UN EXCELLENT "SECOND"
Ac 13, 1-4
St Barnabé - (11 juin 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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I |
l me semble que j'ai déjà eu l'occasion de prêcher assez souvent pour la fête de saint Barnabé, et je m'en réjouis parce que c'est une figure extrêmement attachante de l'Église primitive. Ce qui me semble très caractéristique de saint Barnabé, c'est que c'est un de ces personnages secondaires qui ont joué un rôle capital. Saint Barnabé apparaît dans les actes des apôtres dans l'ombre de Saint Paul. Il est le compagnon de ses premières missions apostoliques, c'est dans l'Église d'Antioche que l'Esprit Saint a demandé de mettre à part Barnabé et Saul (c'est le nom de Paul qui changera plus tard), pour l'œuvre de la mission, et ils partent ensemble pour évangéliser. Quand Barnabé sera amené à se séparer de saint Paul, le tension du livre des Actes des apôtres reste braquée sur celui-ci, et l'on ne parle plus de Barnabé.
Cependant, son rôle a été tout à fait capital. La première caractéristique de Barnabé, elle est donnée par son nom, cela veut dire "fils d'encouragement". Et dès le début de l'Église, quant après Jérusalem on a fondé une première Église nouvelle, à Antioche, la grande ville relativement voisine et proche de Jérusalem, dans cette ville d'Antioche, le christianisme naissant qui jusque-là à Jérusalem s'était surtout adressé à des juifs, va se trouver en contact avec des païens. On se demandera très vite : faut-il que ces païens deviennent d'abord juifs pour devenir ensuite chrétiens, autrement dit le christianisme est-il une branche particulièrement achevée du judaïsme, ou bien les païens peuvent-ils devenir chrétiens directement, auquel cas, le christianisme même s'il s'origine dans la religion juive prend son autonomie et son indépendance et n'est plus un sous-produit du judaïsme ? Cette question fondamentale, toute l'histoire de l'Église en dépend, et nous ne serions probablement pas chrétiens comme nous le sommes, si elle avait été résolue autrement. Or, que se passe-t-il ? Quand la question de pose à Antioche, et quand des troubles, des dissensions semblent avoir lieu dans cette Église, Jérusalem va envoyer un homme de confiance : Barnabé. Et Barnabé, à Antioche, va avoir le cœur assez large et l'esprit assez ouvert pour se réjouir de ce que la Parole de Dieu, de ce que la bonne nouvelle de l'évangile est annoncée à tous les hommes, juifs et païens. C'est Barnabé qui prendra l'initiative d'aller chercher Paul, l'ancien persécuteur récemment converti, qui s'était retiré alors au désert, et puis qui était retourné dans sa ville natale à Tarse, parce qu'il était relativement mal vu par l'Église qui se souvenait de sa haine, c'est donc Barnabé qui a eu l'intelligence d'aller chercher Paul et de l'associer à son action. Si Paul est devenu apôtre, c'est grâce à Barnabé.
C'est lui encore qui le présentera aux apôtres à Jérusalem et qui donnera confiance aux Églises nouvelles en cet homme apparemment douteux et qui se révèlera être l'apôtre des nations. C'est en quelque sorte, en sous-ordre de Barnabé, que Paul va donc partir en mission. Mais Paul est tel, que ce sera très vite lui le personnage principal et Barnabé ne sera plus que dans l'ombre de Paul, mais n'empêche qu'au départ, c'est grâce à Barnabé que Paul a eu le pied à l'étrier. Et si Paul a pu résoudre le problème des païens qui se convertissaient au christianisme, en disant qu'il n'y avait pas lieu de leur imposer la Loi de Moïse que les juifs eux-mêmes n'avaient jamais su accomplir, si saint Paul par la suite montrera que la grâce dépasse de toutes parts la Loi et que la grâce de l'évangile n'a pas besoin d'être subordonnée en quelque sorte à l'existence de la Loi, si saint Paul arrivera ainsi à délivrer l'Église de ce poids qu'aurait pu être un passage obligé par le judaïsme, c'est grâce à Barnabé, parce que c'est lui le premier qui a eu cette intuition, même si il a fallu le génie de saint Paul pour l'expliquer comme saint Paul le fera de façon éblouissante dans ses épîtres.
Saint Barnabé, qui est comme saint Paul d'ailleurs apôtre, sans avoir fait partie des douze, et c'est pour cela que nous ne fêtons que par une mémoire, comme tout bon second il n'a droit qu'à une demi-portion, si saint Barnabé n'a pas droit à avoir une fête, il n'en est pas moins pour autant un personnage décisif et capital. Nous ne sommes peut-être pas appelés à être des génies de la théologie comme saint Paul, nous ne sommes peut-être pas appelés à révolutionner l'histoire de l'Église, mais il est possible qu'à notre place, humblement, d'une façon tout à fait exigeante mais encore souterraine, nous soyons appelés à œuvrer de façon décisive pour l'annonce de l'évangile. Ne nous dérobons pas à cette mission. Que saint Barnabé nous invite à marcher courageusement et humblement dans le chemin de l'annonce du salut.
AMEN