L'ABSOLU DE L'AMOUR
Sg 3, 1-9 ; Mt 10, 34-39
St John Fisher et St Thomas More - (22 juin 1993)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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n des textes les plus marquants du concile Vatican II qui s'intitule "Dignitatis Humanae" a suscité beaucoup d'émoi, d'abord dans l'aula conciliaire, puis dans certains milieux catholiques qui ont fini par tourner vers l'intégrisme, parce que ce texte défend ce qu'on appelle maintenant "liberté religieuse". Ce texte, en effet, défend de façon imprescriptible le droit de la conscience concernant tous les problèmes du rapport de l'homme à Dieu. La manière dont il a été reçu, et je crois que c'est très insuffisant c'est de dire que, enfin, l'Église, après l'inquisition, l'obscurantisme, l'intolérance, a finalement compris l'évangiles des lumières et elle est arrivée à uns sorte de tolérance que l'on formule par la phrase : toutes les religions se valent. En réalité, c'est une interprétation extrêmement réductrice, et je dirais même destructrice de la conscience religieuse chez les hommes. Si effectivement la réalité de l'expression, la dimension religieuse dans l'existence humaine sont une sorte de self-service, de Quick ou de Mac Do, dans lequel on choisit à la carte son menu, on finit par tomber dans le manque total de signification. Et c'est hélas ce qui se passe dans l'esprit d'un certain nombre de croyants de diverses religions et même de certains chrétiens pour qui les musulmans ont leur Dieu, les juifs ont leur Dieu, les chrétiens ont leur Dieu, et finalement rendez-vous au point final, tout se vaut, chacun essaie de faire comme il peut avec sa conscience.
En réalité ce schéma de Dignitatis humanae devrait trouver comme exemple particulièrement frappant celui des martyrs que nous fêtons aujourd'hui, John Fisher et Thomas More. Ces deux hommes étaient les amis personnels d'Henri VIII. Thomas More avait connu le roi pendant leurs études communes de droit, il était devenu chancelier du roi qui aimait beaucoup aller en barque à Chelsca pour rencontrer Thomas More en famille, sa nombreuse famille car il avait une vingtaine d'enfants, et prendre un bon moment avec celui qu'il considérait comme l'un de ses meilleurs conseillers. Au niveau des relations humaines c'était tout à fait cordial, et pourtant le jour où, pour des raisons fort compliquées sur lesquelles les historiens reviennent et se penchent avec beaucoup d'intérêt, le jour où Henri VIII, non seulement voulut faire déclarer nul son mariage, ce que Rome, un peu maladroitement lui a refusé, puis en tirer des conséquences pour l'autonomie de l'Église d'Angleterre sous prétexte que le pouvoir temporel avait une sorte d'emprise sur le pouvoir spirituel, alors, amitié ou pas, Thomas More et John Fisher comme archevêque se sont opposés radicalement. Et en faisant cela je crois qu'ils étaient des prophètes et des précurseurs du schéma Dignitatis humanae.
Dignitatis humanae ne dit pas que chacun pense ce qu'il veut, ce qui n'est hélas qu'une conséquence, mais entre la liberté de l'homme et Dieu, aucune instance, aucun pouvoir humain ne peut s'interposer. La liberté religieuse c'est le fait que la liberté de l'homme est le sanctuaire de la présence de Dieu. Par conséquent, qu'il s'agisse des martyrs des premiers siècles qui refusaient de rendre un culte à l'empereur pour le reconnaître implicitement comme un Dieu, qu'il s'agisse des martyrs anglais, du moment ou le roi veut faire une ingérence du pouvoir politique dans la gestion de la communion de foi et de charité des fidèles, dans les deux cas, le refus est absolu. Il est absolu de l'absolu même de Dieu car si à un moment ou l'autre on admet qu'une réalité créée, pouvoir politique si prestigieux, si bienfaisant soit-il, s'interpose pour gérer pour une autre liberté sa manière d'appartenir à Dieu, cela met en cause le caractère sacré de cette liberté comme lieu de la présence de Dieu. C'est la raison pour laquelle John Fisher et Thomas More ont été incarcérés dans la Tour de Londres et ont témoigné devant les tribunaux puis par le martyre de cette appartenance radicale sur laquelle les liens les plus forts comme ceux de l'amitié du roi n'avaient absolument aucun droit.
Nous sommes bien au-delà de la tolérance ou de l'intolérance, et traiter les problèmes de liberté religieuse uniquement dans ces termes-là c'est très insuffisant. Et je crains précisément que nos communautés chrétiennes d'aujourd'hui, quand elles touchent à ces questions, ne soient par une sorte de faux complexe trop enclines à voir uniquement le problème sous ces aspect-là. Alors qu'en réalité, en défendant avec vigueur et avec rigueur ce caractère inviolable de la liberté humaine comme lieu de la présence de Dieu, et en défendant le fait qu'entre Dieu et cette liberté humaine aucun pouvoir humain ne peut s'interposer, à la fois c'est le plus beau témoignage que l'on peut rendre au monde de l'absolu de l'amour de Dieu manifesté à l'homme et de la grandeur et de l'absolu de la liberté humaine précisément à cause de cela.
AMEN