UN NOVATEUR : SAINT NORBERT
Ac 4, 32-35 ; Lc 10, 1-9
St Norbert - (6 juin 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ouvent en histoire, on parle de l'an mille, et des terreurs de l'an mille. On image que les gens à ce moment-là croyaient que le Christ allait revenir, que c'était la fin du monde, qu'il y aurait eu des drames et des incendies et des malheurs dans la société, etc … En réalité, il semble qu'il ne s'est pas passé grand-chose, ne serait-ce que parce que à cette époque-là, les gens n'avaient pas les moyens de savoir qu'on était en l'an mille ! Il n'y avait que dans les monastères qu'on pouvait le savoir, ailleurs, on s'en moquait un peu et l'on n'avait absolument pas idée que l'an mille représentait quelque chose.
Mais la date importante, ce n'est pas l'an mille, mais c'est l'an mille soixante dix-sept. Pourquoi cette année ? Parce que c'est la première fois qu'un pape qui était un homme à poigne, un ancien bénédictin qui avait pris le nom de Grégoire VII en l'honneur du premier pape bénédictin qui était Grégoire Ier, ce Grégoire VII s'est bagarré, il n'y a pas d'autre mot avec l'empereur Henri II. Peut-être que ceux d'entre vous qui ont fréquenté Malet Isaac se souviennent, cela s'appelle "la querelle des investitures". De quoi s'agit-il ? L'Église avait fini par s'insérer si bien dans la société, que les princes avaient décidé qu'ils étaient capables de choisir les évêques et les curés. Evidemment, parmi les princes, celui qui se trouvait le plus capable, c'était l'empereur. L'empereur Henri II qui était un jeune empereur d'Allemagne, très fougueux, vivace et pugnace, a décidé qu'il nommerait ses évêques. La catastrophe, c'était vraiment l'Église au pouvoir des princes. On ne peut même pas dire, des laïcs, à ce niveau-là, on n'y pensait même pas, mais c'était au pouvoir des princes, c'est-à-dire que le pape vivant dans une Rome à peu près déserte, avec un forum et des grands espaces où paissaient les vaches et les moutons, n'ayant plus aucun pouvoir, vivant derrière des fortifications complètement démantelées et à peine solides, le pape n'effrayait personne, et l'empereur avait dit qu'il pouvait s'attribuer l'Europe. On a du mal à y croire, mais le premier rêve de l'Europe, cela a été le rêve germanique de l'Europe avec un empereur qui aurait géré aussi bien le spirituel que le temporel. Aujourd'hui, grâce à Dieu, même s'il n'y a plus Dieu dans la Constitution, on sait au moins qui gère le spirituel et qui gère le temporel. C'est déjà un avantage !
En mille soixante dix-sept, cela chauffait tellement que le pape a excommunié carrément l'empereur. Evidemment, ce n'est pas très commode, parce que quand vous excommuniez un empereur, les sujets ne sont plus obligés d'obéir. L'empereur a fait semblant d'aller dans une forteresse où séjournait le pape Grégoire VII, c'était la forteresse de Canossa. L'empereur, de plus ou moins bonne volonté, a fait semblant de se soumettre au pape, et Grégoire VII, sans illusions l'a réconcilié, Henri II a plus ou moins continué ses frasques, mais le coup d'arrêt était marqué. C'est ce qu'on a appelé la réforme grégorienne, c'est de ce Grégoire VII, qui n'était pas un personnage très commode, il vaudrait mieux ne pas l'avoir comme curé, et qui a décidé que désormais, c'était lui le pape qui avait le droit total sur les investitures, sur les nominations dans l'Église. C'est depuis ce temps-là qu'avec une patience inlassable, Rome cherche à obtenir, et y est pratiquement arrivée, à nommer elle-même tous les évêques. Il faut bien dire qu'au début du Moyen-Age, ce n'était pas comme ça.
Le pape, à partir de là a eu une idée : vu la crise qu'on vient de passer, il faut passer à la vitesse supérieure. Si les princes ont pu si facilement s'emparer de l'emprise de pouvoir sur les évêques et les prêtres, c'est qu'ils n'étaient pas à la hauteur. Cette secousse a joué le rôle de révélateur et le pape a dit : il faut réformer le clergé. Inutile de vous dire que le pape, après Canossa était très fatigué, et huit ans plus tard, il est mort. Il n'a pas pu mener à bien sa réforme. D'autant plus que, et c'est assez beau au Moyen-Age, ce n'est pas uniquement les papes qui ont mené la réforme, même s'ils étaient les premiers à monter au créneau.
Trois ans après Canossa, en mille quatre-vingt, naissait dans un petit village perdu dans le nord de l'Allemagne, un petit Norbert qui a voulu devenir prêtre. Il a fait ses études ecclésiastiques, et il est arrivé près de Laon, en France car l'Europe était vraiment ouverte, et avec quelques compagnons, il a fondé une petite abbaye qui s'appelait : Prémontré, du lieu où était fondée l'abbaye.
Ce Norbert qui était très jeune a réalisé que si on voulait réformer le clergé, un des grands atouts c'était de lui permettre de vivre ensemble. A cette époque-là du Moyen-Age, l'idée que les prêtres étaient voués à gérer la communauté paroissiale et qu'ils étaient simplement là pour donner les sacrements, célébrer l'eucharistie, etc … c'était à peu près admis. Mais, c'était tellement détaché de tout le reste que ces pauvres curés, et ce sera le mal récurrent durant tout le Moyen-Age, n'avaient pas les moyens à la fois de se former, d'approfondir leur formation, de vivre une véritable charité, etc … ils vivaient un peu isolés. L'idée de Norbert a été de dire : au lieu de faire vivre les curés tout seuls, perdus dans leur paroisse rurale et vous imaginez ce que cela devait être à l'époque, on va les faire vivre dans des petits monastères. Il a repris à sa manière l'idée de saint Augustin un monastère de prêtres ou de clercs. Cela a été l'idée de Prémontré. Ce seront des chanoines compris au vrai sens, qui vivent selon une règle de vie commune, qui partageront les exigences de la vie commune, et qui assumeront ensemble la charge pastorale sur un ensemble. C'est comme cela qu'aujourd'hui la plupart des abbayes de prémontrés sont des abbayes dans lesquelles il y a un petit groupe de prêtres qui vivent sous une même règle canoniale, comme nous de saint Augustin, et ensuite, ils vont faire du ministère dans les différentes paroisses.
L'intuition de saint Norbert qui reprenait là la racine et des sources anciennes, c'était que le prêtre n'était pas simplement l'homme de la célébration et des sacrements, il était aussi celui qui vivait la vie commune, qui partageait le souci commun de l'Église avec ses frères. C'est cela l'idée de saint Norbert.
Cela a marché, il existe encore des prémontrés aujourd'hui. C'est très variable selon les abbayes, mais pour saint Norbert on a trouvé qu'il avait tellement de génie et d'astuces pour renouveler la vie du clergé qu'on l'a nommé évêque de Magdeburg. Il est donc reparti dans son Allemagne natale, et là il a terminé un ministère d'évêque dans les dernières années de sa vie.
Je trouve intéressant de comprendre un peu comment à travers une seule figure, celle de saint Norbert, nous est rappelée une crise assez grave et majeure de l'Église, et comment un homme, très simplement, avec les moyens du bord, il n'a pas inventé le fil à couper le beurre, il a essayé de vivre ce ministère presbytéral ensemble et de la vivre sous une règle.
Frères et sœurs, on peut demander aujourd'hui que le Seigneur suscite de nombreuses vocations qui trouvent des formes originales en fonction des données actuelles pour que l'évangile soit proclamé et que l'Église soit véritablement servie par de bons serviteurs.
AMEN