PAR FIDELITÉ AU CHRIST
Sg 3, 1-9 ; Mt 10, 34-39
St John Fisher et St Thomas More - (22 juin 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, les saints dont nous faisons mémoire aujourd'hui, l'évêque de Rochester, saint John Fischer, et le chancelier d'Angleterre saint Thomas More, qui ont été aux postes de commandements de l'Angleterre, sous le roi Henri VIII et de ce fait ont été mêlés aux affaires matrimoniales de ce roi qui l'ont conduit à ses séparer de l'Église de Rome et à faire de l'Église une Église autonome dont il a prétendu être le responsable, le chef, ces événements illustrent parfaitement tant l'évangile que nous venons d'entendre que celui que nous écoutions hier.
Hier, le frère Christophe commentait l'évangile où Jésus est pris à partie par des pharisiens et des hérodiens qui cherchent à lui tendre un piège, demandant s'il faut payer l'impôt à César. Vous vous souvenez de cette réponse : "Jésus leur dit : montrez-moi donc la pièce avec laquelle vous payez l'impôt ?" Du coup, ils sont obligés de lui présenter une pièce romaine à l'effigie de César, ils sont donc compromis par l'argent avec ce pouvoir politique avec à l'époque occupait la Palestine. Jésus leur répondra : "puisque cette pièce d'argent en or porte l'effigie de César, rendez donc à César ce qui est à César mais rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu".
C'est exactement dans cette situation que se sont trouvés le chancelier Thomas More et aussi l'évêque de Rochester qui jouaient un rôle important dans l'Église d'Angleterre. D'une, part, John Fischer comme conseiller du roi et Thomas More comme son propre chancelier, entendez son premier ministre, étaient amenés quotidiennement par leur devoir d'état, à accomplir le service de César. Jamais, ni l'un, ni l'autre n'ont failli à cette charge, ils ont accompli scrupuleusement tous leurs devoirs de conseiller et de chancelier du roi. Ils ont rendu exactement à César ce qui était de César.
Mais quand le roi Henri VIII à partir de ses affaires personnelles a débordé du domaine politique dans le domaine religieux, quand il voulu mettre l'Église au service de la politique, quand il a rompu avec l'Église de Rome pour donner à l'Église d'Angleterre, une autonomie qu'elle a toujours d'ailleurs, à ce moment-là il ne s'agissait plus des affaires de César, il s'agissait des affaires de Dieu. Tout chancelier qu'il était, Thomas More a refusé d'entériner cette politique qui mettait à mal les droits imprescriptibles de Dieu sur l'Église. Il a accepté d'être non seulement dégradé de son titre de chancelier, mais emprisonné et mis à mort. Ce qui est tout à fait remarquable et qui correspond à l'évangile d'aujourd'hui, c'est que Thomas More, chancelier d'Angleterre, était marié, père de famille, et que comme il est naturel, ses propres filles, en particulier sa fille aînée, sont venues le supplier de ne pas s'opposer au roi, de ne pas aller jusqu'au bout de sa fidélité à l'Église mais d'accepter de transiger à cause de sa famille, à cause de l'amour qu'il avait pour elle et qu'elles avaient pour lui. Thomas More comme nous le dit le Christ dans l'évangile, n'a pas voulu faire passer les plus légitimes de ses affections et il est resté inébranlable dans sa foi et son opposition au roi qui débordait les limites légitimes de son pouvoir. Malgré les supplications de ses proches, Henri VIII l'ayant menacé de mort, Thomas More est allé jusqu'au martyre. Il a fait passer l'amour de Dieu avant tout autre amour, non pas pour nier son affection pour ses proches, mais pour la fonder dans la vérité. Car si nous aimons nos proches, si nous aimons nos frères, nos sœurs, les membres de notre famille, cet amour pour être total, profond, absolu, doit s'enraciner dans la source de tout amour qui est l'amour de Dieu. Nous n'aimons pas de notre propre chef, avec nos propres forces, nous aimons parce que nous sommes aimés. Saint Jean dans sa première épître nous dit : "L'amour consiste en ce que c'est Dieu qui nous a aimés le premier. Et si Dieu nous a aimés, nous devons avec le même amour, aimer tous nos frères, et plus particulièrement tous nos proches", ceux que l'évangile appelle notre prochain.
C'est d'un même élan que nous devons nous ressourcer dans l'amour de Dieu pour pouvoir répandre cet amour sur nos frères et sur tous ceux qui nous entourent. C'est conscient de cette indissoluble unité qui existe entre l'amour que Dieu a pour nous et auquel nous devons répondre, et l'amour que nous avons pour nos frères, qui jaillit réellement du cœur de Dieu, c'est conscient de cette unité que Thomas More a accepté d'aller jusqu'au sacrifice de sa vie, de son bonheur familial, de ce qui lui était le plus cher au monde.
Frères et sœurs, nous voici mis en face par ces deux martyrs, en face de l'ultime signification de notre vie. Nous n'avons pas d'autre commandement que celui de nous aimer les uns les autres, mais de nous aimer comme Dieu nous a aimés, à partir de l'amour que Dieu a pour nous, en nous enracinant dans cet amour qui seul, peut ouvrir notre cœur au-delà des limites de notre égoïsme. Que saint Thomas More et l'évêque saint John Fischer nous apprennent à placer Dieu au centre de notre vie, à en faire le cœur de notre cœur.
AMEN