ANNONCER ET S'EFFACER
Is 49, 1-6 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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a figure de Jean Baptiste occupe une place tout à fait particulière, une place unique dans l'histoire du salut car il est très exactement à la jonction des deux Testaments, de l'ancienne Alliance et de la Nouvelle. D'ailleurs le cantique de Zacharie son père au moment de la circoncision de l'enfant, le Benedictus, souligne cette position particulière. "Béni soit le Seigneur car Il a délivré son peuple, Il nous a suscité dans la maison de David, une puissance de salut, comme Il l'avait annoncé à nos Pères leur faisant miséricorde, selon le serment juré à Abraham. Et toi, petit enfant, tu prépareras le chemin du Sauveur."
Voilà donc que Jean-Baptiste se trouve comme à l'aboutissement de cette promesse faite à Abraham, faite aux Patriarches, faite à David. Il est à l'aboutissement de cette promesse au moment où elle va éclore en donnant le salut, le Sauveur, Celui qui vient au nom de l'amour miséricordieux du Seigneur, pour accomplir cette Promesse et pour étendre cette Promesse jusqu'aux limites du monde, ainsi que le disait l'oracle d'Isaïe : "Je t'ai choisi pour être la lumière de Jacob, pour ramener vers le Seigneur Israël et le rassembler, mais c'est trop peu que tu sois le Serviteur qui ramène les tribus de Jacob, je ferai de toi la lumière de toutes les nations" C'est le moment où Israël va "élargir ses tentes", agrandir son regard, pour devenir le ferment, la source du salut pour tous les peuples, pour toutes les nations à travers Jésus.
Au fond, Jean-Baptiste, c'est l'Ancienne Alliance qui s'ouvre à la Nouvelle Alliance, c'est l'Ancienne Alliance qui met au monde le Sauveur de l'univers. Et c'est pourquoi Jean-Baptiste dira : "Il faut qu'Il grandisse lui Jésus, le Sauveur, et que moi je diminue !" C'est en quelque sorte tout le programme que Dieu avait tracé à Israël, qu'Israël le peuple choisi, mettant au monde l'Église des nations, les païens, diminue, s'efface pour que grandisse cette universalité du salut. Jean-Baptiste résume tout le destin, toute la signification de la vocation d'Israël, d'accoucher en quelque sorte de l'Église pour que, devant cette universalité de l'Église et du salut, Israël qui en a été le vecteur, Israël qui en a été le ferment, Israël qui a porté en lui toute l'attention amoureuse de Dieu, Israël se fonde dans ce salut universel qu'il a été chargé de préparer, de porter en son sein et devant lequel, maintenant, il s'efface. Et il est merveilleux et admirable que cet effacement d'Israël devant l'Église des nations, cet effacement de Jean-Baptiste devant Jésus Christ, commence par cette visite que Jésus, encore dans le sein de Marie, fait à Jean-Baptiste, encore dans le sein d'Elisabeth, cette Visitation qui est comme le nœud entre les deux testaments, visitation par laquelle Jean-Baptiste est rempli de l'Esprit Saint, rempli de grâce, et se met à danser de joie, à exulter dans le sein de sa mère. Autrement dit, le moment où l'Ancienne Alliance fait place à la Nouvelle, le moment où Israël, en la personne de Jean-Baptiste, va s'effacer devant l'Église que Jésus vient instaurer, ce moment est un moment de grâce, est un moment de joie. Jean-Baptiste tressaille dans le sein de sa mère parce qu'il est visité par l'Esprit Saint, il est visité par Jésus porteur de la grâce de l'Esprit Saint. Et ainsi le passage de l'ancienne à la nouvelle Alliance se fait, non pas par une sorte de substitution et les disciples de Jean-Baptiste, à un certain moment, en auront presque une sorte de regret, d'amertume "Celui que tu as annoncé, Celui que tu as manifesté, prend ta place et tout le monde va à Lui" et en quelque sorte on te quitte et c'est comme s'il y avait une sorte de douloureuse décadence dans le ministère de Jean-Baptiste devant la faveur croissante portée par les foules à Jésus, pas du tout. Jean-Baptiste dit : "C'est Lui qui est l'Epoux, je ne suis que l'ami de l'Epoux. Il faut qu'il grandisse et que moi je diminue, et ma joie est parfaite."
Ce rôle de Jean-Baptiste d'annoncer le Messie et de s'effacer devant Lui, ce rôle n'est pas un rôle douloureux, n'est pas un rôle humiliant, c'est un rôle exaltant, c'est un rôle rempli de joie. S'effacer devant le Seigneur, c'est la joie parfaite, comme le dira plus tard saint François d'Assise et comme Jean-Baptiste déjà l'annonce et l'a vécu le premier. Et cela c'était la mission d'Israël de s'effacer devant l'Église et d'y trouver la joie parfaite.
Cette mission d'Israël c'est un peu la nôtre aussi. Nous avons sans cesse à être les précurseurs du Seigneur, les annonciateurs de la venue du Christ, car ce qui se passait au moment de Jean-Baptiste ne cesse de se renouveler. saint Ambroise disait : "il y a comme une grâce de Jean-Baptiste qui nous est demandée et offerte à chacun, car nos frères qui nous entourent dans le monde sont un peu dans la même situation que les nations païennes, choyés, des choisis non pas pour garder jalousement ce privilège, mais pour être annonciateurs aux autres de cette grâce qui les attend, de cette grâce qui leur est faite." Et toute la dimension missionnaire de l'Église est une dimension semblable à la grâce de Jean-Baptiste. Nous sommes chargés, parce que nous avons été choisis par le Seigneur, parce que nous savons que le Seigneur existe, nous sommes charges de l'annoncer aux autres et nous effacer devant Lui, et de trouver en cet effacement, la joie parfaite. Et ceci est une grâce, et ceci est la joie spirituelle.
Alors nous devrions porter au cœur quelque chose d'essentiel comme le plus beau cadeau que Dieu nous fait et comme la joie qui nous est donnée, nous devrions porter au cœur cette mission, cette grâce de Jean-Baptiste d'aller ouvrir chez nos frères leur cœur à la venue du Messie, d'être les annonciateurs de sa présence, de sa grâce, de son don pour ceux qui ne le savent pas encore et de nous effacer devant Lui dans la joie que d'autres que nous parviennent avec nous à ce mystère de l'Alliance, de l'Alliance Nouvelle. Car cette Alliance Nouvelle a encore aujourd'hui pour but de s'étendre à l'humanité tout entière. Ce qui s'est ébauché en Jean-Baptiste annonçant le Christ n'a pas fini jusqu'à la fin du monde de se démultiplier, de se réaliser à nouveau. Il faut que Jésus grandisse, il faut que l'Église grandisse et que nous diminuions. Il faut que nous ne soyons plus que fondus dans cette Église immense qui devrait s'étendre à tous ces païens qui nous entourent et qui ont soif de salut, qui ont soif de devenir enfants de Dieu à leur tour, de découvrir la grâce qui les attend de découvrir le message qui, à travers nous, doit parvenir envahir leur cœur.
Que Jean-Baptiste, patron de notre communauté paroissiale, mette dans nos cœurs cet élan missionnaire, ce sens du Christ premier qui doit envahir tout l'univers. Que Jean-Baptiste mette dans nos cœurs, ce goût d'annoncer le Seigneur et nous effacer devant Lui pour qu'Il règne Lui seul et que le monde entier soit rempli de sa lumière et que nous ne soyons plus que quelques-uns de ses disciples noyés dans l'immense masse de l'humanité sauvée.
AMEN