SAISI PAR DIEU

Ac 13, 1-4
St Barnabé - (11 juin 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


B

arnabé, le juste est envoyé aux païens, et l'on sent qu'il peut être cet apôtre auprès des païens. Lui-même rencontre Paul. Il y a en lui, non pas cette précipitation, mais une course athlétique. L'évangile, à grands pas, parcourt la Méditerranée. Je ne sais pas si Barnabé avant de partir à Antioche, a eu le temps de faire une grande retraite de discernement comme les exercices de Saint Ignace qui n'existaient pas encore à l'époque, pour voir s'il était fait ou non pour être apôtre. Maintenant, on l'aurait envoyé au moins faire sept ans de noviciat, pour qu'effectivement, au bout des sept ans, il puisse discerner sous l'Esprit Saint, bien meurtri, s'il peut devenir ou non, apôtre. A l'époque, on ne s'embarrassait pas tellement de ce genre de précautions d'usage. 

       Je reprends une idée qui est d'ailleurs celle de l'abbé Michel Normand et qu'il appelle : l'amour jumeau. C'est une idée que j'ai toujours aimée chez lui. Si on est aimé de Dieu, cet amour nous saisit, et il nous impose d'aimer les autres, il nous impose d'évangéliser. Nous ne sommes pas là uniquement pour améliorer le laboratoire interne de nos relations spirituelles avec Dieu, une sorte de fignolage, une belle sculpture interne, mais nous sommes là effectivement pour être un passage. C'est pour cela que c'est très difficile d'être chrétien, parce qu'il faut non seulement venir à la messe, mais il faut qu'à cette messe nous nous laissions traverser sinon, si nous sommes là uniquement comme des réceptacles, des magnifiques prisons de la grâce, parce que la grâce, si elle fonctionne, elle veut nous traverser complètement. Si donc nous sommes là, même sous prétexte des grands registres de l'Église et de l'évangile, cela s'appelle l'hypocrisie non voulue, nous sommes là pour nous-mêmes, pour recevoir une sorte de réconfort, Dieu consolation. C'est utile parfois, il y a des moments où l'on a besoin de consolation, mais il faut qu'on soit un lieu de passage pour que l'amour de Dieu suscite en nous l'amour des autres, c'est cela l'amour jumeau. Il y a un rebondissement de l'amour, quand la vague première nous atteint, nous bouscule, nous bouleverse et nous impose d'aller dans le monde Alors, par après, il faut développer par l'intelligence, le savoir, la connaissance, le savoir-faire de l'évangélisation qui consiste effectivement, pas simplement à dire et à prononcer Jésus avec un air bête. Cela dessert la cause au lieu de la servir. Il y a ce savoir-faire tout aussi important que la prière qui est la réflexion de nous-mêmes par rapport à l'évangile et par rapport à notre tâche dans le monde. 

       Vous constatez que dans les premiers temps de l'Église, ils ne se sont pas embarrassés en réunions, en commissions, en sous-commissions, et en nouvelles réunions ! Ils sont partis, bâton de pèlerin à la main, d'un pas vigoureux, ils ont souffert. Barnabé souffrait énormément de la haine des juifs, il le fait dire plusieurs fois, il y a une sorte de résistance à l'évangile qui vient d'abord de la haine des proches, parce que l'évangile rencontrera d'abord de la résistance, il ne faut pas penser qu'il y a une bénédiction qui nous est donnée à l'avance, il y a quelque chose de contradictoire dans l'évangile qui fait que le monde tout à la fois l'entend, et dévie la trajectoire de l'évangile. On pourrait croire que ce grand mouvement de l'amour des hommes et de l'amour de Dieu, est trafiqué par le monde qui ne veut pas entendre quelque chose de cet évangile, il fera semblant d'entendre et de comprendre. Il y a une contradiction formelle entre le monde et l'évangile. Cette contradiction se répercute dans les apôtres, dans les témoins, en nous-mêmes qui devons être le lieu de passage, de difficulté, de résistance entre l'évangile et le monde. 

       Demandons au Seigneur que nous développions davantage notre condition de signe de l'évangile, que nous sachions le devenir. Rude tâche que de respecter la liberté des hommes, que de leur annoncer Dieu, que de dessiner sans contraindre l'immense salut inauguré et défini pour toujours dans la personne du Christ, Fils de Dieu. 

 

       AMEN