LIBERTÉ ET JOIE
Os 2, 16-22 ; Lc 14, 25-33
St Romuald - (19 juin 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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our l'ermite, il n'y a pas des plaisirs cachés ou secrets qui ne nous seraient pas permis, à nous qui ne sommes pas ermites. Il n'y a pas de compensation dans une vie intérieure profonde et radicale pour ceux qui décident de quitter ce monde. C'est vrai qu'il y a pour ces ermites, comme Romuald, une part de radicalisme, une part de don qui ne peut se mesurer avec un cœur humain mais qui demande, pour le comprendre, que nous mesurions avec le cœur même de Dieu.
Toutefois s'il n'y a pas de plaisirs secrets ou cachés, il y a un plus grand bien que l'ermite tente de chercher et ce bien c'est la saveur de la contemplation du visage du Seigneur. Ce n'est pas par mépris des valeurs de ce monde que l'ermite s'éloigne, mais parce que, au fond de son cœur, il a goûté et découvert un secret incroyable qui creuse en lui un désir si insatiable qu'il n'aura de cesse que de chercher et de chercher encore.
Et le but de toute vie chrétienne, la plus radicale étant la vie monastique ou érémitique, le but de notre vie à nous c'est de guetter, à travers les événements de notre vie et du monde, comment Dieu se laisse goûter, comment Dieu se laisse voir. Et le premier moyen pour goûter Dieu c'est le regard. Ce n'est donc pas une fuite du monde que les ermites ont voulu enseigner à l'Église et ce n'est pas pour cela que nous les fêtons, mais c'est pour signifier que le but de cœur de l'homme c'est de voir Dieu. Sa nourriture ultime c'est de le contempler. Et pourquoi cela ? Parce que l'homme qui fait cette démarche a pris conscience que l'image qu'il a de lui-même est une image abîmée. Une image abîmée qui vient d'une Image plus totale et plus réelle qui ressemblerait et qu'il faudrait retrouver le chemin de cette ressemblance.
Quand on aime quelqu'un et qu'on le regarde, on devient un peu ce qu'Il est. Dans la contemplations, se nourrir par le regard de la présence de Dieu, c'est devenir un peu ce qu'Il est et donc restaurer en nous l'image abîmée, et retrouver l'image parfaite que Dieu avait réalisée en créant le premier homme. Par ces ermites, qui témoignent tout à la fois d'une liberté incroyable et d'une joie plus profonde encore, nous sommes invités à reprendre le chemin de l'appétit du visage du Seigneur. L'appétit de son visage non seulement pour Lui-même mais aussi pour notre propre image qui a besoin de cette nourriture pour s'en trouver restaurée.
Saint Bernard disait : "La vie du mystique est l'accomplissement et comme la perfection de la nature qui, faite à l'image de Dieu, n'en devient que plus complètement elle-même à mesure qu'elle lui ressemble davantage. Le but de cette vision, de cette recherche inlassable du Seigneur, c'est donc l'union. Union qui paraissait impossible puisqu'elle voulait unir deux êtres si distincts que Dieu et l'homme, et pourtant, par cette vision, cette communion devient possible, communion de ce que Dieu est pour nous donner nous-même à être. Et loin de nous éparpiller, cette vision nous assoit dans une stabilité étonnante, dans une humanité de plus en plus parfaite et achevée qui est le but de notre passage sur terre".
Ainsi notre vie, qui se construit à l'intérieur par la contemplation et même par la manducation du corps et du sang du Christ, chaque jour construit une image abîmée, chaque jour aiguise davantage notre appétit du visage du Seigneur pour qu'un jour, nous soyons totalement comme Lui, à son image et à sa ressemblance.
AMEN