UNE AFFAIRE DE CLÉ

Is 61, 1-3 a ; Lc 10, 1-9
St Antoine de Padoue - (13 juin 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

I

l ne suffit pas de retrouver sa clé pour pouvoir rentrer chez soi, ni même pour faire démarrer le moteur de sa voiture. Vous en avez fait sans doute souvent l'expérience, vous retrouver avec une clé qui a un mal fou pour rentrer dans la serrure, et ça grippe ! C'est assez énervant, parce qu'on a le senti­ment d'être juste devant chez soi, de vouloir rentrer, de se mettre dans son lit, de dormir, de savoir que tout est là pour passer une bonne nuit, et de se retrouver bloqué avec une clé qui accroche.

Certains saints, comme saint Antoine de Pa­doue sont des gens qui sont là justement pour nous aider à huiler la clé afin qu'elle rentre mieux dans la serrure et permette l'accès au Royaume de Dieu. Ce Royaume de Dieu devant lequel nous sommes, qui est parmi nous, au milieu de nous, et dont nous ne savons pas toujours apporter notre attention à ses signes et à sa présence. Nous sommes là, nous trompant de clé par rapport à la serrure, ou encore avec nos propres blessures, ces rayures quelquefois qui abîment les clés, qui abîment notre vie, nous avons l'impression d'être impuissants et de manquer de si peu de chose pour pouvoir ouvrir cette porte. C'est le doute, c'est un deuil, c'est la maladie, c'est la souffrance de ne pas être compris, de ne pas être aimé, et de se sentir sur le seuil du Royaume et incapable d'y rentrer.

Saint Antoine est quelqu'un qui, dans sa vie, a toujours désiré ouvrir cette porte. Il était chez les cha­noines de saint Augustin, à la fin du douzième siècle, puis, face à une nouvelle clé, qui est la clé de l'ordre franciscain, il a changé et est parti chez les francis­cains. Là, il s'est mis à annoncer le Royaume de Dieu. Si on présente souvent saint Antoine comme étant justement le saint par excellence que l'on doit prier pour retrouver les clés de sa maison, ou les objets perdus, je crois que c'est parce que dans sa parole, il y a véritablement un feu qui permet de reprendre, de refondre un clé qui, cette fois-ci rentrera dans la ser­rure.

Il y a un très beau texte justement dans lequel il montre la manière dont l'homme peut entrer dans le Royaume de Dieu : "Tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur. Tout ... tu ne peux garder pour toi aucune partie de toi. Il veut l'offrande de tout toi-même. Ne va comme Ananie et Saphire, garder une partie de toi-même, car alors, comme eux, tu périrais tout entier. Aime donc totalement, et non en partie, car Dieu n'a pas de partie, Il est donc tout entier, partout". Je crois que cette manière d'envisager la vie chrétienne comme un tout et non pas une partie, de­vrait nous mettre sur la voie pour notre vie spirituelle, notre vie chrétienne. Il ne s'agit pas en effet, de penser qu'un jour peut-être, on rentrera la clé dans la serrure. Il ne s'agit pas non plus de l'enfoncer à moitié. Il ne s'agit pas non plus d'accuser la serrure d'être une très mauvaise serrure, mais il s'agit plutôt dans un acte total et complet de l'enfoncer complètement et non pas à moitié, et de se dire qu'une fois que l'on a tourné la clé et que le moteur se met en marche, il faut ap­puyer sur l'accélérateur pour aller droit devant.

Frères et sœurs, en ce jour où nous fêtons saint Antoine de Padoue, lui qui a aidé ses frères par sa prédication et sa vie à retrouver le chemin du Royaume de Dieu, prions les uns pour les autres, afin d'être entre nous, pour nous-mêmes et pour les autres des clés pour ouvrir le Royaume de Dieu.

 

 

AMEN