DE LA MONDANITÉ AU SERVICE

Ac 4, 32-35 ; Lc 10, 1-9
St Norbert - (6 juin 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Norbert

F

rères et sœurs, Norbert, le saint dont nous faisons mémoire aujourd'hui naît en 1080 dans la petite ville de Xanten en Rhénanie, la partie supérieure du cours du Rhin. Pour nous, cela ne nous dit plus grand-chose, mais c'est une époque assez tourmentée. Le pape Grégoire VII pour arracher l'Église au pouvoir des princes allemands est allé jusqu'à excommunier l'empereur qui s'appelait Henry IV (pas le nôtre). Il naît dans une Église en situation de conflit ouvert. Le pouvoir temporel pense qu'il est capable de gérer le bien spirituel du peuple, de nommer les évêques, de choisir les prêtres, d'attribuer les bénéfices, et toutes les commodités nécessaires au risque de faire perdre à ce clergé son indépendance et sa liberté.

Norbert naît dans un milieu de cour, il est extrêmement brillant, et il a connu après les quinze années de conflits à vif, les cassures politiques. Il vit à la cour tout en étant déjà engagé dans les ordres, il est sous-diacre, la vie de la cour de l'empereur est assez à son goût. Il aura avant vingt ans, une expérience qu'on a parfois comparée au chemin de Damas de saint Paul, sauf qu'au lieu d'aller pourchasser les communautés chrétiennes de Damas, il était en train de chasser le cerf et le sanglier et il est tombé de son cheval. Cette expérience a été assez décisive, cela l'a fait réfléchir. Il a eu un véritable chemin de Damas, c'est-à-dire qu'il s'est rendu compte qu'il vivait sa vie de sous-diacre de façon mondaine, que ce n'était pas tout à fait conforme, et avec un petit groupe de compagnons à l'avenir politique et intellectuel assez prometteurs, il décide de se retirer pour réfléchir et savoir ce qu'ils voulaient faire de leur vie. On est seulement quelques années après l'affrontement entre le pape et l'empereur, et dans l'Église on commence à se rendre compte que tout n'est pas blanc et noir, noir du côté de l'empereur et blanc du côté du pape et du clergé. On se rend compte de plus en plus que la manière de vivre du clergé ne correspond pas aux attentes spirituelles des chrétiens.

C'est ce qui va faire le déclic dans la tête de ce jeune clerc, vers les années 1110, il est très jeune, il va se réfugier près de Soissons dans une propriété qui s'appelait "Prémontré". C'est de là que vient le nom de ce petit groupe que Norbert a fondé, et il commence à comprendre à Soissons qui est une toute petite ville, avec ses compagnons, qu'on peut vivre comme prêtre au service du peuple de Dieu, mais en communauté. Il va ressouder quelque chose qui avait été démembré, cassé, le lien entre une vie canoniale, la vie sous une règle, et la vie commune des prêtres. C'est ce qui donnera l'intuition fondamentale des chanoines de Prémontré. Il aura rapidement un certain nombre de frères. Il n'aura pas un succès aussi fulgurant que plus tard saint François avec une dizaine de milliers de franciscains en trente ans, ou saint Dominique avec des très nombreux couvents et communauté dominicains qui se fonderont même dans les dix, quinze ans après sa mort. Ici c'est beaucoup plus modeste, mais c'est intéressant parce que cela correspond à une attente de l'époque, c'est-à-dire aider les clercs eux-mêmes à vivre leur vie de prêtre tout en étant au service du peuple de Dieu.

C'est l'intuition fondamentale des chanoines de Prémontré : ils vivent en communauté et ensuite, comme on est dans un monde rural, à habitats très dispersés, ils vont au service des petites communautés qui sont autour de leur monastère, pour célébrer l'eucharistie, pour accompagner les gens, baptiser etc … Cela a donné les monastères prémontrés, dont nous avons tout près d'ici un bon témoignage, c'est l'abbaye de Frigolet. Je crois que Norbert n'avait pas encore pensé à l'élixir du Père Gaucher ! C'étaient des monastères qui vivaient une vie cléricale très solide et profonde, et qui rayonnaient surtout le mouvement alentour. C'est un peu la nuance par rapport au renouveau religieux qui aura lieu surtout à partir de saint Bernard qui lui, insiste davantage sur la vie commune. Ici la vie commune est coordonnée ou soumise à l'exigence pastorale de la vie des chanoines. La vie commune aide les prêtres à vivre comme prêtres, ensuite, elle doit être au service de cette dispersion permanente du ministère paroissial à assumer.

En 1126 , Norbert qui a acquis une certaine notoriété est nommé évêque de Magdebourg près de Berlin. Et il a essayé d'appliquer sa réforme au clergé qui n'a pas beaucoup participé aux désirs de l'évêque qui n'a exercé son épiscopat que pendant huit ans, Norbert et mort en 1134. Il a beaucoup travaillé avec saint Bernard avec lequel il s'était lié d'amitié. Il a collaboré avec lui sur un certain nombre de points notamment des débats théologiques qui avaient lieu à l'époque, particulièrement la lutte contre Anaclet, un antipape. Ils ont lutté pour que ce personnage retrouve sa place dans les rangs de l'Église universelle. On peut retirer beaucoup de la vie de saint Norbert, car c'est quelqu'un qui a vu que la vie sacerdotale n'était pas nécessairement soluble dans la mondanité. Il a vécu une conversion extrêmement profonde, et il a compris que cette vie presbytérale, cette vie de service ministériel était non seulement compatible mais valorisée par la vie communautaire. On peut prier saint Norbert pour qu'il suscite de nombreuses vocations qui soient à la fois des vocations pastorales et des vocations à la vie commune.

 

AMEN