RECOMMENCER À NEUF

Is 49, 1-6 ; Ac 13, 16-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

J

e pense qu'avec un dossier pareil, saint Jean-Baptiste était très mal parti, notamment si les sociologues ou autres personnes de ce genre avaient essayé de comprendre la relation entre sa naissance, son commencement, sa famille et ce qu'il est devenu. Il part quand même avec un lourd handi­cap, sa mère au départ est stérile, ses parents sont vieux, je dirais qu'il n'y a aucune raison pour qu'il existe. Il n'y a pas encore la médecine pour faire des miracles, il n'y a qu'à s'en remettre entre les mains de Dieu. Quant à son père, il faut reconnaître que la ren­contre qu'il a avec Dieu est marquée d'une certaine incrédulité, qui semble être à l'opposé même de ce que Jean-Baptiste a vécu par la suite. Comment pou­vons-nous vivre avec une personne aussi forte, brûlée par le feu, par sa prédication, alors qu'au départ, il est enveloppé dans une sorte de vêtement usé, usé déjà avant de naître, loin aux antipodes, loin du monde nouveau que Jean-Baptiste va appeler et faire décou­vrir. Un vêtement usé, pour une vie totalement neuve, pour un message transformé, pour une transfiguration de cette Alliance, la Nouvelle Alliance. Peut-être que les bras nous en tombent devant saint Jean-Baptiste, lui qui est le patron de notre paroisse. Nous les pa­roissiens nous venons de vêtements usés, et que par­fois nous aurions envie qu'un grand déluge vienne un peu laver notre vie, nos origines, pour que nous puis­sions repartir de zéro. La tentation d'appuyer sur le bouton "reset", pour tout effacer, pour tout recom­mencer à neuf et éviter de bidouiller et éviter de s'en sortir, avec ce que nous sommes, avec nos accidents, avec nos familles, nos peurs, nos angoisses, ce que nous sommes.

Saint Jean-Baptiste est quelqu'un qui part avec ce vêtement usé, il n'est pas celui qui a appuyé sur le bouton "reset" pour tout recommencer à zéro, mais il est en même temps quelqu'un de nouveau. Je crois que la figure de saint Jean-Baptiste est une fi­gure de transfiguration. Il part d'un mère stérile, j'ai envie de dire pour le transposer dans notre spiritualité, avec un bagage difficile, de ce que nous aussi nous avons le sentiment de vivre une vie stérile, ne portant pas de fruits autour de nous (je ne parle pas unique­ment de la stérilité physique mais de la stérilité dans l'ordre de la capacité que nous avons à aimer), et nous savons trop bien que nous avons un mal fou à aimer, même quand nous voulons y arriver. Et de l'autre côté, comme je le disais tout à l'heure, la difficulté du père, de Zacharie, d'espérer contre toute espérance. La vie de saint Jean-Baptiste est une sorte de transposi­tion de ce qu'Abraham et Sara ont vécu avec leur premier fils. Le fils est celui qui ne va pas reprendre le modèle de ses parents. Zacharie est celui qui va douter, alors qu'il a devant lui un ange qui lui annonce cette naissance, et saint Jean-Baptiste est celui qui va croire contre toute espérance, qui va douter aussi, certes, dans sa prison, mais qui va accepter de se lais­ser dépouiller, qui va accepter de croire malgré le fait qu'il est en prison, et qu'il va mourir sans voir le Christ ressuscité. Et puis, dans cette stérilité amou­reuse, saint Jean-Baptiste est celui qui est l'ami de l'Epoux de l'Eglise, l'Epoux de l'Agneau, celui qui va être capable de faire découvrir dans le cœur de tous ceux qui viennent à lui, l'amour de Dieu et le désir. Il va transformer le désir de tous ces gens qui viennent de loin pour se faire baptiser, transformer ce désir au plus profond du cœur de cette foule. Il va aussi faire rencontrer à ceux qui attendent, le Messie et le mon­trer du doigt. Il dira, ce n'est pas moi, c'est Lui, Jésus, qui est le Christ.

Je crois que c'est une attention amoureuse très difficile aussi pour nous qui avons à être époux de l'évangile, de ne pas laisser la primeur à notre capa­cité d'annoncer l'évangile, d'en tirer les fruits, mais de rester dans cette fonction humble de l'ami de l'Epoux, et de le montrer à tous ceux qui sont autour de nous.

Frères et sœurs, au jour où nous fêtons saint Jean-Baptiste, le patron de notre paroisse, confions-nous à lui pour que par son intercession nous puis­sions combattre cette stérilité spirituelle qui nous ha­bite et que nous sachions toujours espérer contre toute espérance.

 

 

AMEN