APPELÉS A LA MISSION DE JEAN-BAPTISTE
Is 49, 1-6 ; Ac 13, 22-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 1979)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
a place de Jean-Baptiste dans l'histoire du salut et dans la mémoire de l'Église est une place exceptionnelle. Il est à la fois le dernier des prophètes, le plus grand des enfants des hommes, celui qui se tient sur le seuil du Royaume qui vient, celui qui montre le Messie et puis s'efface devant Lui. Jean-Baptiste c'est d'abord l'homme de l'attente, l'homme du désir. Toute la mission de Jean-Baptiste est marquée par cette flamme. C'est le sens du désert dans lequel il se retire, ce désert des commencements du monde quand tout était vide et en attente de la venue de la vie, ce désert des commencements d'Israël quand Dieu conduisait son peuple hors d'Égypte vers la terre promise. Ce désert dont le prophète Osée avait dit qu'il serait pour toujours le lieu des fiançailles, le lieu du renouvellement de l'Alliance entre Dieu et son peuple; ce désert où il fallait rappeler le cœur des enfants d'Israël pour qu'ils retrouvent le sens de leur Dieu. Et dans ce désert, Jean-Baptiste, comme une voix, comme un cri, comme un appel, Jean-Baptiste homme de désir. C'est le sens de sa prédication tout entière centrée sur Celui qui vient : "Quelqu'un parmi vous que vous ne connaissez pas", quelqu'un qui est plus grand que moi. Quelqu'un qui va vous donner l'Esprit et vous plonger en Lui.
Jean-Baptiste homme de l'attente, mais pas d'une attente passive. Au contraire, la préparation diligente du chemin du Seigneur. Il trace une route pour que s'avance Celui qui vient, et cette route c'est une route dans les cœurs. Toute la prédication de Jean-Baptiste est empreinte de ce souci : préparer un peuple bien disposé pour le Messie qui vient. Avec précision, avec délicatesse, avec profondeur, il donne à chacun le conseil dont il a besoin. Aux soldats, aux publicains, aux pharisiens, aux hommes droits, aux pécheurs, à chacun il donne le conseil pour se convertir c'est-à-dire pour retourner, pour transformer de fond en comble son cœur. C'est le sens du baptême, ce baptême de conversion par lequel il plonge dans les eaux du Jourdain tout le peuple en vue du repentir.
Homme de l'attente et de la préparation, Jean-Baptiste est aussi l'homme de la manifestation, celui qui, le premier, sait discerner, reconnaître Jésus qui vient. Il s'écrie : "Voici l'Agneau de Dieu !" Jean-Baptiste qui, déjà avant de naître, dans le sein de sa mère Élisabeth, avait reconnu Jésus Lui-même encore dans le sein de Marie et avait tressailli d'allégresse. Jean-Baptiste comme la lampe nous introduit au soleil levant, comme une flamme à laquelle nous réchauffons nos corps avant que vienne la chaleur de l'été. Jean-Baptiste dont la voix murmure, par avance, par bribes, le message que Jésus va faire éclater : "Le Royaume de Dieu est tout proche !" Jean-Baptiste enfin l'homme qui s'efface devant le Seigneur, comme à la fin de la nuit la lampe s'efface devant l'aurore.
Jésus est venu proclamer un message qui n'était pas monté au cœur de l'homme, que l'homme n'avait pas imaginé, que Jean-Baptiste lui-même ne pouvait pas deviner. Et Jean-Baptiste, le premier, est dérouté, surpris par cette éblouissante révélation de la miséricorde et de la tendresse de Dieu. Il attendait un juge qui séparerait les méchants et les bons pour punir et récompenser. Mais Jésus n'est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver. Il n'est pas venu détruire mais guérir. Il panse les plaies. Il est un Dieu de tendresse à l'égard des plus pauvres et même des pécheurs. Alors Jean-Baptiste est dérouté et, du fond de sa prison, il interroge Jésus et envoie ses disciples pour lui demander :"Es-Tu Celui qui doit venir ?" Jésus répond : regarde, c'est ce qu'avaient annoncé les prophètes : "Les boiteux marchent, les aveugles voient, les pauvres sont évangélisés." Et Jean-Baptiste s'écrie : "Celui qui a l'Épouse est l'Époux." Celui qui entre dans la chambre des noces avec l'humanité rachetée c'est Jésus l'Époux de l'humanité. Moi je ne suis que l'ami de l'Époux, celui qui introduit l'Épouse auprès de Lui, et puis je me tiens là, devant la prote et j'entends sa voix. J'entends la voix de l'Époux qui murmure au cœur de l'Épouse et je comprends à peine le sens de ses paroles, mais entendre sa voix, c'est ma joie. Et ma joie est parfaite. "Il faut que Lui grandisse et que moi je diminue et que je disparaisse." Et au moment où le Royaume va s'établir, où Jésus va dévoiler le mystère du Père, Jean s'efface, disparaît, il donne sa vie.
Quelle extraordinaire mission que celle de Jean-Baptiste ! Ce n'est pas en vain que notre communauté et chacun de nous est placé sous le patronage de Jean-Baptiste. Aujourd'hui encore, la mission de Jean-Baptiste doit s'accomplir et s'accomplir par nous. Nous aussi, nous devons d'abord attendre ce Jésus qui est déjà venu mais qui ne cesse de venir, de s'approcher d'une manière toujours plus merveilleuse, plus mystérieuse. Et non seulement attendre Jésus, mais préparer son chemin, ouvrir des routes pour Lui, aider nos frère à préparer leur cœur, leur annoncer inlassablement Celui qui va les plonger dans la joie, qui va les plonger dans l'Esprit Saint.
Nous préparons la route tous ensemble en nous tenant par la main pour avancer vers Celui qui vient nous visiter. Et puis, humblement, pauvrement, savoir montrer Jésus qui s'approche, savoir dessiner aux yeux de nos frères les traits du visage de Jésus, savoir leur dire qu'ils sont aimés, avoir le courage, malgré notre misère, d'être les témoins de Jésus, de parler en son nom, de dire qu'Il est là, de le montrer du doigt, de proclamer la miséricorde de l'Agneau qui vient porter tous les péchés du monde. Enfin surtout, nous effacer devant la lumière, lui laisser toute la place, ne pas vouloir que les autres s'attachent à nous mais au Christ. Ne pas chercher à percer le secret de la rencontre intime de Jésus avec chacun de nos frères, même si nous avons été les instruments de cette rencontre. Ainsi nous serons messagers et précurseurs du Christ auprès de nos frères.
AMEN