LA PAROLE EST TOUTE SIMPLE

1 S 23, 6-14 ; Mc 9, 2-13
St Antoine de Padoue - (13 juin 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

P

armi la statuaire du dix-neuvième siècle, il y a sur les autels dans les églises, dans les bonnes églises, là où il y a des autels décorés de saints, de fleurs, on trouve toujours au moins deux statues où on peut aller mettre son cierge : Sainte Thé­rèse de l'Enfant-Jésus, et saint Antoine de Padoue. Vous ne les trouverez pas ici, je ne les y ai pas trou­vées non plus. Donc, si vous voyez une statue de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, elle a des attributs ainsi que celle de saint Antoine de Padoue. J'ai remar­qué que saint Antoine en avait davantage que Sainte Thérèse, celle-ci a une croix d'où coulent des roses, tandis que saint Antoine de Padoue il a des pains, l'Enfant-Jésus, un évangile et une fleur de lys, et tout cela dans ses bras. C'est donc un saint à qui l'on peut demander beaucoup, ce qui veut dire qu'il a beaucoup de vertus. La fleur de lys c'est la pureté, l'évangile, parce qu'il l'a prêché, l'Enfant-Jésus parce qu'il a eu une apparition, et les pains qu'il distribue, c'est parce que comme c'est un des troncs qui rapportaient le plus, on a fini par attribuer tout ce qui serait donné à saint Antoine de Padoue, aux pauvres, pour éviter d'avoir mauvaise conscience. Cela s'appelait le pain des pauvres.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela ? Parce qu'après, j'aurais du mal à vous raconter sa vie. Ce qui est étonnant, c'est qu'il est très populaire et quand on fait des recherches, j'ai essayé d'en faire un petit peu pour vous ce matin, comme c'est la énième fois que je prêche sur ce saint, il est docteur de l'Église, En principe cela veut dire qu'il a écrit des choses, et bien, niet, rien n'est édité, la seule chose qu'on peut dire c'est que tous les commentateurs di­sent que quand on lit ses sermons, c'est très sec. On peut espérer que quand il prêchait c'était un peu mieux que lorsqu'il écrit. N'empêche que le 16 janvier 1946, le pape Pie XII en a fait un docteur de l'Église. J'ai été voir la "documentation catholique" en me di­sant : année 1946, tous les actes de sa sainteté Pie XII y sont, on va avoir quelques mets succulents sur saint Antoine de Padoue. Rien, même pas allusion au fait qu'il ait été déclaré docteur de l'Église.

A part cela, que dire ? Qu'il est né au Portugal au treizième siècle. Quand on y regarde de près, il y a quelque chose de bizarre dans sa vie. D'abord, il est entré chez des chanoines réguliers à Lisbonne, puis il se retrouve dans un autre ordre également de chanoi­nes, l'un cela devait être les moines apostoliques, et les autres les moines diocésains, il se retrouve à Coimbra, et d'un seul coup, on ramène des reliques de franciscains qui ont été martyrisés au Maroc. A la suite de cet évènement, il se découvre la vocation, il va au Maroc, entre chez les franciscains, là il tombe malade. On dit : ce n'est pas pour lui, on le rapatrie d'urgence, et quasiment on le met dans une maison de retraite, un petit couvent franciscain en Italie. Était-il impossible à vivre ? Je ne sais pas, toujours est-il qu'il se retrouve dans un ermitage. Il vit seul, un jour on ordonne quelqu'un dans une ville d'Italie, mais il n'y avait personne pour donner la Parole, pour prêcher. A cette époque-là, on ne prêchait pas beaucoup et ceux qui prêchaient le moins d'ailleurs étaient les évêques, ce qui valait peut-être mieux. C'est pour cela que les ordres prédicateurs sont nés à cette époque-là et les dominicains et les franciscains en font partie. Devant le manque de prêtre pour annoncer la Parole, on se souvient du franciscain qui est là dans le coin, comme ils ont l'ordre du pape de prêcher, donc on va le cher­cher. Et là, c'est la révélation. Tout le monde en reste "baba" et du coup on l'envoie prêcher partout, en Ita­lie du Nord, contre les hérétiques parce que là il fallait quelqu'un qui avait la langue bien acérée, il se re­trouve même après cela en France, entre la Loire et la Garonne, on l'appelle même l'apôtre du Limousin, parce qu'il a évangélisé cette région, ainsi, quand on dit que les limousins n'ont jamais été évangélisés, c'est faux, ils ont eu la chance d'entendre saint An­toine de Padoue. Il se retrouve même au Concile d'Arles, qui est une réunion des franciscains, il reçoit même une lettre de saint François d'Assise qui le fait lecteur en théologie, il passe donc tous ses diplômes Il finira par aller à Padoue, et c'est là qu'il prêche un carême tellement éblouissant que toute la ville de Padoue se convertit et tout le monde finit par l'adorer, tellement que ses obsèques furent un triomphe.

Voilà pour la vie de saint Antoine de Padoue. Je pense qu'on peut retenir pour nous, et je le mets en lien avec l'évangile que nous avons entendu, c'est que finalement, au départ, cet homme on ne savait pas trop qu'en faire. Il s'est retrouvé apôtre de l'évangile. Cela me fait penser à ce qu'on a entendu dans l'évan­gile parce que souvent on s'imagine que Jésus a en­voyé ses apôtres pour prêcher, les douze. En fait, si on a bien compris, là Il en choisit soixante-douze disci­ples, on ne donne pas leurs noms, cela veut dire qu'Il les choisit en plus de ceux qu'Il avait déjà envoyé, et Il les envoie deux par deux en leur enjoignant de pré­parer le Royaume. Nous pensons souvent que la pré­dication c'est faire comme les frères de saint Jean de Malte, entre l'évangile et le credo dire quelques mots qui semblent un petit peu intelligents et cultivés pour la galerie, et que la prédication se résume à cela. En fait, pas du tout. La prédication bien sûr, c'est prêcher, annoncer cette Parole au cours de l'Eucharistie comme nous le demande la liturgie et le concile Vati­can II, mais cela signifie d'abord aussi que la prédica­tion, comme pour saint Antoine de Padoue est sortie certainement d'une longue réflexion, de son ermitage, de ses louvoiements, dans le fait qu'il ne savait pas non plus forcément comment faire et que ce qu'il avait prévu, comme mourir martyr au Maroc ne s'est pas réalisé, il a approfondi sa vie, ce qu'il était, et sim­plement, il s'est abandonné entre les mains de Dieu. C'est d'abord une source, cette contemplation de la Parole de Dieu, dans la prière. Oui, à propos de la Parole de Dieu, celui qui y trouve tout, c'est parce que semble-t-il un jour, quelqu'un lui a volé sa Bible, il a prié pour qu'elle revienne, et le petit garçon qui la lui avait volée a ramené la Bible, c'est comme cela qu'il est devenu le patron des objets perdus. Cela signifie à travers cet épisode, son attachement à l'Ecriture, on dit d'ailleurs que ses sermons étaient tissés de cita­tions scripturaires. Donc, cet attachement à la Parole de Dieu, d'où l'évangile qu'il tient, et à travers le vi­sage de l'Enfant-Jésus qui lui apparaît, certainement la simplicité. On dirait aujourd'hui qu'il est un homme de l'évangile. Et voilà la prédication, la vraie prédica­tion ne passe pas seulement par des mots, elle passe aussi par un art de vivre en chrétien, par un art de vivre qui fait de nous des hommes d'évangile, où l'évangile s'écrit avec notre vie, notre histoire, notre prénom, avec ce que nous sommes, et alors notre de­vient prédication, elle devient évangile pour les au­tres.

Peut-être devrons-nous prier saint Antoine de Padoue pour qu'il nous aide à retrouver la simplicité de l'évangile, la simplicité de cette Parole où l'on pourra comme Jésus nous le demande, c'est la fin du passage qu'on a lu, annoncer que le Royaume de Dieu est tout proche de vous. Ce n'est pas seulement aux grands prédicateurs à annoncer que le Royaume de Dieu est tout proche de nous, mais que chacun d'entre nous nous soyons porteurs de cette annonce, et plus encore que les autres trouvent à travers nous, cette proximité du Royaume. Les aveugles voient, les boi­teux marchent, les sourds entendent, quelle simplicité, quelle beauté de la Parole de Dieu. C'est la proximité de Dieu parmi nous, ce Royaume annoncé et vécu tout simplement.

 

AMEN