L'EXPÉRIENCE DE LA RENCONTRE
Is 49, 1-6 ; Ac 13, 16-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
|
L |
a figure de saint Jean-Baptiste aujourd'hui nous invite à réfléchir sur les conditions nécessaires pour qu'une rencontre se fasse entre deux personnes, ou entre un peuple et un Dieu. Nous pensons peut-être trop facilement que l'histoire commune à deux personnes ou entre un Dieu et un peuple suffit pour que ces deux entités s'épanouissent, se rencontrent, entrent en communion, fassent un chemin ensemble. Bref, vous l'avez entendu dans la deuxième lecture, dans les Actes des apôtres, nous, chrétiens, avons toujours du mal à régler ce fameux problème d'Israël, et nous pourrions trop facilement penser que l'histoire d'Israël devait amener nécessairement, obligatoirement, la reconnaissance de Jésus comme Fils de Dieu par le peuple. Comme si à l'échelle humaine, deux personnes vivant dans la même ville, au même moment, ou ayant vécu ensemble tel ou tel événement, devaient nécessairement se rencontrer (quand je dis se rencontrer, comprenez bien, ce n'est pas uniquement bonjour, merci, au-revoir, mais rentrer en communion), et nous butons là-dessus avec Israël en pensant : ils avaient tous les éléments, et la plupart ne l'ont pas reconnu.
Je crois que c'est parce que nous réfléchissons mal sur les conditions de la rencontre. Nous pensons qu'une histoire commune suffit. Mais je crois que la préparation, puisque Jean-Baptiste est quelqu'un qui prépare justement cette rencontre, cette notion de préparation n'est pas du côté d'une histoire commune du vécu, vous le savez trop bien, on peut très bien vivre un histoire commune en restant l'un à côté de l'autre sans se connaître, en ne sachant rien de l'autre, l'autre restant comme un étranger à ma propre vie. Je crois qu'il ne faut pas réfléchir sur une histoire commune mais sur le langage, car la préparation est du côté du langage. Deux personnes se rencontrent, c'est-à-dire ont cette capacité à entrer en communion l'un avec l'autre justement parce que le langage est commun, justement parce que les signes sont identiques, justement parce que les gens vont mettre la même réalité ou la même expérience derrière les mots. Et il me semble bien que l'histoire d'Israël est de ce côté-là. L'histoire d'Israël n'est pas une sorte de goulet d'étranglement qui fait que le peuple soit obligé de reconnaître Jésus Fils de Dieu, mais au contraire, d'être plutôt comme une pierre d'attente, comme des mots, des règles de grammaire si vous voulez, qui vont faire qu'Israël va faire comme la méthode Assimil. J'aurais envie de comparer l'Ancien Testament avec cette méthode Assimil. Cette méthode, qu'est-ce que c'est ? C'est de vous apprendre le vocabulaire avec des règles de grammaire, à partir de situations qui ont peut-être plus ou moins existé et que vous n'avez pas encore vraiment expérimenté. Le but d'Assimil n'est pas que vous récitiez une fois arrivé en Italie ou en Angleterre, ce que vous appris dans les leçons. La méthode Assimil a pour but de vous faire intégrer le vocabulaire et la grammaire afin que vous puissiez ensuite imaginer la manière dont vous allez parler avec les gens. Si vous ne le faites pas, vous allez passer à côté de la rencontre d'italiens, d'allemands, d'anglais, parce que vous serez là avec vos phrases préformatées, et les autres ne vous diront pas nécessairement si vous voulez manger de la choucroute au restaurant, ou autre chose, et vous vous rendrez compte que cela ne marche pas !
La grande figure de saint Jean-Baptiste, c'est cette personne qui est véritablement l'héritier d'Israël : avoir appris toute l'histoire d'Israël, certes, avoir appris des notions de théologie, si on peut le dire de cette manière, avoir appris du vocabulaire, pas pour que cela reste lettre morte, pas pour que les phrases restent dans un carcan, mais pour qu'ensuite, il y ait une grande souplesse et que Jean-Baptiste puisse adapter tout ce qu'il a appris à ce Dieu qui vient rencontrer Israël.
En terminant, je voudrais faire ce rapport avec ce que nous pratiquons avec le collège Mignet avec la célébration de la foi. Que faisons-nous faire aux jeunes le jour de la fête de la foi ? Les jeunes de chaque niveau viennent, et avec leurs mots, avec ce qu'ils ont vécu au cours de leur année de catéchèse, ils sont invités à reformuler le Credo. Le Credo reste le même avec ce qu'il porte de contenu théologique et dogmatique, mais ce qui est très beau, c'est que les enfants ont appris au cours de l'année ce que j'appelle des nouvelles règles de grammaire, qu'ils ont confrontées à cette vie qu'ils ont vécu en aumônerie et cela leur donne la capacité de redire exactement la même chose que le Credo, mais avec leur propre expérience et avec leurs propres mots.
Frères et sœurs, que saint Jean-Baptiste qui est le patron de notre paroisse, nous donne cette possibilité de redire avec nos mots et avec nos expériences la rencontre que nous faisons avec Dieu.
AMEN