SEMENCES DE CHRÉTIENS
1 Th 2, 1-14 ; Lc 21, 12-19
St Pothin et Ste Blandine - (2 juin 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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'Eglise nous propose de méditer sur les martyrs qui nous ont précédés dans la foi. Aujourd'hui nous avons à célébrer à la fois les martyrs de Lyon et les saints Marcellin et Pierre sous la persécution de Dioclétien. De ces derniers on sait peu de choses sinon qu'on leur fit creuser leur tombe de leurs propres mains avant de les y jeter.
Les martyrs de Lyon sont plus particulièrement chers à notre cœur et plus connus parce que l'Église de Lyon a écrit aux Églises-sœurs d'Asie et de Phrygie une lettre célèbre racontant le martyre de ses enfants. Nous avons donc là un témoignage de première main qui date du moment même du martyre. Cette lettre fut sans doute portée par saint Irénée lui-même devenu évêque après la mort de Pothin au pape de l'époque saint Eleuthère. Elle est en outre un témoignage magnifique sur le sens du martyre.
Sain Pothin l'évêque âgé de 90 ans mourut tout de suite. Il disait au juge qui l'interrogeait sur le Christ, sur le Dieu des chrétiens : "Si tu en es capable, tu pourras toi aussi le connaître !" Il trouvait dans cette affirmation de sa foi et dans ses souffrances un soulagement, "dans la joie de son témoignage, dans l'amour du Christ, et dans l'Esprit du Père."
A propos de sainte Blandine qui est la plus célèbre puisqu'on remarqua la force de l'Esprit à cause de sa fragilité, elle était une esclave, la lettre nous dit :"Le Christ montra que ce qui est simple, sans apparence, facilement méprisable pour les hommes, est digne d'une grande gloire auprès de Dieu, à cause de l'amour qu'on a pour Lui." Cet amour qui se manifeste dans la force et ne glorifie pas les apparences. "Nous tous, en effet, nous redoutons, et sa maîtresse selon qui était aussi une combattante redoutait anxieuse avec nous, que Blandine ne puisse pas avec assurance faire sa confession de foi à cause de la faiblesse de son corps. Mais Blandine fut remplie d'une telle force qu'elle lassa et découragea les bourreaux qui, se relayant les uns les autres, la torturaient de toutes manières, depuis le matin jusqu'au soir. La bienheureuse se renouvelait dans sa confession de foi. C'était pour elle comme un réconfort, un repos, un arrêt dans la souffrance que de répéter :"Je suis chrétienne ! Chez nous, il ne se fait rien de mal !" Quelques jours après la mort de l'évêque, en effet, le néophyte Maturus, le diacre Sanctus, Blandine et quelques autres encore furent conduits aux bêtes pour la joie de la foule. Blandine fut donc suspendue à un poteau et exposée pour être la pâture des bêtes lâchées contre elle. A la voir suspendue à cette sorte de croix, à l'entendre prier continuellement, les bourreaux fortifiaient leur courage. Dans ce combat, les chrétiens voyaient de leurs yeux, à travers leur sœur, celui qui avait été crucifié pour eux. Ainsi ceux qui croient en Lui sont persuadés que tout homme qui souffre pour la gloire du Christ sont pour toujours en communion avec le Dieu vivant. Ce jour-là, aucune bête ne toucha Blandine. Elle traversa donc victorieusement des luttes plus nombreuses, afin d'être un encouragement pour ses frères, elle la petite, la faible, la méprisée, car elle s'était identifiée au Christ et elle avait triomphé de l'adversaire dans de nombreuses rencontres et par la lutte avait remporté la couronne de l'incorruptibilité. Le dernier jour des combats, après les fouets, après les fauves, elle fut jetée dans un filet et livrée à un taureau. Longtemps elle fut projetée par l'animal, mais elle ne sentait rien de ce qui lui arrivait à cause de l'espérance et de l'attente de ce en quoi elle avait cru et à cause de sa conversation avec le Christ."
Beaucoup de notations de ce texte nous expliquent ce qu'est le martyr. Le secret final, c'est que le martyr est identifié au Christ. C'est le Christ qui est présent. Et quand on souffre avec et pour le Christ, ou plus exactement quand c'est le Christ qui souffre en nous, on est en communion avec le Dieu vivant. Le martyr est en étroite intimité avec le Christ qui lui est visiblement, sensiblement présent. A ce moment-là, l'espérance, la "conversation avec le Christ", le fait de s'entretenir avec Lui, de pouvoir parler cœur à cœur avec Lui, et en même temps l'attente de la rencontre définitive, "la proclamation de la foi qui renouvelle le cœur du martyr", la joie même dont Il est parlé, tout cela fait le martyr n'est pas avec les bêtes mais qu'il est déjà avec le Christ. De cette façon sa souffrance lui échappe ou plutôt il échappe à la souffrance à cause de ce plus grand amour qui lui donne plus qu'une force pour résister, une autre raison de vivre, un autre lieu pour vivre. Le martyr étant identifié au Christ, les souffrances n'ont pas de prise sur lui car un amour plus grand et plus profond le fait vivre à un autre niveau.
Ceci est tout à fait exceptionnel et nous dépasse. Pourtant il est très important d'enraciner notre foi et notre manière de vivre dans cette expérience des martyrs.
Si les martyrs ont ainsi vécu dans cette étroite communion avec le Christ, il faut que, dés maintenant, nous nous acheminions vers cette communion. Peut-être ne serons-nous jamais martyrs, je le souhaite car rien ne dit que nous serions capables de courage en ces circonstances, mais la communion avec le Christ nous est promise comme aux martyrs. Et même si ce n'est pas à travers une souffrance due à la persécution, ce peut être à travers la souffrance de la maladie, en tout cas à travers l'angoisse de la mort et l'agonie. De toute façon nous passerons par ce chemin difficile et cette prote étroite qui doit nous conduire jusqu'à la parfaite communion avec le Christ. Il faut que l'attente du Christ, il faut que le désir du Christ, il faut que la conversation avec le Christ s'enracine de plus profondément en nous et dans notre vie pour que cette épreuve que nous traverserons, et pour que déjà maintenant, le déroulement de notre vie progressivement s'instaure à cette profondeur, à ce plan-là pour que les événements faciles ou difficiles, quotidiens ou exceptionnels de notre vie ne soient pas vécus seulement à la surface de nous-même, à la surface de ce monde mais soient vécus à cette profondeur où le Christ est réellement présent, réellement présent avec nous, en nous, prenant place en notre cœur, vivant en nous et nous transformant par sa présence. C'est de cette manière-là que se prépare, en nous, cette vie éternelle qui commence déjà, qui n'est pas seulement un autre épisode de notre vie, mais qui est le sens profond de notre vie même actuelle.
Que ce témoignage des martyrs nous donne courage, foi et confiance afin de devenir comme eux des disciples du Christ, des amis du Christ, d'autres Christs.
AMEN