SAINT BARNABÉ, APOTRE

Ac 13, 1-4
St Barnabé - (11 juin 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


E

n écoutant avec vous les différents événements qui ont secoué et fondé l'Église primitive, et tout particulièrement ce qui touche le quasi-apôtre Barnabé puisqu'il est compté au nombre des apôtres, on a un peu l'impression d'assister à une sorte d'improvisation permanente. Les gens se convertissent, apparemment des foules considérables, dans ces foules, des hommes sont distingués comme Barnabé dont on dit cette très belle chose : "Quand Barnabé arriva à Antioche, voyant les effets de la grâce de Dieu, il fut dans la joie !" Barnabé exhorte ses frères à rester attachés au Seigneur et on le décrit comme un "homme rempli de l'Esprit Saint" l'Esprit qui est la cause de la ferveur et du courage qui anime Barnabé. Barnabé part à Tarse rencontrer Paul et le ramène à Antioche où pendant toute une année ils instruisent les foules. Donc Barnabé s'est improvisé, grâce à son talent personnel, prédicateur de la bonne nouvelle. C'est à Antioche que les disciples du Christ furent pour la première fois appelés "chrétiens". Par la suite l'Esprit Saint intervient de nouveau demandant : "Mettez à part Paul et Barnabé pour une mission à laquelle je les ai appelés." Les apôtres prient, jeûnent et imposent les mains à Paul et Barnabé qui, déjà avaient commencé à prêcher l'évangile.

       L'Église primitive avançait donc en apparence avec une certaine incohérence ou une allégresse telle que des hommes et des femmes se levaient pour prêcher la Parole et la faire entendre avec ferveur et rigueur à leur entourage. Peut-être, au lieu de parler d'incohérence ou d'improvisation, vaudrait-on mieux parler de gratuité de disponibilité. Dans ces petits versets des Actes des apôtres, il y a la trace d'un élément qui est la condition préalable à ce qu'un homme devienne disciple de Jésus. Cette condition préalable a deux constantes. La première c'est la gratuité, ça ne sert à rien d'annoncer la bonne nouvelle. La deuxième c'est la disponibilité. "Ils passèrent toute une année à instruire" les futurs chrétiens d'Antioche.

       La gratuité me paraît un mot important. On entend souvent les gens dire qu'ils sont soumis à des nécessités. Le monde des jeunes particulièrement fait souvent état de nécessités et de craintes : la vie est plutôt sous les nécessités qu'au-dessus. Finalement, ils comprennent mal comment une vie chrétienne apparemment se détache de ces nécessités en tant que telles, même si elle y est attachée, elle reste au-dessus de ces nécessités. Et ceci est valable pour toute vocation vraiment chrétienne. Un homme ou une femme chrétiens répondent aux nécessités du monde, mais ils savent que leur vocation chrétienne est plus large que les nécessités qui leur incombent et que leur cœur doit être plus grand que les devoirs qui leur incombent, devoir professionnel, devoirs affectifs, devoirs familiaux, devoirs fraternels. Nous pouvons communier avec les cœurs des premiers "apôtres" en retrouvant la trace de leur gratuité et de leur disponibilité dans l'Esprit Saint. Peut-être avons-nous aussi à retrouver une façon de rester souples sous l'effet de la grâce, dociles, pour que la gratuité de Dieu soit en nous comme un ordre et que nous ayons à cœur de prêcher, de suivre l'Esprit Saint annoncer ainsi la bonne nouvelle.

Alors, peut-être, comme Barnabé, en voyant les effets de la grâce de Dieu dans nos frères, dans l'Église, nous serons vraiment dans la joie et dans la joie pour toujours.

       AMEN