SAINT BARNABÉ, PORTEUR DE LA PAROLE

Ac 13, 1-4
St Barnabé - (11 juin 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


B

arnabé était un apôtre du Christ ce qui ne veut pas dire qu'il faisait partie du groupe de douze. Nous avons l'habitude de réserver ce titre d'apôtre aux douze que Jésus avait choisi pour être les fondements de l'Église. Effectivement les douze étaient apôtres, mais ils n'étaient pas seuls à l'être. Il y a d'ailleurs une exception majeure, c'est Paul, l'apôtre des nations, l'apôtre des Gentils qui n'a jamais fait partie des douze. Les douze sont comme les assises sur lesquelles l'Église est établie, leur nombre vient des douze tribus d'Israël. Ils sont donc l'Israël nouveau ou plus exactement ils manifestent comme les patriarches, les fils de Jacob qui ont donné leur nom aux douze tribus d'Israël, ils manifestent que l'Église est l'Israël nouveau. Le terme apôtre est plus vaste que celui des douze. C'est un ministère spécifique de l'Église naissante. Vous avez entendu tout à l'heure, dans les Actes des apôtres, "l'ordination" de Barnabé et de Saul, le futur saint Paul, leur ordination comme apôtres. Dieu demande à l'Église d'Antioche de "mettre à part Saul et Barnabé pour la mission à laquelle ils sont destinés". Cette mission c'est le prolongement de la mission du Christ. Jésus l'a dit expressément : "Comme le Père M'a envoyé, Moi aussi, je vous envoie !" Il a envoyé les douze, mais par l'intermédiaire de cette Église naissante, Il a aussi envoyé un certain nombre de disciples pour que leur mission prolonge la sienne.

       Le Christ est venu sur la terre, prenant la condition des hommes, nécessairement limitée dans le temps et dans l'espace. Un homme ne peut vivre qu'un certain nombre d'années, un homme ne peut vivre qu'en un endroit précis, même s'il va d'un lieu à un autre. Or le Christ, Dieu fait homme, a une mission qui s'adresse à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Le salut que le Christ vient apporter par le contact direct de sa chair avec notre chair, le salut que le Christ vient apporter est aussi nécessaire aux hommes qui vivront deux mille ans après son incarnation qu'à ceux qui vivaient en son temps ou à ceux qui vivaient deux mille ou cinq mille ans avant sa venue sur la terre. C'est pour cela qu'il est nécessaire que cette mission du Christ soit prolongée par la mission de l'Église, et à l'intérieur de l'Église par cette mission spécifique qui est celle des apôtres, dont la charge était d'annoncer la Rédemption et, par les sacrements et la Parole, de porter la présence du Christ jusqu'aux extrémités de la terre.

       Ce que les apôtres ont fait aux premiers temps de l'Église, annoncer Jésus-Christ, donner la vie même du Christ, la vie du Christ Ressuscité, la vie du Christ communiquée à tous les hommes, ce qu'ils ont fait dans tout le monde connu à cette époque-là, cela se poursuit encore, à travers toute l'histoire de l'Église, dans les temps et les lieux qui étaient alors inconnus. C'est pourquoi l'apostolat, s'il réside d'une manière unique en Jésus-Christ et d'une manière participée mais encore unique dans ceux qui ont été les "apôtres" au sens propre du terme, dont Paul et Barnabé sont des exemples à côté de Pierre, Jacques, Jean, Philippe et Barthélemy, cet apostolat existe d'une manière déléguée, seconde mais réelle, dans l'Église de tous les temps. C'est pourquoi nous sommes les héritiers des apôtres, non seulement parce que nous avons reçu d'eux la foi, mais encore parce que nous avons à prolonger la mission qu'ils ont accomplie. Et c'est l'Église tout entière qui est apostolique. Par ce terme du Credo, nous voulons signifier à la fois que cette Église est fondée sur les apôtres, mais aussi qu'elle a reçu la mission de prolonger celle des apôtres et que c'est l'Église tout entière qui doit être missionnaire, c'est-à-dire non seulement annoncer Jésus-Christ mais communiquer la vie nouvelle qu'Il est venu nous apporter, sa vie de Ressuscité.

       Prêcher le Christ, porter les sacrements, c'est une mission que l'Église tout entière a reçue. Et à l'intérieur de l'Église les ministères sont divers, les uns sont choisis par Dieu comme l'avaient été les apôtres pour la prédication de la bonne nouvelle, la célébration des sacrements vivificateurs, d'autres, et c'est l'ensemble du peuple chrétien, sont choisis également pour "préparer les chemins du Seigneur", pour aller jusqu'aux extrémités du monde, non pas les extrémités géographiques mais les extrémités intérieures, c'est-à-dire auprès de chacun des hommes qui constituent cet univers pour préparer leur rencontre avec le Christ, avec la Parole du Christ, avec la vie sanctifiante du Christ telle qu'elle est donnée par les sacrements. C'est pourquoi il y a complémentarité entre ces différents ministères, le ministère qui est celui de tous les chrétiens, de tous les baptisés et les ministères particuliers confiés aux diacres, aux prêtres et aux évêques, comme dans l'Église primitive celui des apôtres, des docteurs ou des prophètes. Peu importe la dénomination, il s'agit toujours de cette collaboration profonde entre le peuple de Dieu qui est présence de Dieu, présence lumineuse, illuminatrice et vivifiante de la foi en Dieu, collaboration du peuple de Dieu avec les ministres "spécialisés" qui viendront achever par l'enseignement et par les sacrements, cette rencontre au plus intime de chacun des hommes, avec le Christ qui vient les sauver.

       Il faut que nous nous sentions ainsi les héritiers des apôtres, les héritiers de l'Église primitive. Il faut que cet élan missionnaire qui brûlait dans le cœur de ces hommes, qui les a lancés à travers persécutions, dangers et toutes sortes d'imprévus, qui les a lancés sur toutes les routes de l'empire romain, il faut que nous soyons les héritiers de cette force, de cette ferveur, de ce courage, de cet enthousiasme, pour l'annonce du Christ. Aujourd'hui encore, nous sommes dans une situation semblable à celle de l'Église primitive. Il y a autour de nous une grande majorité d'hommes qui ne connaissent pas ou qui connaissent mal ou qui croient ne pas connaître le Christ. Donc la mission est aussi urgente aujourd'hui qu'alors. Il faut que, animés par ce même Esprit qui était dans leur cœur, nous sachions, nous aussi, nous sentir responsables de ce prolongement de la mission du Christ jusqu'aux extrémités de la terre.

       AMEN