AU MILIEU DES LOUPS

Ac 4, 32-35 ; Lc 10, 1-9
St Norbert - (6 juin 1991)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

e Seigneur a envoyé ses disciples "comme des brebis au milieu des loups". Dans la première partie de cet évangile, Il donne ses premières recommandations. Il les donne sous forme négative : "Pas de bourse, pas de besace, pas de sandales. Ne saluez personne en chemin !" Ceci souligne la néces­sité de la très grande confiance que doivent avoir les disciples en Celui qui les envoie. Nous sommes dans un monde souvent hostile, difficile, en contradiction avec notre propre foi, notre propre mission, mais nous y sommes sans sécurité, sans autre provision que la présence même du Christ et la force qu'Il nous donne lorsqu'Il envoie ses disciples.

Il y a aussi cette note de la hâte. On ne s'em­barrasse pas dans l'annonce de l'évangile de toutes sortes de mondanités. "Ne saluez personne en chemin !" Ne vous attardez pas aux salutations et aux conver­sations inutiles.

Les deuxièmes recommandations se font sous forme positive et l'une et l'autre sont introduites par la même formule. "En chaque maison" ou "en chaque ville où vous entrerez faites un vœu de paix". Souhai­tez la paix. Ici la maison signifie symboliquement la vie privée, les relations plus intimes, plus personnel­les des uns avec les autres. La ville signifie les socié­tés, les relations publiques, professionnelles, écono­miques ou politiques, la présence de chacun, de cha­cune dans l'Église, dans le monde. Et que ce soit dans la maison ou dans la ville, il est d'abord question d'un souhait de paix sous une forme ou sous une autre.

L'envoyé du Seigneur est donc d'abord fort de l'unique confiance que Dieu lui fait, de la confiance que Lui-même donne à son Seigneur, et ses relations proches ou lointaines doivent être installées dans la paix. Paix de chacun avec Dieu, mais aussi paix les uns avec les autres dans la communauté ecclésiale comme le rappelait le passage des Actes des apôtres "ils n'avaient qu'un cœur et qu'une âme !"

C'est d'ailleurs cela que nous venons puiser et vivre dans l'eucharistie. Cette confiance se renouvelle en nous selon cette parole de Jésus : "Je serai avec vous jusqu'à la fin du monde ! Je ne vous laisserai pas orphelins !" Et en même temps, ce don de la paix que nous nous donnons, peut-être de façon un peu trop habituelle ou banale, en chaque eucharistie, ce baiser de paix qui doit être entre nous la signature de la confiance que nous avons en Dieu, de celle qu'Il met en nous et qui doit être aussi l'exigence de ce que nous avons à vivre les uns avec les autres pour pou­voir ensuite le partager avec tous nos frères.

Et le dernier souhait, mais il est sans limite, il est sans point de repère rationnel ou sécurisant, "Si vous agissez et vivez ainsi" dans la vie privée ou dans la vie publique, peut-être que ceux qui vous côtoient sentiront la présence du Royaume de Dieu Lui-même, si vous êtes refusés, même si vous êtes obligés de secouer la poussière de vos chaussures, peu importe après tout, par vous, le Royaume de Dieu soit s'appro­cher du cœur des hommes, et cette fécondité c'est Dieu Lui-même qui la donnera.

Qu'en cette eucharistie, nous soyons renou­velés dans ces dispositions de confiance par rapport à Dieu, de paix les uns avec les autres, pour tous nos frères, afin que le Royaume de Dieu avance vers eux et qu'un jour ils en prennent aussi le chemin pour y trouver la confiance et la paix.

 

 

AMEN