LE CHOIX DE LA FOI

Sg 3, 1-9 ; Mt 10, 34-39
St John Fisher et St Thomas More - (22 juin 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, nous célébrons donc aujour­d'hui deux martyrs de l'histoire d'Angleterre, l'évêque John Fischer et le chancelier Thomas More. Nous avons l'habitude, c'est une réaction spon­tanée de notre cœur, d'imaginer que les saints sont des êtres à part, des êtres exceptionnels, que leur vie est une vie héroïque, et de fait, même des saints qui nous sont familiers, comme saint François d'Assise par exemple, avec un amour de la pauvreté qui dépasse les limites normales de la sensibilité humaine, il souf­frira un véritable martyre dans son corps, non seule­ment par les stigmates du Christ, mais par les extraor­dinaires souffrances qu'il a eu dans sa vue, dans son cerveau, qui était persécuté par la lumière et qui fai­sait qu'il ne pouvait plus supporter le soleil ou le moindre rayon de lumière. Même sainte Jeanne d'Arc a eu ses voix, même sainte Thérèse de l'Enfant Jésus qui a introduit dans une "petite voie", elle a tout de même été carmélite, elle est tout de même morte à vingt et quelques années, et la même chose pour celui que nous fêtions hier, saint Louis de Gonzague qui est mort à vingt-trois ans, atteint par la peste, parce qu'il s'était dévoué aux malades. Donc, il y a toujours quelque chose d'exceptionnel, d'héroïque, de gran­diose dans la vie des saints.

Aujourd'hui, nous fêtons avec saint Thomas More, un saint qui a eu une vie très ordinaire, et très simple. C'est essentiellement un père de famille, ex­trêmement attaché à son épouse et à ses enfants, c'est aussi un lettré, un juriste, un homme professionnelle­ment tout à fait qualifié et respectable. Si je me per­mets de faire un anachronisme, on pourrait dire qu'il fait partie de la bonne bourgeoisie, même d'une cer­taine grande bourgeoisie. C'est un homme qui vit dans le confort, qui vit dans un luxe raisonnable, en plus, c'est un homme politique qui est donc mêlé aux affai­res du royaume, qui est même devenu chancelier du royaume d'Angleterre, et qui, à ce titre, a défendu de façon énergique, les intérêts de la couronne d'Angle­terre contre d'éventuels ennemis. Cet homme vivait ainsi une vie tout à fait paisible, une vie tout à fait normale, même si être chancelier est un certain hon­neur, mais ce n'est pas spécialement héroïque au plan chrétien. Mais là où cela devient héroïque, c'est que Thomas More a su renoncer à tout du jour au lende­main parce que sa foi et sa fidélité à l'Église étaient en jeu. Quand le roi Henri VIII dont il était le chancelier, a voulu faire entériner son divorce, il a voulu le faire entériner par un pontife de l'Église, l'évêque John Fischer et par un des membres les plus éminents de son gouvernement, Thomas More, son chancelier, l'un et l'autre ont dit : non. Ils ont su résister à cette vo­lonté royale qui se croyait tout permis, qui pour ren­dre possible le divorce auquel il tenait tant, le roi voulait devenir chef de l'Église d'Angleterre, c'est ce qui s'est passé d'ailleurs. Mais il l'a fait, si je puis dire, en marchant sur le corps décapité de son chancelier, et d'un des évêques les plus en vue de l'Angleterre.

Je crois qu'il est intéressant de se rendre compte que la sainteté ne se déploie pas nécessaire­ment dans des visions mystiques, elle ne se déploie pas nécessairement dans des activités exceptionnelles, elle se déploie dans la vie normale. Thomas More est un homme normal, un père de famille, un bourgeois comme je vous le disais, un homme politique, et c'est dans la trame quotidienne de cette vie que va s'éveil­ler et éclater la sainteté. C'est-à-dire être capable au jour le jour, dans les circonstances qui se présentent à vous, de dire l'évangile passe avant tout. La foi passe d'abord. L'appartenance à l'Église est première.

Quoiqu'il en soit, et l'évangile nous le rap­pelle, Jésus dit : "Je suis venu opposer le père et la mère à leurs enfants, qui aime sa femme, qui aime ses enfants plus que moi n'est pas digne de moi", les pro­pres enfants de Thomas More l'ont supplié de pactiser avec le pouvoir pour garder la vie sauve, et malgré les pressions de ces êtres infiniment chers, auxquels il tenait plus que tout, et à qui il a laissé un testament d'une très grande tendresse, malgré ces pressions, Thomas More a su dire non à la compromission, il a su rester fidèle à l'Église, à la foi, à la règle des mœurs.

Ceci nous invite nous aussi, à faire vivre notre adhésion au Christ, notre adhésion à l'Église dans notre vie de tous les jours, dans les circonstances quotidiennes et profanes apparemment de notre vie afin que le Christ soit tout en tous, qu'Il soit présent au cœur de toutes choses et que tout trouve sa signifi­cation dans cette présence vivifiante du Christ, même si nous devons en subir quelque dommage. Dieu sait que pour Thomas More, comme pour John Fischer, cela a été le dommage de perdre la vie, ils l'ont fait avec simplicité et avec une joie aussi ordinaire que leur vie.

 

 

AMEN