COMMENT AUJOURD'HUI POUVONS-NOUS ETRE APÔTRE ?
Ac 13, 1-4
St Barnabé - (11 juin 1996)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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rères, notre liturgie ne permet peut-être pas de se rendre compte que Barnabé, que nous fêtons comme apôtre, est un homme admirable. Notre liturgie pourrait nous faire croire que c'est un demi apôtre. Pas de vigiles, deux bougies aux laudes, quatre seulement à la messe, pas de gloria mais pourtant la seule chose que l'on nous dit, c'est une mémoire obligatoire. Comme si l'on ne pouvait pas faire autrement que de fêter Barnabé sans lui trouver d'autres titres de gloire. Or, si nous ne percevions pas du premier coup d'œil l'importance de Barnabé, il faut savoir relire ensemble les passages de l'Écriture qui nous parlent de lui et découvrir en dépassant nos œillères combien Barnabé est une pièce importante dans la construction de l'Église. Le nom même de Barnabé est déjà une indication. Barnabé signifie fils d'encouragement. C'est l'homme qui sait encourager. D'abord les Actes des apôtres nous disent une chose essentielle, il a vendu son champ dont il a remis la valeur aux apôtres. Dès le début de l'Église, il a tout donné pour obtenir cette richesse d'être avec les apôtres, de suivre son Seigneur. Ensuite, on nous dit et, ce sont toujours les Actes des Apôtres, une phrase très sobre, mais qui est en fait pleine d'admiration pour Barnabé, on dit c'est un homme de bien rempli de 1'Esprit et de Foi. Un homme rempli de 1'Esprit qui a accueilli le don qui lui est fait et qui fait de cet Esprit Saint reçu un bienfait pour l'Église. C'est un homme de bien non seulement parce qu'il a donné son bien mais parce qu'il sait faire le bien. C'est un homme de Foi c'est-à-dire un homme capable non seulement de vivre de la foi mais de l'annoncer. Il est rarement dit autant sur un homme dans les Actes des apôtres.
On peut dire finalement que si on avait à le décrire il ferait partie de ces gens qui certainement en restant très discret, ce qui est une qualité, n'en deviennent pas moins une pièce essentielle dans la vie de la communauté. Et cela nous est certainement mieux précisé toujours par les Actes des apôtres qui nous signalent que Barnabé est envoyé en Antioche pour voir ce qui s'y passe. Jusqu'à présent, l'Église de Jérusalem était le cœur de la chrétienté et l'on perçoit peu à peu que l'Esprit Saint a soufflé sur une ville plus lointaine qui s'appelle Antioche et où la communauté grandit. Et c'est d'ailleurs lorsque Barnabé arrive dans cette communauté d'Antioche que pour la première fois de l'histoire les gens vont y être appelés "chrétiens". Barnabé est donc là dans cette communauté d'Antioche et il fait appel à un certain Saul de Tarse. Il fait venir de Tarse Saul qui vient juste d'être converti, vient juste d'être baptisé. On dirait, comme le dit lui-même saint Paul, un petit avorton juif qui est appelé par Barnabé pour annoncer à cette communauté la parole de Dieu. Barnabé fait preuve alors d'une qualité, dont on manque beaucoup aujourd'hui, le discernement. Il sait reconnaître la valeur d'un homme alors qu'il vient juste de se convertir et il lui donne mission. Puis les prophètes de cette communauté imposent les mains à Barnabé et Saul parce que l'Esprit Saint leur a dit : "Détachez-les pour Moi en vue de l'œuvre à laquelle je les ai appelés". Et ils sont envoyés par la communauté de Jérusalem pour annoncer au cœur de la communauté d'Antioche la bonne nouvelle du salut. Et ils y restent un an. Parce que Barnabé en homme de bien et peut-être en homme chrétien, voulait garder avec lui Jean-Marc et Saul devenu Paul ne le voulait pas, Barnabé a continué avec Jean-Marc à évangéliser Chypre pendant que Paul a continué sa mission dans le reste du bassin méditerranéen.
Vous voyez donc qu'en très peu de phrases nous avons là le visage d'un apôtre admirable parce qu'il nous rappelle une chose essentielle c'est que tous, quelque part, nous sommes des apôtres, des envoyés mais il ne s'agit pas de faire cela avec tambours et trompettes. Paul de Tarse va prendre le devant sur Barnabé. Et même si on dit Barnabé et Paul sont envoyés en tel endroit, la mémoire si ce n'est de l'Église, au moins la nôtre, a souvent méconnu Barnabé et n'a pas retenu que c'est lui qui a mis sur les rails Paul de Tarse. Que c'est lui qui a su discerner la valeur de tel ou tel homme et qu'il a encouragé l'Église en annonçant la foi. Il a encouragé l'Église en discernant au cœur de la communauté ceux qui étaient capables d'aller plus loin que lui, ce qui est une réelle humilité.
Alors peut-être qu'il nous faut nous reposer la question : "Comment aujourd'hui pouvons-nous être apôtre ?" Aurons-nous non pas un titre glorieux de catéchiste parce que maintenant on a toujours besoin d'une lettre de mission donnée par l'évêque pour faire quelque chose dans l'Église mais si Barnabé était tout simplement notre exemple. Si à la place où nous sommes, nous savions encourager ceux qui ont telle ou telle mission dans l'Église. Si dans la place où nous sommes nous savions rester discrets et faire notre travail humblement. Si à la place où nous sommes, nous savions reconnaître tel ou tel homme ou femme, discerner pour proposer tel homme ou femme dans la mission comme nous dépassant et pouvant aller plus loin. Cela voudrait dire que nous avions le souci de la communauté et que nous ne sommes pas là comme des consommateurs. Barnabé nous apprend aujourd'hui à être des fils d'encouragement, discrets, hommes de bien, remplis de l'Esprit Saint, vivants et annonçant la foi. Quel exemple.
AMEN