LE SALUT PAR PURE GRÂCE
Ep 2, 4-9 ; Mt 6, 24-34
St Romuald - (19 juin 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e saint dont nous faisons mémoire aujourd'hui, saint Romuald, n'est pas très connu. Il est fondateur d'un ordre lui aussi peu connu, celui des Camaldules. Il est extrêmement sympathique et attachant.
Il a commencé par être le fils du duc de Ravenne. Au dixième siècle, c'était un poste enviable. Il a vécu dans tous les plaisirs du monde jusqu'à en avoir la nausée nous disent ses biographes. Ayant ainsi épuisé tous les plaisirs du monde, il s'est voué à la pauvreté et à l'itinérance. Il est devenu "routard" et il a parcouru la Vénétie, le Nord de l'Italie, le Midi de la France et il est même allé à Saint Michel de Cuxa dans les Pyrénées Orientales. Il avait une vocation érémitique, mais il la vivait dans le mouvement, dans le déplacement, mais une itinérance qui était bien proche de l'instabilité. Finalement il a essayé de réaliser sa vocation en allant d'abbaye en abbaye, se construisant des petites cabanes auprès des abbayes hôtelières qui acceptaient de lui donner à manger. Pendant de nombreuses années, promenant sa recherche à travers la chrétienté, il est parvenu à se fixer. Et par l'expérience de l'équilibre qu'il avait acquise dans son déséquilibre, il a attiré de nombreux disciples et fondé l'ordre des Camaldules en prenant bien soin que la Règle de son ordre fasse le contraire de ce qu'il avait fait, d'abord en s'inspirant de saint Benoît pour la stabilité et puis en imposant aux candidats qui voulaient devenir ermites de vivre d'abord en communauté pendant de longues années pour acquérir l'expérience, l'équilibre, la stabilité. Et c'est seulement après l'épreuve d'une vie bien calme, bien pondérée et bien normale qu'on leur permettait de s'éloigner de l'abbaye pour se construire une cabane en rondins et vivre ce que saint Romuald vivait depuis toujours.
Il a ainsi restauré la vie érémitique dans l'Église où elle avait été oubliée depuis de longs siècles. Plus exactement il a redonné à la vie érémitique d'être une forme de vie d'Église car il y avait toujours eu des ermites mais ils avaient toujours été un peu gyrovagues comme Romuald. Saint Romuald s'était rendu compte que pour être un ermite, dans l'Église, il fallait s'enraciner et non pas suivre son bon plaisir ou sa fantaisie du moment. Ainsi les Camaldules fondés par saint Romuald sont des ermites qui vivent en communauté c'est-à-dire qui passent une grande partie de leur vie à vivre en commun jusqu'à ce que, peu à peu, ils fassent l'apprentissage d'une vraie solitude, d'une solitude conquise non pas pour faire ce qui vous plaît mais d'une solitude conquise sur une vraie discipline intérieure Il n'y a pas beaucoup de Camaldules parce qu'il n'y a pas beaucoup d'ermites et parmi les ermites encore moins qui veuillent se plier à une règle aussi précise et stricte et exigeante. Mais c'est une forme de vie importante dans l'Église qui correspond à une authentique vocation.
Ce que je voudrais retenir de saint Romuald c'est que, apparemment Dieu nous sanctifie par les points où nous sommes les plus fragiles et les plus vulnérables. Saint Romuald était un bon viveur, il est devenu un ascète, saint Romuald était un itinérant instable, il a fini par se fixer et par concevoir une règle dont toute la sagesse et tout l'intérêt réside précisément dans la stabilité qui en fait le cœur. Cela correspond à ce que nous disait saint Paul : "C'est par pure grâce que nous sommes sauvés". Nous ne sommes pas sauvés dans le sens de nos plus grandes capacités, nous ne sommes pas sauvés dans la ligne de nos dons naturels qui s'épanouiraient et se démultiplieraient. Nous sommes sauvés par la grâce de Dieu et la grâce de Dieu est pleine d'humour : elle transforme un itinérant instable en prédicateur de la stabilité comme elle transforme un viveur, qui se paie du bon temps en apôtre de l'ascétisme. Laissons-donc la grâce de Dieu trouver en nous nos faiblesses et nos failles pour que ce soit sur ces points-là que Dieu puisse appuyer sa grâce afin de nous transfigurer et de nous donner aux autres précisément non pas par là où nous sommes riches mais par là où Dieu Lui-même a enrichi notre pauvreté.
AMEN