LE PROPHÈTE ANNONCE LA SAGESSE INCARNÉE

Is 49, 1-6 ; Ac 13, 16-26 ; Lc 1, 57-80
Nativité de St Jean Baptiste - (24 juin 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


I

l y a le saint Jean-Baptiste dépeint sur les icônes, un homme sec, à la figure sévère, à la vie aussi extraordinaire que sa naissance, enfant de deux vieillards, qui n'aurait jamais dû venir au monde. Ce même homme qui vit dans le désert, ce lieu aride et dont le corps semble être aussi aride que le lieu dans lequel il habite. Cet homme aussi sévère qui semble invectiver presque d'une manière colérique ses contemporains en les invitant à changer de vie, à la conversion. Et puis, il y a le visage dépeint par les textes que nous avons entendu et qui semblent nous proposer un Jean-Baptiste à l'opposé de ce que les icônes représentent généralement et de ce que les gens gardent de ce visage sévère de Jean-Baptiste. 

       Jean-Baptiste, à l'image du serviteur dont il était question dans la première lecture d'Isaïe, est cet homme qui n'a de cesse de vouloir faire revenir le coeur des fils vers le cœur des pères, et le cœur des pères vers le cœur des fils. C'est cet homme qui ne cesse de faire découvrir au cœur d'Israël que le Seigneur est le seul Seigneur. Jean-Baptiste, comme le serviteur, c'est celui qui désire faire revenir le cœur d'Israël dans le cœur de Dieu, mais aussi sait qu'il doit faire cheminer les nations sur son même chemin pour faire découvrir que le Dieu d'Israël est le Dieu de toute la création et de toutes les nations. 

       Dans l'extrait que nous avons entendu du discours de saint Paul, saint Jean-Baptiste est cet homme dont la mission est de préparer le chemin des hommes à la venue de Dieu sur cette terre. En fait, saint Jean-Baptiste est un homme de communion. Saint Jean-Baptiste est un homme de rencontre, un homme qui à l'image du pont, essaie de faire se rejoindre des extrêmes : Israël et les nations, l'Ancien Testament, le Nouveau Testament, qui en annonçant la venue de Dieu parmi les hommes essaie aussi de faire rejoindre la terre et le ciel. Saint Jean-Baptiste est donc cet homme de communion, dans une société, dans un environnement assez caractéristique, à l'image de ses parents. Comme les parents de Jean-Baptiste sont vieux, usés, n'attendant même plus le Messie parce qu'il tarde trop à venir, la société d'Israël est exactement dans le même état. Israël est usé, ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les maîtres du Talmud, et les pharisiens aussi : il n'y a plus de prophètes, il n'y a plus d'Esprit Saint, et tous les écrits qui vont suivre dans les derniers siècles avant notre ère, ne sont que des écrits dans lesquels les pharisiens et leurs successeurs ne vont avoir de cesse que de répéter toujours la même chose. C'est ce qu'on appelle les midrashs. On répète inlassablement les mêmes histoires et l'on a le sentiment qu'Israël n'a plus d'histoire. Israël a été occupé par les Grecs, par les Romains. Israël essaie de se raconter toujours la même histoire qui n'en finit pas. Il n'y a plus de prophètes. Israël, et c'est cela qui est très beau dans le mot midrash que j'utilisais il y a un instant, c'est un mot qui veut dire "chercher". Et Israël cherche Dieu où ? dans les écrits, dans la Loi, parce qu'Israël croit qu'il ne peut plus atteindre directement Dieu. Dieu est tellement caché, absent de tous ces problèmes politiques et sociaux qu'Israël traverse, que la seule chose qu'il peut faire, c'est essayer de rencontrer un tant soit peu Dieu, mais en deçà de Dieu, dans sa Parole. 

       Jean-Baptiste est le prophète quand il n'y a plus de prophétie. Il est celui qui va faire découvrir à Israël que la recherche de Dieu est toujours possible, et que non seulement elle est possible, mais que Dieu va se laisser révéler et se laisser toucher dans la chair et  non plus uniquement dans les écrits même uniquement dans la Sagesse aussi belle soit-elle. Je crois que ce monde dans lequel Jean-Baptiste a émergé devait nous dire quelque chose sur notre monde actuel. Nous sommes dans un monde où beaucoup de nos contemporains trouvent que Dieu est totalement absent. Nous sommes dans un monde où certains philosophes qui refusent de se dire chrétiens, croient quand même à une certaine transcendance tout en se disant toujours non-croyants, et en disant que la Sagesse peut éventuellement mener quelque part. Jean-Baptiste dit : la Sagesse s'est incarnée. Elle n'est pas uniquement un système de réflexion par rapport à la politique ou au social, par rapport éventuellement à une transcendance que je refuse toujours (je ne nommerai pas ces philosophes), mais Jean-Baptiste dit qu'il est maintenant possible de toucher cette Sagesse parce qu'elle a pris chair. 

       Jean-Baptiste est celui qui et au nœud de tout cela, au nœud de la prophétie, au nœud de la sagesse, au nœud de l'Incarnation, et au nœud de l'annonce de la miséricorde et de l'amour de Dieu. Nous, en tant que chrétiens, et encore davantage notre paroisse parce qu'elle est sous le patronage de saint Jean-Baptiste, nous avons aussi cette mission auprès de nos contemporains de faire découvrir que la Sagesse n'est pas uniquement donnée sous forme d'écrits, mais qu'elle s'est incarnée, qu'elle a été une chair, que l'Église est véritablement la miséricorde. C'est ce que Zacharie dit dans son cantique : Dieu est venu pour la miséricorde et son Fils incarne aussi cette miséricorde. Saint Jean-Baptiste est cet homme qui d'une manière presque incroyable, essaie de faire la somme de tout cela. 

       Frères et sœurs, que saint Jean-Baptiste soit celui qui nous rappelle que la Sagesse s'est incarnée, que Dieu est venu pour nous annoncer la chose la plus belle, sa miséricorde et son amour pour chacun d'entre nous. 

 

     AMEN