LA COMMUNION ECCLÉSIALE
Ac 4, 32-35 ; Lc 10, 1-9
St Norbert - (6 juin 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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’est l’idéal de la première communauté chrétienne qui a inspiré à saint Norbert de fonder l’ordre des Prémontrés. Mais en le disant comme ça, il y a quelque chose qui n’est pas tout à fait exact. D’abord, s’il est vrai que le récit de la communauté chrétienne de Jérusalem, où tout était vécu ensemble parce que les biens étaient partagés et qu’il y avait un seul cœur et une seule âme, a inspiré le propos de la vocation de saint Norbert, ce n’est pas directement un ordre au sens où nous l’entendons, c’est-à-dire d’abord de fonder comme on fonde les cisterciens, les bénédictins, avec quelque chose de très établi et de très institutionnel, l’ordre des Prémontrés est de retrouver le cœur, l’origine et la source de ce qui fonde une communauté. Cette source, c’est ce partage et ce service les uns des autres dans la communauté où chacun ne dit sien ce qui, finalement, n’appartient qu’à la communauté.
C’est pourquoi le propos de saint Norbert au départ, c’est d’avoir des monastères mixtes, c’est-à-dire là où l’on aurait mis les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, et de faire vivre ensemble toute personne désireuse de vivre ce projet de la communion de la communauté. C’est pourquoi il pouvait y avoir des laïcs, des prêtres, des frères, des hommes, des femmes, des gens mariés, d’autres qui avaient un propos de virginité. Aussi, c’est toute la réalité de ce pourquoi profondément est faite l’Église. L’Église est une Église au service de la communion des hommes de toutes races, langues peuples et nations, de toutes conditions. A l’intérieur de certaines communautés, par un projet de vocation plus précis, qui puisse réaliser, puisse souligner cette vocation qui est la vocation première de l’Église en général, et c’est tellement une vocation importante, qui ne met pas à part justement les réalités ecclésiales, de la réalité de la communauté elle-même.
Il ne peut y avoir normalement de vocation monastique, même une vocation entièrement retirée dans le désert comme par exemple les chartreux, ou la vie érémitique, que s’il y a un désir profond de vivre la communion dans l’Église. Car en somme, c’est ce propos-là qui fonde toute vocation. Si c’est un autre désir, si c’est une autre idée, ou si c’est une autre pensée, on a la vocation de n’importe quelle autre religion, de n’importe quelle autre pensée ou idéologie, mais pas celle de l’Église. C’est non seulement bien sûr vivre en communion avec Dieu, mais vivre la communion dans les frères. Si on part tout seul, c’est pour vivre de cette communion, pour la vivre dans le respect du silence, comme dans le respect de la distance pour mieux souligner le désir profond de la communion ultime qui doit être réalisée de manière eschatologique dans l’éternité où le Seigneur illuminera le visage de tous les hommes, car il sera devenu notre flambeau, et où l’ Eglise sera belle et resplendissante comme une épouse parée pour son époux en vue de la communion parfaite.
Ainsi donc, cette vocation de saint Norbert doit-elle nous rappeler notre vocation aujourd’hui, cette vocation concrète qui est la nôtre dans l’Église d’Aix et d’Arles, dans notre communauté chrétienne. En fait, quand nous participons à la vie liturgique, la vie sacramentelle, quand nous sommes en train d’évangéliser ou de témoigner, comme quand nous sommes en train de prier dans le profond de notre cœur, en solitude, sachons que tout cela est au service de nos frères, et donc au service de cette communion ecclésiale. Cela donne également du sens à notre vie, parce qu’elle caractérise finalement ce pourquoi est fait le chrétien. C’est ainsi qu’il répond au commandement de l’amour de Dieu, comme de l’amour du prochain. C’est aussi pour cette raison qu’ensuite, ce n’est pas qu’il faille abolir les différences pour faire la communion, cela deviendrait de l’uniformité, mais il faut être au service de l’unité pour que se réalise la communion, et là, chacun selon sa vocation propre, qu’il soit prêtre, laïc, ermite, vierge, marié, célibataire, peu importe, chacun est nécessaire dans cette réalité qui est la sienne, donc ce qu’il vit est nécessaire à ce principe de communion et c’est ainsi que se réalise sa vocation. C’est là également que toute vocation fait appel à l’autre de réaliser dans ce qu’il est, quel que soit son état, consacré, pas consacré, d’être au service de cette communion ecclésiale.
AMEN