UNE NAISSANCE QU'ON N'ATTENDAIT PLUS
Is 49, 1-6 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Thaim : L'offrande de l'encens
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aint Jean-Baptiste est, avec Jésus et Marie, le seul personnage dont on célèbre comme sainte la naissance. Pour tous les autres saints, c'est le jour de leur mort qui est le jour de leur naissance à la grâce et que nous célébrons comme étant celui de leur sainteté. Mais de même que Jésus est saint de toute éternité, comme Fils Unique et bien-aimé du Père, de même que Marie a été préservée de la tache originelle dès l'instant de sa conception, de même Jean-Baptiste a été visité par l'Esprit Saint dès le sein de sa mère et c'est pourquoi, depuis toujours, l'Église célèbre comme sainte la naissance de Jean-Baptiste, ainsi que d'ailleurs sa mort quand il souffrira le martyre pour son Seigneur.
Jean-Baptiste a été visité par l'Esprit de Dieu dès le sein de sa mère quand Marie, portant en elle Jésus, vint rendre visite à sa cousine Élisabeth. Et voici qu'à l'approche de Jésus, du Sauveur, Jean-Baptiste qui n'est pas encore né, qui est encore enseveli dans les ténèbres qui précèdent la naissance, est rempli de l'Esprit Saint et il exulte, il bondit de joie dans le sein de sa mère. A son tour Élisabeth, elle aussi, se sent envahie par le souffle de l'Esprit et elle s'écrie : "Bénie, toi qui as cru à la parole de Dieu ! Béni le fruit de tes entrailles !" L'Esprit Saint est ainsi associé à Jean-Baptiste, dès le sein de sa mère. Et Zacharie, son père qui était devenu muet à cause de son manque de foi quand Gabriel lui avait annoncé que, dans sa vieillesse, sa femme, quoique stérile, attendrait un enfant, Zacharie, au moment où son Fils vient de naître et va être circoncis, est lui aussi, envahi par l'Esprit Saint et s'exclame : "Béni soit le Seigneur d'Israël car il a visité son peuple dans la tendresse de son coeur, Soleil Levant qui nous illumine alors que nous étions assis dans les ténèbres de la mort !"
Bientôt Jean-Baptiste, grandissant aux yeux des hommes, sera saisi par l'Esprit Saint qui fera de lui un prophète, qui le poussera dans le désert, qui illuminera son cœur en le faisant s'exclamer : "Voici que vient quelqu'un derrière moi, et je prépare ses chemins." Jean-Baptiste, rempli par l'Esprit Saint, aura ce geste prophétique d'inviter tout le peuple à se plonger dans l'eau du Jourdain pour se préparer comme un peuple bien disposé à la venue du Messie. Et toujours sous l'action de l'Esprit Saint, Jean-Baptiste désignera Jésus qui vient en disant : "Voici l'Agneau de Dieu !" Non seulement le Messie, l'Envoyé, mais l'Agneau,"celui qui porte le péché du monde". Ainsi par une illumination prophétique Jean-Baptiste entrevoit que ce Messie qu'il vient de désigner, qu'il a annoncé, qu'il a attendu n'est pas simplement celui qui va libérer Israël comme un chef de guerre, comme un roi puissant, comme le descendant de David, mais en étant "celui qui porte le péché du monde", celui qui prend sur lui le péché des hommes. Et obscurément, Jean-Baptiste prophétise ainsi la croix, la passion, la mort du Christ. Et c'est encore sous l'action de l'Esprit Saint que Jean-Baptiste, en prison, devant l'inquiétude de ses disciples qui se rendent compte que son ministère est terminé, et que Jésus fait plus de disciples que lui, Jean-Baptiste dira : "C'est Lui qui est l'Epoux. Je ne suis que l'Ami de l'Epoux. Il faut qu'Il grandisse et que je diminue, que je disparaisse et c'est là ma joie".
Oui, toute l'existence de Jean-Baptiste est animée par l'Esprit Saint. L'Esprit Saint qui est Celui qui prépare vraiment les chemins du Seigneur et dont Jean n'a été que l'instrument tout au long de son ministère préparatoire à la venue du Christ. Ainsi l'Esprit que Jésus répandra par sa croix et sa Résurrection, que Jésus répandra à profusion sur l'univers par la Pentecôte, l'Esprit est déjà en marche, avant, au-devant de Jésus. Car cet Esprit qui fait l'Église c'est lui qui a préparé la venue de Jésus, c'est lui le véritable précurseur, car Dieu marche, en quelque sorte, devant Lui-même. C'est Dieu qui vient préparer la demeure dans laquelle il nous visitera.
Jean-Baptiste nous enseigne cette action fondamentale, radicale et toute première de l'Esprit Saint à l'œuvre sans cesse dans l'univers. Puisque l'Esprit du Seigneur remplit l'univers, il est plus spécialement à l'œuvre dans le cœur des hommes, même de ceux qui ne le savent pas, même de ceux qui ne le connaissent pas encore. Déjà l'Esprit Saint les façonne, les travaille et prépare en eux ce chemin du Seigneur. Nous, nous avons le bonheur, la joie de connaître par son nom notre Dieu, de connaître Jésus-Christ, de pouvoir l'aimer, de pouvoir lui parler face à face "comme un ami parle à son ami".
Et pourtant nous sommes encore solidaires de tous ces frères qui nous entourent et qui ne connaissent pas le Christ. Et en nous-même, dans notre propre cœur, il y a des zones de ténèbres. Nous sommes encore partiellement "assis à l'ombre de la mort", nous ne sommes pas encore entièrement évangélisés. Vous le savez bien, en chacun de nous il y a tant et tant de choses où la lumière de Dieu n'a pas encore complètement pénétré, tant de recoins obscurs, secrets, encore ténébreux.
En nous aussi cet Esprit précurseur est à l'œuvre. En nous aussi, l'Esprit qui a animé le ministère de Jean est à l'œuvre. Nous sommes nous-mêmes encore sur le chemin où le Seigneur va venir. Nous attendons sa visite. Soyons attentifs, dans l'action de grâces, à ce travail mystérieux, silencieux de l'Esprit Saint qui ne cesse de préparer la venue du Seigneur, parce que le Seigneur ne cesse de venir, que même en nous où il est déjà venu par le Baptême, il faut encore qu'il vienne et qu'il ne cesse de revenir pour que, enfin, les ténèbres reculent devant sa lumière. Que, par l'intercession de Jean-Baptiste, nous soyons nous-même objets de cette activité missionnaire de l'Esprit et que nous nous prêtions, comme Jean-Baptiste, à être nous aussi les ministres de l'Esprit Saint, les précurseurs de la venue de Dieu, en chacun de nos frères.
AMEN