UN LAÏC ET UN PRÊTRE, TÉMOINS DE LA FOI

Sg 3, 1-9 ; Mt 10, 34-39
St John Fisher et St Thomas More - (22 juin 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN

Par fidélité à l'évangile

L

 

es deux martyrs que nous célébrons aujourd'hui sont des martyrs du Royaume d'Angleterre du début du seizième siècle. John Fischer était archevêque de Rochester. Il a été exécuté le 22 juin 1535. Homme extrêmement brillant, esprit extrêmement fin, il a toujours résisté à l'emprise du pouvoir temporel sur les affaires de l'Église pour sauvegarder cette liberté de l'annonce de l'évangile et du culte chrétien en face du roi Henri VIII. Quant à Thomas More, laïc, père de famille, c'était un juriste excellent, homme de renommée, conseiller du même roi amis qui a refusé de servir le même roi Henri VIII lorsque celui-ci n'a pas voulu se soumettre au désir de l'Église à la sentence que le Pape venait de rendre pour le contraindre à ne pas divorcer. Il fut exécuté le 6 juillet 1535.

C'est donc un prêtre et un laïc que nous célébrons aujourd'hui. C'est un homme d'Église qui a servi son peuple avant tout, qui a aimé la vérité et qui a donné sa vie à cause de cette vérité. C'est ensuite un homme de la vie politique, de la justice, qui dans d'autres lieux a également servi cette même vérité, qui a accepté le glaive à cause de cette vérité, cette vérité qui vient de Dieu et qui doit mener le cœur des hommes, qu'ils soient de l'Église ou qu'ils soient hors de l'Église, qu'ils soient responsables dans l'Église ou responsables politiques. Il est heureux, je pense qu'au moins une fois dans l'année liturgique, nous puissions célébrer un homme d'Église et un laïc, père de famille pour la même raison. A cause de leur fidélité à l'évangile, dans le même combat qu'ils ont mené contre ce roi Henri VIII qui voulait non seulement régir l'Église, mais en être le chef temporel et le chef spirituel puisqu'il n'acceptait pas d'être soumis à cette même Église.

Ils ont tous les deux connu le glaive, ils ont tous les deux connu cette violence dont le Christ parle dans l'évangile : "Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive." Si vous pensez en étant chrétiens, avoir la paix, vous ne la connaîtrez pas : "Je suis venu apporter la division", la division au cœur même des familles la division au cœur même de la cité, la division au cœur même du travail et c'est pour cette raison que Thomas More et John Fischer ont été exécutés. C'est parce qu'ils ont accepté d'être dans cette division, c'est parce qu'ils ont accepté de ne pas rester liés à un pouvoir temporel qui allait contre l'évangile et par conséquent, contre la vie humaine et contre les lois de la vie des hommes qu'ils ont mené ce même combat et ont été les victimes de cette division. Ils n'ont pas connu cette tranquillité, ils n'ont pas connu cette paix, ce bonheur humain que nous recherchons tous, cet accord, cette concorde avec les autres. Et cependant ils ont connu, pendant toute leur vie cette paix, cette lucidité intérieure dont parlait le livre de la Sagesse : "Ils sont dans la main de Dieu". Et c'est vrai qu'à nos yeux humains, la mort d'hommes aussi excellents qu'un Thomas More ou qu'un John Fischer peut paraître une catastrophe, peut paraître quelque chose d'injuste, d'inacceptable. Pourquoi Dieu accepte-t-il que disparaissent des hommes qui servent avec tant de force, tant de témoignage son Église et le monde ? Même à nos yeux de chrétiens la disparition de tels hommes peut nous paraître un scandale. Or ils ne font qu'accomplir ce que le Christ est venu déposer dans leur cœur, cette espérance. Cette espérance qui est la connaissance de Dieu, cette espérance qui est la gloire de Dieu, cette espérance qui est de vivre dans la paix de Dieu.

En célébrant un martyr nous célébrons la fidélité de l'homme par rapport à Dieu, mais nous célébrons surtout l'accomplissement des promesses que Dieu fait à l'homme : "Celui qui perd sa vie la trouvera !" C'est ce qu'ont vécu ensemble, mais dans des états différents et dans les mêmes circonstances John Fischer et Thomas More. Que leur prière, que leur exemple nous aide à retrouver cette paix dans les combats de la vie, dans les difficultés de la vie, à ne pas avoir peur de la division, à ne pas avoir peur de cette fausse paix que nous pouvons parfois rechercher parce qu'elle nous assure la tranquillité les uns avec les autres, mais elle enfouit toujours la vérité au fond de notre péché, au fond de notre propre infidélité. Cette paix et cette lucidité qui va jusqu'à recevoir les événements de notre vie, même les plus graves et les plus définitives avec humour.

Pour terminer je vous lis simplement la dernière phrase de Thomas More. Il ne l'a pas adressée à sa femme, ni à ses enfants ni même à Dieu. Il l'a adressée à son bourreau : "Garde ton courage, mon brave, et n'aie pas peur de faire ton office. Mais j'ai le cou très court. Aussi prends garde de ne pas frapper à côté car il y va de ton honneur !"

 

AMEN