UN HOMME D'ACTION : SAINT BARNABÉ
Ac 13, 1-4
St Barnabé - (11 juin 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e courage et la ténacité de Barnabé nous permettent de découvrir cet homme comme un homme d'action qui n'a pas ménagé ses forces pour réconcilier et pour que cet évangile qui avait surpris son cœur et touché si profondément son esprit puisse être connu par d'autres que lui. On doit à Barnabé d'avoir permis à Paul d'être touché à son tour par l'évangile, ainsi que d'autres contemporains. Un homme de courage. Qu'est-ce que le courage si ce n'est d'être capable de lutter contre des vents contraires, d'avoir un navire, sa personne humaine solidement bâtie pour tenir contre les tempêtes qui soufflent dans notre vie ? En fait, quand on est un homme, un chrétien, on a conscience qu'on est vite déraciné, que les vents peuvent prendre notre vie, notre esprit et que l'on peut être emporté par ces vents de doctrine, d'idées, de croyances, des émotions et que ces événements extérieurs à nous, gonflant ainsi la voile de notre vie, nous amènent plus loin là où nous ne voulons pas forcément aller et nous sommes ballottés comme un fétu de paille, bousculé par les événements et ainsi nous subissons plus le temps dont nous ne sommes plus maître. Par le courage, un homme a conscience qu'il a au fond de lui un roc, un rocher, que le reste est relativement malléable et reste fragile, qu'il est perméable à ce qui se passe autour de lui, aux gens qu'il rencontre, à l'amour qu'on reçoit, mais qu'il y a au fond de nous un roc, un rocher, un cristal. Une sorte de certitude inébranlable, plus grande que notre vie, indépendante de notre âge, comme on peut aussi le perdre.
Mais je pense que vous qui commencez à goûter avec plus de conscience la présence de Dieu dans votre vie comme pour l'eucharistie, vous avez à entretenir ce rocher intérieur, comme le lieu de la stabilité fondamentale. Dieu m'aime et attend de moi quelque chose. Et un homme courageux c'est un homme qui sait que tout est centré là-dessus. Et ce ne sont pas uniquement des phrases qu'il est bon de dire pour que les enfants soient sages. Ce sont des choses si profondes qu'il faut toute une vie pour les comprendre et qu'il faut donc commencer très tôt à se les dire, pour pouvoir, jour après jour, année après année, mieux le comprendre, mieux s'y attacher et y être fidèle.
Et nous les chrétiens nous avons à nous les transmettre les uns aux autres, à nous partager cette force de la conviction de la présence de Dieu dans notre vie, même si elle a l'air fragile, vulnérable et même si apparemment, en surface, nous sommes secoués par les événements. Et les mots que je dis là ne sont pas seulement pour les quatre enfants, Paul, Julie, Céline et Clément, mais pour nous tous ici rassemblés, nous sommes toujours dans une eucharistie, dans un sacrement, convoqués à re-visiter ce cœur de notre vie, cette certitude qui comme par un sculpteur, comme par un orfèvre demande à être polie, ciselée. En effet, nous avons reçu en nous cette conviction de l'existence de Dieu qui me regarde, qui attend quelque chose de moi, mais j'ai dans ma vie, à travailler ce roc, de façon que je sois de mieux en mieux, de plus en plus familier avec lui. Je n'ai pas simplement à recevoir la foi comme un dépôt, ce qui est vrai car je la reçois de l'Église, de mes parents, mais j'ai, un jour, à la prendre suffisamment en moi, pour qu'elle soit mienne et que ce rocher, cette certitude m'habite profondément et que je sois moins le jouet des vents et des événements qui m'entourent.
On mesure un chrétien non pas à une sorte de qualité intellectuelle sachant tout sur Jésus, mais à la certitude qui l'habite, qui est que Dieu est en lui, que Dieu est dans les autres, que Dieu se fait sans arrêt mieux connaître, qu'il est attendu par Lui et que, malgré tous les événements du monde, Il sera toujours avec nous, à l'intérieur de nous. Quand on s'aperçoit que les hommes peuvent être des monstres les uns avec les autres et qu'ils peuvent se tuer, il faut bien comprendre que ces hommes-là ont quitté ce lieu intérieur, qu'ils sont si pleins de violence et de haine, qu'ils ont si peur, qu'ils ne sont plus à l'intérieur d'eux-mêmes mais qu'ils sont à l'extérieur. Et à l'extérieur, on fait n'importe quoi. Lorsqu'un homme est capable de tuer en croyant que c'est bon de tuer, lorsqu'un homme est capable de haïr en croyant que c'est nécessaire de haïr, il est à l'extérieur de lui-même. Mais l'homme qui retrouve le chemin de l'intérieur de son cœur, de ce rocher qui est en lui, ne perd jamais le vrai chemin accepte de reconnaître l'autre comme un don de Dieu, comme une capacité d'aimer. Ainsi il ne se perd pas dans ces événements, dans ces tempêtes qui peuvent secouer nos vies.
En cette eucharistie, vous êtes convoqués à re-visiter votre structure intérieure, à revoir comment Dieu vous a appelés, vous a attendus, vous a aimés et comment Il continue à vous attendre, à vous aimer, comment vous êtes loin ou proche de cette certitude qu'Il avait plantée en vous et qu'Il aime voir s'épanouir. Et nous pouvons demander que la confiance tranquille, heureuse, des enfants qui vont recevoir le corps et le sang du Christ, nous aussi, nous adultes, à raviver, à reprendre courage pour être des chrétiens certains et fiers de leur foi.
AMEN