NATIVITÉ DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Is 49, 1-6 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Chavanges : Saint jean-Baptiste

S

 

elon une tradition iconographique très an­cienne, une des manières de représenter le mystère de la supplication devant Dieu est de peindre trois personnages : le Christ et à ses côtés, la Vierge et Saint Jean-Baptiste. Il y a dans cette repré­sentation, dans ce "trio" une perception théologique extrêmement profonde.

Il y a, au centre, le Sauveur, Celui qui donne le salut, et de part et d'autre, Marie et Jean Baptiste, qui sont les grandes figures de "ceux qui accueillent le salut". Et chacun à sa manière nous apprend la ma­nière dont nous pouvons accueillir le salut. La ma­nière dont nous nous situons devant le salut de Dieu qui nous est donné en Jésus-Christ est à la fois pour chacun d'entre nous, dans le mystère de Marie et dans le mystère de Jean-Baptiste.

Dans le mystère de Marie, on pourrait le ré­sumer en ces mots : "Tout est grâce Elle est la"comblée de grâces". La manière même dont elle devient Mère de Dieu, la manière même dont elle enfante le salut du monde, tout cela baigne dans une sorte de lumière et de paix extrêmement belle et pro­fonde. Marie désigne pour nous exactement la gratuité profonde du salut. D'une certaine manière, en elle, le salut a quelque chose de naturel, et je pense que c'est la raison pour laquelle l'Église confesse et croit au mystère de son Immaculée Conception. Dès qu'elle existe, Marie existe sauvée. La grâce est donnée tota­lement et la transfigure totalement.

Du côté de Jean-Baptiste, il n'en va pas tout à fait ainsi. C'est beaucoup plus laborieux, c'est beau­coup plus douloureux. Lorsque dans le sein de sa mère encore Jean Baptiste rencontre la présence du salut, il la reçoit de façon extrêmement bouillonnante et agitée, il tressaille dans le sein de sa mère, il lui donne des coups de pieds. Ensuite, le moment même de sa naissance est extrêmement orageux. Tout se passe dans une espèce d'effervescence où les voisins sont immédiatement attirés, décident presque de son nom, et il faut toute la fermeté d'Elisabeth pour faire face et lui donner son nom tel que Dieu l'a voulu. Cette naissance était déjà précédée par le fait que l'annonciation à Zacharie était aussi quelque chose d'ombrageux. Zacharie a du mal à accueillir le salut.

Et toute la vie de Jean-Baptiste sera sous le signe de cette espèce d'agitation et de bouillonnement: ces cris de conversion et d'appel à la repentance qu'il va lancer au cœur du désert, le lieu des plus profondes et des plus intenses contradictions intérieures, qu'il va adresser à tout Israël. Toute la prédication de Jean-Baptiste est sous le signe d'une sorte de nervosité. Il se bagarre, il appelle à la conversion, il exhorte, il veut changer les cœurs. Il vit dans une sorte d'impa­tience. Et même les derniers moments de sa vie, en prison, sont encore sous le signe de l'inquiétude : "Es-Tu Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?"

Ceci est aussi notre manière de vivre le salut. Ce qu'il y a de beau et de grand chez Jean Baptiste et qui nous le rend si proche, malgré ses allures d'athlète et d'ascète aux performances absolument inégalées et inégalables, ce qui nous le rend proche c'est qu'il est de ce vieux monde qui est dans les souffrances, qui se débat avec le péché avec toutes les formes de mal qui pèsent sur notre humanité. Et là, au milieu, un homme de ce monde, "le plus grand des enfants des femmes" le plus grand dans l'ordre du monde qui attend son salut, le plus grand dans l'ordre de la création avant le salut, celui-là vit aussi intensément cette souffrance et ce drame. Jean-Baptiste nous montre que le salut, bien sûr, est totalement grâce mais que, mystérieusement, le salut a voulu être, dans le cœur de chaque homme, précédé par une sorte d'inquiétude profonde de toute la création. La création frémit, la création tressaille, la création est inquiète, la création ne sait plus où elle en est, la création aspire à une vie nouvelle, la création aspire à trouver son accomplissement et son achève­ment. Et Jean-Baptiste est là pour nous rappeler que cette espèce de frémissement permanent de douleur qui traverse toute son existence, cette mort qui vient sceller par le sang du témoignage l'achèvement de la course de celui qui courait au-devant, cette vie tout agitée, cette vie mêlée si profondément aux passions des hommes, cette vie est déjà mystérieusement agitée et frémissante de la présence du salut de Dieu.

Nous vivrons toujours le salut de ces deux manières. Comme Marie, le salut comme grâce, comme ce qui est donné totalement, gratuitement de la part de Dieu et qui établit dans la paix. Et comme Jean-Baptiste, nous éprouverons toujours dans notre vie présente, le salut comme cette espèce d'attente frémissante et bouillonnante de celui qui attend la plénitude de l'amour et du salut de Dieu.

Demandons aujourd'hui que par l'intercession de Jean-Baptiste qui est placé si près du Christ, sy­métrique de Marie dans ces scènes que l'on appelle la "Déisis", c'est-à-dire la prière ou l'intercession, de­mandons que nous comprenions la puissance et la force du salut au creux même de tous les combats et de toutes les épreuves qui marquent notre attente de la révélation du Fils de Dieu.

 

AMEN