PERSONNE DU CHRIST

Rm 8, 28-30 ; Jn 10, 14-15 + 27-30
St Cyrille d'Alexandrie - (27 juin 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

S

 

aint Cyrille d'Alexandrie est un des grands Pères de notre Foi. C'est lui qui, au concile d'Ephèse, a défendu l'unité du Christ. Le Christ vrai Dieu et vrai homme n'est pas une personne divine qui viendrait habiter à l'intérieur d'une personne hu­maine, comme le prétendait Nestorius alors patriarche de Constantinople. Le Christ est, dans l'unité d'une unique personne, celle du Fils de Dieu, à la fois cette personne vivante selon sa nature divine et vivante selon sa nature humaine. Autrement, il n'y a pas, dans le Christ une juxtaposition de la divinité et de l'huma­nité, mais une intime interpénétration de l'humanité et de la divinité, chacun étant réelle et parfaite, mais l'une et l'autre ne faisant qu'un seul être vivant, qu'une seule personne, la personne de Jésus-Christ, Verbe de Dieu, Fils de Dieu et en même temps notre frère.

C'est cela que saint Cyrille d'Alexandrie a dé­fendu de toutes ses forces, seul contre beaucoup d'au­tres évêques d'Orient, seul contre l'Empereur qui fa­vorisait tout naturellement le patriarche de Constanti­nople, mais soutenu par le Pape saint Célestin qui, de Rome, a appuyé la doctrine de saint Cyrille et condamné celle de Nestorius ce qui permit au concile d'Ephèse d'affirmer en toute certitude cette unité du Christ. Saint Cyrille a donné de cette unité de per­sonne du Christ une formule frappante qui atteint profondément notre cœur : "Marie, qui a donné à Jé­sus sa chair humaine, sa nature humaine, Marie n'est pas la mère de l'être humain que serait Jésus, Marie est la Mère de Dieu." Et quand nous récitons, dans la prière qui nous est chère :"Sainte Marie, Mère de Dieu" c'est la formule même de saint Cyrille d'Alexandrie que nous reprenons. Ainsi saint Cyrille a su retrouver à la fois l'authenticité de la foi et le sens profond de la piété du peuple chrétien, les deux étant étroitement unis, cette piété du peuple chrétien étant la manifestation de la vérité de la foi.

Ceci nous indique quelque chose de fonda­mental pour notre attitude chrétienne. C'est que, tout à la fois, parler de la Vierge Marie c'est nécessairement et premièrement parler du Christ. Il n'y a pas de "pa­role" sur la Vierge Marie qui ne soit immédiatement évocatrice et qui ne se fonde immédiatement dans le mystère du Christ, car tout dans le mystère de Marie est référence au mystère du Christ. On pourrait dire en quelque sorte que tout ce que nous avons à vénérer en Marie se résume en cela : c'est qu'elle a été choisie pour être la mère de Dieu. Elle a accepté ce choix, mais ce choix qui vient de Dieu, fonde dans sa plus grande intensité la réalité même du mystère de Marie. Tout ce qu'est Marie vient prendre son sens, son as­sise définitive dans cela : elle est la mère de Dieu. Elle est celle qui a porté dans son sein, non pas une nature humaine qui viendrait plus ou moins artificiel­lement s'adjoindre la personne du Fils de Dieu venant sur terre faire une apparition, mais elle a tissé dans son sein la chair humaine du Fils de Dieu Lui-même. C'est le Fils de Dieu qui grandissait, jour après jour, dans le sein de la vierge Marie, parce que, en Lui, c'est la personne même de Dieu qui assume cette chair d'homme, cette nature d'homme, qui devient pleine­ment homme tout en étant pleinement Dieu.

Donc, tout le mystère de Marie vient trouver sa lumière, son éclairage dans sa relation à son Fils qui est le Fils de Dieu. Et symétriquement, nous de­vons dire puisque c'est cela même qui a été l'intuition de saint Cyrille et sa manière d'affirmer sa foi, nous devons dire que le mystère du Christ se traduit, se manifeste à notre cœur, à notre piété, à notre vie chrétienne quotidienne, à travers le mystère de Marie. Nous ne pouvons pas parler de Marie sans parler du Christ, mais nous ne pouvons bien parler du Christ qu'en parlant de Marie. Il y a une étroite communion entre le mystère de la Vierge et celui du Fils éternel de Dieu fait homme. Et voici ce que dit saint Cyrille lui-même :

"Je trouve très surprenant qu'il y ait des gens pour se demander vraiment si la Vierge Sainte doit être appelée la Mère de Dieu, car si notre Seigneur Jésus est Dieu, comment la Vierge qui L'a engendré, ne serait-elle pas la mère de Dieu ? Telle est la foi que nous ont transmise les saints apôtres, même s'ils n'ont pas employé cette expression. C'est l'enseigne­ment que nous avons reçu des saints Pères." Et il se réfère plus particulièrement à saint Athanase, un de ses glorieux prédécesseurs sur le siège d'Alexandrie, qui lui avait été l'âme du concile de Nicée où avait été défini solennellement que Jésus, Fils de Dieu, était l'égal du Père. C'est ainsi que, à deux reprises, l'Église d'Alexandrie a, en quelque sorte, sauvé la foi chré­tienne, une première fois avec saint Athanase contre l'hérésie d'Arius qui faisait de Jésus une divinité su­bordonnée au Père, et une deuxième fois avec saint Cyrille contre Nestorius en affirmant l'unité du Christ et la maternité divine de Marie.

Et saint Cyrille continue : "L'Ecriture, divi­nement inspirée, déclare que Le Verbe de Dieu s'est fait chair, c'est-à-dire que le Verbe de Dieu s'est Lui-même uni à une chair animée d'une âme raisonnable. Le Verbe de Dieu a donc assumé, à travers la Vierge Marie, la descendance d'Abraham, et en tirant de la femme son propre corps, Il s'est uni à la chair et au sang, de telle sorte qu'Il n'est plus seulement Dieu, mais que l'on comprend par cette union qu'Il est de­venu homme comme nous. On doit donc confesser que l'Emmanuel, Dieu-avec-nous, est constitué de la divi­nité et de l'humanité et qu'il n'y a cependant qu'un seul Seigneur, Jésus-Christ, un seul vrai Fils tout ensemble Dieu et homme, non pas d'un homme divi­nisé comme ceux qui le sont par la grâce (comme nous le sommes nous-mêmes par la grâce de Dieu), mais un Dieu véritable manifesté dans la forme hu­maine pour notre salut."

Toutes les fois que nous prions Marie, toutes les fois que nous disons cette prière du : "Je vous sa­lue Marie" et que, dans sa deuxième partie nous l'ac­clamons comme "sainte mère de Dieu" nous pense­rons tout à la fois à ces Pères de notre foi qui nous permettent de dire ces paroles, tout à la fois au mys­tère de Marie qui trouve tout son sens et toute sa gloire dans le fait d'avoir porté dans son sein Dieu Lui-même, et en même temps nous penserons à ce mystère de l'infinie miséricorde de Dieu qui, sans cesser d'être l'Eternel, s'est fait un homme comme nous pour nous sauver en nous communiquant sa pro­pre vie divine.

 

AMEN