VIE MONASTIQUE

Ac 4, 32-35 ; Lc 10, 1-9
St Norbert - (6 juin 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile est couramment considé­rée comme le prototype de la mission sacer­dotale, les 72 disciples venant s'ajouter aux douze apôtres comme les prêtres s'ajoutent aux évê­ques. Dans ce texte plusieurs marques relèvent de la vie religieuse ou monastique, et très particulièrement il y est question de pauvreté. "N'emportez pas de bourse ni de besace, pas de sandales !"

Le lien entre la fonction sacerdotale et une manière de vivre religieuse, monastique peut donc se réclamer de l'évangile. En fait saint Norbert, comme d'autres avant lui, a voulu unir la mission du prêtre (qui est d'annoncer l'évangile, d'apporter les sacre­ments, d'être l'intermédiaire de la grâce de Dieu, d'être celui qui unifie et rassemble l'Église) et le style de vie de ceux qui se consacrent dans la chasteté, la pauvreté et l'obéissance à la recherche du visage de Dieu. Ces deux aspects sont loin d'être incompatibles, ils sont pourtant tout à fait différents, ils relèvent de deux ordres différents.

D'une part, le sacerdoce qu'il s'agisse de celui des évêques ou de celui des prêtres, le sacerdoce est un service de la communauté ecclésiale. C'est donc une fonction à accomplir, c'est un ministère. Un mi­nistère dans lequel des hommes sont choisis par Dieu pour tenir la place du Christ parmi nous, puisque de­puis l'Ascension le Christ est visiblement absent de notre communauté, de notre communion. Et pour que cette communauté s'enracine véritablement dans le Christ, il faut que quelqu'un en soit le symbole, le signe, ce qui n'implique pas une supériorité spirituelle ni une sainteté, c'est une fonction, c'est un rôle, un rôle ministériel du sacerdoce : être le signe de la pré­sence de Dieu parmi les hommes. Un service qui ap­porte la Parole de Dieu, qui organise le peuple de Dieu.

D'autre part une exigence de vie. La vie reli­gieuse, la vie monastique est une recherche person­nelle qui n'a rien à voir avec un ministère fait pour les autres, une recherche personnelle du visage de Dieu qui est prolongement du baptême. Tout baptisé a reçu la grâce d'essayer d'imiter le Christ, de ressembler au Christ, de devenir un autre Christ, pour essayer de configurer sa vie à celle du Christ, de devenir aussi profondément que possible intime avec le Christ. Tout baptisé est appelé à cela. Et s'il y a un ministère des prêtres c'est pour aider les baptisés à remplir ce projet de leur baptême. Les religieux, les moines sont ceux qui prennent des moyens pour rendre cette res­semblance plus immédiate, plus urgente. C'est pour­quoi ils choisissent la solitude de la chasteté, le dé­pouillement de la pauvreté, La soumission de l'obéis­sance afin de ressembler au Christ qui a été seul sur la croix, nu et dépouillé de tout, obéissant jusqu'à la mort sur la croix. Ce faisant, les religieux, les moines anticipent ce que tous le chrétiens font petit à petit, à travers leur vie et en tout cas réaliseront au moment de leur mort où ils mourront seuls, car on meurt tou­jours seul, dépouillé de tout car on meurt toujours nu, et où ils remettront leur vie entre les mains de Dieu, dans un ultime acte de dépossession de soi-même.

Ce sont donc deux lignes, deux voies de re­cherche qui, en soi, sont différentes. D'une part la recherche d'une anticipation, d'une urgence du bap­tême, à titre d'un style de vie personnelle : c'est ce qui fait le moine et le religieux. D'autre part, le ministère à l'égard des hommes. Très tôt, c'est déjà vrai de saint Augustin, de saint Basile, avant que ce soit vrai de saint Norbert, très tôt on a pensé que ces deux types de recherche s'appelaient l'un l'autre et faisaient bon ménage. C'est pourquoi il y a eu des moines apostoli­ques, même s'ils ne portaient pas ce nom, comme saint Augustin. D'autre part il y a des chanoines ré­guliers, c'est-à-dire des prêtres qui prennent un style de vie monastique. Les deux voies cherchent le même résultat : mêler le ministère sacerdotal à la recherche monastique. Ils le font en partant de points différents. Avec saint Augustin, des moines se sentent appelés à partager avec leurs frères cette recherche de Dieu, par le moyen du ministère. Ce sont des moines qui de­viennent prêtres, qui deviennent ministres de la com­munauté chrétienne. Dans d'autres cas, des prêtres, des chanoines, terme qui représente une façon de parler du ministère sacerdotal éprouvent le besoin de prendre une règle, c'est-à-dire de s'astreindre en communauté à une certaine vie de type religieux ou monastique.

Ces recherches jalonnent toute l'histoire de l'Église de manière toujours renouvelée. Les chrétiens que vous êtes, sont intéressés à l'une et l'autre ligne. Vous êtes tous appelés à mettre vos pas dans les pas des religieux, des moines pour arriver, vous aussi, à ce détachement, à ce don de soi sans limite à Dieu qui finira pas être la réalité la plus profonde, la plus déci­sive de votre vie avant d'être le passage obligé de la mort que l'on peut vivre par force mais aussi par choix. Les prêtres sont vos serviteurs, donc entière­ment orientés vers vous. C'est pourquoi on vous de­mande souvent de prier pour les vocations, car elles sont nécessaires à la vie de l'Église pour lui donner son élan, son dynamisme, sa vitalité, pour le plein épanouissement de votre baptême.

 

AMEN