LE PLUS GRAND DES PROPHÈTES
Is 49, 1-6 ; Ac 13, 16-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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Bastogne : Musée de Piconrue
Saint Jean-Baptiste
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rères et sœurs, je crois que nous réalisons difficilement aujourd'hui la difficulté qui s'est posée pour les première communautés chrétiennes, surtout dans le milieu juif de l'époque, pour essayer de discerner en pleine fièvre messianique d'attente d'un signe, d'attente de quelqu'un qui viendrait libérer Israël, quelle difficulté il y a eu pour discerner qui était vraiment le Messie. Outre la ribambelle de faux messies qui devaient circuler dans tous les coins, on parle entre autres dans la Bible d'un Égyptien qui s'était fait passer pour un messie et qui avait entraîné avec lui quatre mille adeptes dans le désert. Mais il est des personnages plus marquants, dont l'empreinte de la prédication avait elle aussi profondément impressionné les différents auditoires de l'époque.
Celui qui était sans doute le plus impressionnant, c'était précisément celui que nous fêtons aujourd'hui, Jean, qu'on nommera plus tard "le Baptiste", pour le distinguer dans sa fonction et sa mission, de celle de Jésus, le Christ. Le Baptiste, le Messie. Dans les premiers temps, lorsqu'on s'est mis à confesser Jésus comme Messie et sauveur, il y avait un certain nombre de communautés qui tenaient la vie et l'œuvre de Jean pour pratiquement aussi importantes que celles de Jésus. C'est pourquoi on sent tout au long de la genèse des évangiles d'énormes problèmes pour essayer de comprendre finalement ce qu'a fait Jean. Car Jean avait été éminemment prophétique, il correspondait davantage à l'image qu'on se faisait des prophètes, surtout du prophète Élie. C'est pour cela que dans les évangiles, on nous fait mention non seulement de Jean lui-même, mais de ses manières de vivre, de sa nourriture, de son régime alimentaire, ce qu'on ne fait pas pour Jésus. C'était parce qu'on savait qu'il s'inscrivait de façon radicale dans le monde prophétique. Il marquait un point parce qu'il avait été un homme exactement comme on pouvait l'attendre.
La deuxième chose, c'est qu'il avait prêché le royaume, et peut-être d'une façon beaucoup plus impressionnante que Jésus lui-même. Quand Jésus annonce le royaume, il l'annonce en se baladant de village en village, alors que Jean-Baptiste lui, annonçait le royaume dans un lieu désert, ce qui était le symbole de la conversion et du retour aux origines. C'était un deuxième point que Jean-Baptiste marquait dans cette appréciation des deux personnages.
Quant à la manière dont ils avaient terminé leur vie l'un et l'autre, c'était ex-aequo par la mort. Jean était mort en témoignant devant un roi, Hérode. La mort de Jean était moins infâmante que celle de Jésus. Jean avait été condamné, il avait été l'objet d'une querelle de palais, mais il avait été décapité, il était mort dignement ! Jésus lui, était mort sur une croix, c'est-à-dire le supplice des crimes de lèse-majesté, une affaire politique embrouillée et dans laquelle peut-être tout le monde ne voyait pas très clair.
Autrement dit, si la figure de Jean est restée c'est parce qu'on ne pouvait pas la mettre de côté. Il fallait absolument essayer de comprendre pourquoi il avait été là. C'était un véritable défi, un challenge, comme on dirait aujourd'hui. Il fallait essayer de comprendre pourquoi il y avait eu une figure aussi marquante, aussi impressionnante dans la masse et le peuple des juifs, et finalement qui avait eu un destin aussi singulier.
Quand on relit le texte que nous venons d'entendre, Le Benedictus, "Bénis soit le Seigneur le Dieu d'Israël", la deuxième partie c'est la solution. Comment a été résolu le problème ? Il fallait expliquer que tout le ministère de Jean était tourné vers Jésus. Ce que Jean avait fait n'avait pas de sens en soi-même. C'est ce que dira Jésus : "Parmi les prophètes, il n'y en a pas eu de plus grand", mais c'était encore un prophète. Le rôle du prophète c'est quelqu'un qui se définit par l'annonce de quelque chose ou de quelqu'un d'autre. C'est toute la différence avec Jésus. Jésus ne s'est pas défini par rapport à quelqu'un d'autre. Il ne s'est pas défini par rapport à Jean. Il ne s'est pas défini par rapport aux prophètes. Il a toujours dit : "Je suis plus que …"
C'est cela la réflexion de la première communauté chrétienne, essayer de comprendre comment Jean était effectivement, par sa prophétie, par sa mission, au service du royaume de Dieu. Jean annonçait le Royaume, Jésus était le Royaume. C'est ce qui changeait tout. C'est pour cela que dans la tradition chrétienne, Jean est resté la figure de l'annonciateur, du prophète. C'est pour cela que les Hospitaliers de saint Jean (ils ne s'appelaient pas encore "de saint Jean de Malte"), avaient choisi Jean-Baptiste comme patron, comme d'ailleurs également les templiers, parce que ces hommes qui n'étaient pas prêtres, n'étaient pas évangélisateurs mais qui étaient plutôt des hospitaliers, des chevaliers, ces hommes considéraient que leur œuvre, leur travail et leur mission n'était pas d'annoncer immédiatement le Royaume, mais de le préparer. C'est pour cela qu'ils ont pris Jean comme patron, c'est-à-dire l'œuvre de préparation.
Cela veut donc dire une chose extrêmement profonde pour nous. Bien sûr, nous, par la grâce, par le baptême, par l'Église, nous sommes déjà entrés dans une certaine plénitude. Mais on ne comprendra jamais pleinement notre rôle si nous n'y intégrons pas une partie au moins de la mission de Jean-Baptiste. Nous avons beau être sauvés, nous sommes toujours des précurseurs. Nous avons beau être du Royaume, nous sommes toujours chargés d'annoncer le Royaume. Nous avons beau être l'Église, nous avons toujours pour mission de dire que l'Église n'est pas un but en soi et tout n'est pas achevé.
Jean-Baptiste représente dans notre vie, dans notre itinéraire, tout cet aspect de l'inachevé, de l'attente et du désir. C'est vrai que nous avons tout reçu et pourtant, nous continuons par certains côtés à vivre sur le mode du monde ancien, dans ce qu'il a de meilleur et de plus profond, dans ce que précisément, incarne Jean-Baptiste.
Frères et sœurs, qu'en célébrant aujourd'hui cette fête, nous nous rappelions sans cesse que le fait d'avoir par la grâce, pu entrer dans le Royaume de Dieu, n'est pas l'obtention d'une sorte de diplôme qui ferait que maintenant, ça y est, c'est fini, on est tranquille. C'est au contraire le fait de continuer par tout un aspect de nous-même cette dimension de l'attente, de savoir que maintenant, cette attente a reçu le signe certain et qu'elle s'accomplira en Jésus-Christ. Et cependant, nous avons toujours à accomplir en notre propre vie, dans notre propre cheminement, la dimension de Jean-Baptiste.
AMEN