PREMIÈRE COMMUNAUTÉ CHRÉTIENNE

Actes 4, 32-37
St Barnabé - (11 juin 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, le début du livre des Actes qui nous raconte la naissance de l'Église à la Pentecôte comporte à trois reprises des tableaux par lesquels l'auteur du livre, c'est-à-dire saint Luc, nous décrit la communauté primitive. Ceci est extrêmement important pour l'Église, cela a été une référence pour les communautés chrétiennes pour s'efforcer de ressembler à cette communauté primitive. Ces trois tableaux d'ensemble se trouvent au chapitre 2, 4 et 5 des Actes des apôtres. La première description de la communauté insiste surtout sur les rassemblements de cette communauté chrétienne et particulièrement les rassemblements d'ordre sacramentel et liturgique. In nous dit : "Les premiers chrétiens se montraient assidus à l'enseignement des apôtres", donc l'écoute de la prédication, "fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain", c'est le nom primitif de l'eucharistie, "et aux prières". Un peu plus loin "jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le temple (ils allaient donc encore participer à la prière officielle des juifs), et rompaient le pain dans leurs maisons prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur". Le repas de la communauté chrétienne est déjà un repas religieux comme chez les juifs qui signifie la communion avec Dieu. C'est la première description. 

       La deuxième est celle que nous venons d'entendre, elle reprend le thème de la prédication des apôtres : "avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur". Mais l'insistance est surtout mise sur la mise en commun des biens. Elle était déjà évoquée brièvement dans la première description, ici, c'est sur ce point que le texte insiste : "Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux, tout était commun". L'auteur des Actes des apôtres montre que cette mise en commun des biens est la manifestation de la communion  des cœurs. Il vient de dire en effet : "La multitude des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une seule âme". C'est pourquoi ils mettaient en commun tous leurs biens. "Parmi eux, nul n'était dans le besoin, car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun selon ses besoins". Il y avait donc une véritable vie commune qui allait jusqu'à la mise en commun de tous les biens, et qui restera dans l'Église un des idéaux de la communauté chrétienne. C'est ce que la vie monastique développera par le vœu de pauvreté, le fait que rien n'appartient à aucun membre de la communauté, mais que tout appartient à tous. 

       Le texte de ce jour se termine par l'évocation d'un personnage qui va avoir une grande importance dans les Actes des apôtres Il s'agit de Joseph, surnommé Barnabé, c'est-à-dire "fils d'encouragement". Barnabé sera le compagnon de saint Paul pendant ses premières missions d'évangélisation dans le monde païen, principalement dans ce qu'on appelait à l'époque l'Asie, aujourd'hui, la Turquie. Nous verrons qu'avant même la conversion de saint Paul, Barnabé qui est introduit dans la première communauté chrétienne sera envoyé par les apôtres qui l'estimaient, pour authentifier et fonder la première communauté d'Antioche en monde païen. Même si à Antioche des juifs devenus chrétiens et qui parlaient grec à la suite de la persécution qui a suivi la mort d'Etienne avaient commencé cette évangélisation, c'est Barnabé qui viendra l'authentifier, et qui avec une  grande charité chrétienne manifestée par ce surnom, sera ainsi à l'origine de cette extraordinaire floraison du christianisme primitif dans le monde païen. C'est lui qui introduira saint Paul après sa conversion, celui qui avait été le persécuteur de l'Église, auprès des apôtres à Jérusalem, et ce sera l'origine ensuite du séjour de Paul à Antioche et du départ pour aller à Éphèse, Smyrne, plus tard en Grèce, jusqu'à Athènes, et à Corinthe. Toute l'évangélisation du monde méditerranéen, et spécialement de toutes ces régions païennes, qui va transformer l'Église primitive qui ne sera plus limitée à un petit groupe de juifs de Jérusalem convertis au Christ, mais qui va s'étendre à toutes les populations païennes, toute cette évangélisation s'enracine à Antioche et dans la mission de Barnabé. 

       Il est donc important de voir que la personne de Barnabé fait la jonction entre la communauté primitive de Jérusalem où tout était mis en commun, et cette immense évangélisation qui va atteindre tout le monde connu de l'époque et qui est à l'origine de notre propre foi chrétienne, car nous sommes pour la plupart d'entre nous, les héritiers de ces païens qui ont été convertis au Christ Jésus et qui ensuite n'ont cessé d'évangéliser les Barbares jusqu'aux extrémités du monde. 

       Que cette communauté de Jérusalem avec ce désir de n'avoir qu'un seul cœur et qu'une seule âme, cette communauté qui a accueilli Barnabé et cette expansion de l'Église dans le monde païen, reste notre mère, la mère de notre foi et de nos cœurs, et que par l'intercession de Barnabé, nous soyons fidèles aujourd'hui encore à ce dynamisme évangélique du christianisme naissant. 

 

       AMEN