UN SAINT DU SEUIL
Is 49, 1-6 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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armi tous les saints que nous célébrons au cours de l'année ceux qui ont approché de près le Christ sont certainement les plus proches de notre cœur et ceux dont le rôle dans l'Église est tout à fait primordial. Et parmi ceux-ci il y a en gros trois catégories. Il a d'abord les apôtres, et auprès d'eux les disciples, les évangélistes, ceux qui ont reçu la mission de proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus, de proclamer le salut "jusqu'aux extrémités de la terre." Ce sont les saints de l'annonce, du message, ce sont les saints qui ont la charge de construire l'Église sur l'évangile.
Il y a une deuxième catégorie qui sont davantage les saints de l'intimité avec le Christ, de la douce proximité, du partage de la vie avec Lui, et ce sont surtout les saintes femmes, la vierge Marie d'abord bien sûr, sainte Marie-Madeleine, ces femmes qui étaient au tombeau, celles qui ont eu avec le Christ le privilège d'une plus grande proximité et intimité.
Puis il y a une troisième sorte de saints, ceux que j'appellerais "les saints du seuil", les saints de l'accueil du Christ. Ces saints qui ont ouvert les portes pour que le Christ puisse entrer sur la terre. Parmi eux il y a, bien entendu, encore la vierge Marie mais aussi tous ceux qui se pressent autour de la naissance du Christ, Saint Joseph, les bergers, les mages, Siméon, la prophétesse Anne, et d'une manière exceptionnelle saint Jean-Baptiste. Il est de façon tout à fait privilégiée et unique "le saint du seuil".
C'est celui qui a accueilli le Christ, c'est celui qui a préparé le cœur du peuple à la rencontre du Christ, c'est celui qui L'a montré s'avançant et qui s'est effacé devant Lui. Je crois que dans notre vie chrétienne nous avons à nous inspirer de la vie de tous ces saints et saint Jean-Baptiste joue un rôle assez exceptionnel dans la vie de chacun de nous. Il n'est pas évident que nous soyons tous appelés à être comme les apôtres des témoins par la parole, à prêcher le Christ et la Bonne Nouvelle, à aller jusqu'aux extrémités du monde pour la mission de l'Église, il n'est pas certain que nous puissions tous, comme les saintes femmes, nous recueillir dans l'intimité de la vie contemplative auprès du Christ pour passer dans le silence et dans la lumière de la prière l'essentiel de notre vie, encore que nous ayons tous à participer d'une manière ou d'une autre et à l'annonce de l'évangile et à la contemplation du mystère de Dieu, mais il est très probable que nous avons tous, comme Jean-Baptiste, à être ceux qui préparent le chemin du Christ.
Préparer le chemin du Christ dans notre propre cœur et dans le cœur de ceux qui nous approchent, être ceux qui placent comme des pierres d'attente pour Celui qui vient, être ceux qui, comme lui, dans l'ascèse, dans la discrétion frayent un chemin au Christ qui va venir visiter nos frères, être auprès de nos frères ceux qui les aident à ouvrir leur cœur à cette lumière qui va venir, tout cela nous avons chacun à l'expérimenter et à le vivre. C'est par chacun d'entre nous que le Christ doit être annoncé de cette manière discrète mais capitale, nécessaire, première, fondamentale. Il est nécessaire qu'en approchant de nous nos frères puissent pressentir quelque chose de Celui qui, un jour, les rencontrera, s'Il ne les a pas déjà rencontrés. Et il y a tellement de gens autour de nous qui n'ont jamais rencontré le Christ, en tout cas qui ne l'ont jamais rencontré en vérité, qui ont simplement entendu parler de Lui et parfois d'une manière caricaturale qui ne les a pas amenés à désirer la foi. Il y a tellement de gens autour de nous qui ignorent le bonheur qui est si proche d'eux que cette fonction de préparer les chemins au Seigneur, cette fonction d'être les tout premiers annonciateurs d'un mystère encore obscur qui viendra les illuminer et aussi cette fonction d'avoir à nous retirer au moment où le Christ se fait plus proche, de savoir lui céder la place, de savoir humblement nous écarter quand Lui-même va prendre en main le cœur de ces frères en se révélant à eux, cela nous avons tous à le vivre, nous avons tous à l'expérimenter.
C'est une mission qui nous est confiée à tous et c'est pourquoi Jean-Baptiste doit tout spécialement être cher à notre cœur, car dans un monde si déchristianisé qu'est le nôtre qui ressemble à ce monde d'avant le Christ, ce monde qui attendait sans trop bien le savoir, qui attendait sans savoir ce qu'il attendait, car le mystère du Christ était au-delà de toute attente, au-delà de toute imagination, c'est bien ce qui se passe aussi pour nos contemporains qui ne se doutent pas du bonheur qui leur est promis. Malgré son apparente austérité, malgré cette prédication au cœur du désert, nous devons nous sentir très proches de Jean Baptiste. Nous aussi, nous sommes dans un monde rude, difficile, spirituellement désert. Comme lui nous devons, dans notre chair, vivre cette souffrance du Christ qui n'est pas encore connu, qui n'est pas encore annoncé. Comme lui nous devons jeûner c'est-à-dire vivre dans l'attente, dans le désir, laisser s'intensifier en nous le désir de la venue et de la reconnaissance du Christ par tous ceux qui nous entourent.
La spiritualité de Jean-Baptiste doit pénétrer notre cœur, le remplir. Soyons très attentifs à la place qu'il a dans l'évangile et, à notre tour, à réaliser quelque chose de son ministère, quelque chose de sa mission prophétique. Que cette fête nous invite à être, nous aussi, les précurseurs du Seigneur, les annonciateurs du Seigneur, ceux qui, doucement, prennent leurs frères par la main pour les conduire jusqu'au Christ et leur montrer, de loin, Celui qui vient vers eux pour les combler de sa présence.
AMEN