LE MARTYRE

1 Th 2, 1-14 ; Lc 21, 12-19
St Pothin et Ste Blandine - (2 juin 1986)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

D

ans la foi chrétienne, le martyre c'est d'abord un témoignage unique et indivisible, c'est un dialogue incessant et c'est un don permanent. Un témoignage unique et indivisible, non pas en premier lieu le témoignage de chaque martyr, mais le témoignage du seul, du premier de tous les martyrs, le Christ Jésus Lui-même. Ce témoignage c'est celui de sa mort, après avoir été conduit devant les tribunaux et mis en prison. C'est le témoignage d'avoir livré son corps et son sang, pas simplement au bourreau, mais à nous dans le don de l'eucharistie. C'est comme dit l'apôtre Pierre "le beau témoignage" qu'Il a rendu aux hommes à cause du nom, du nom de Dieu son Père. Il n'y a pas d'autre martyr dans l'Église, car il n'y a pas d'autre témoignage que celui du Fils unique. Et c'est pour cela qu'il est indivisible.

Le martyre c'est aussi un dialogue incessant, car c'est un appel et une réponse. Un appel toujours parfait et présent, une réponse souvent imparfaite et négligée. L'appel du Christ à la ressemblance de cha­cun de ses disciples à être revêtus dans leur propre vie de son témoignage unique, c'est-à-dire de sa Pâque. Au jour de votre baptême "vous avez revêtu le Christ" c'est-à-dire que le témoignage du Christ est devenu non pas votre vêtement, comme quelque chose qui vous enveloppe, mais est devenu votre propre chair c'est-à-dire le tissu même, la fibre même de votre vie nouvelle dans la foi chrétienne. C'est de là que vient l'appel permanent du Christ à lui ressembler. Et c'est dans ce dialogue de l'appel et de la réponse que se retisse notre ressemblance à l'image de Celui par qui nous avons été créés, le Christ Fils éternel du Père. Il n'y a pas de martyre d'un jour, celui du jour de la mort, il y a un martyre de tous les jours, de tous les instants, qui est ce dialogue permanent du Seigneur avec chacun de ses disciples. Ce dialogue qui a comme dimension essentielle de n'avoir pas d'autre intérêt que de vivre, que de grandir, que de s'affermir et que de prendre toute notre propre vie à chaque ins­tant, ses moments les plus glorieux et ses moments les plus douloureux, ceux de notre péché.

Le martyre c'est aussi un don permanent. Evi­demment le don du Père au monde dans la Pâque de son Fils, évidemment le don du Fils à l'Église dans la Pâque de chacun des martyrs, de saint Pothin, de sainte Blandine que nous fêtons en ce jour, mais aussi de tous les autres et de tous les temps. Mais plus en­core le martyre c'est le don que Dieu veut vous faire les uns aux autres, les uns par les autres, car si nous sommes porteurs du témoignage de la Pâque du Christ, si nous sommes vivants de ce dialogue vivi­fiant entre le Seigneur et notre propre cœur, alors nous nous donnons les uns aux autres le "beau témoi­gnage", le témoignage du martyre, le témoignage du don total, de l'intérêt unique et absolu que nous avons pour Dieu, à la limite pour tout perdre, tout de suite.

Et si l'Église a toujours besoin des martyrs pour vivre, elle a toujours eu besoin des martyrs qui sont morts dans le sang, mais plus encore elle a be­soin des martyrs que nous devons être chaque jour, mourir à notre péché, mourir à notre propre mort, vivre de la vie du Christ et nous donner les uns aux autres, les uns par les autres, les uns par l'amour des autres et réciproquement ce témoignage authentique de la présence du Christ en nous. Il n'y a qu'un seul martyr : c'est Lui-même dans sa Pâque. Il y a des membres de son corps qui renouvellent et nous rappellent cette mort sanglante du Christ dans sa Pâque, mais tous les membres de son corps participent à ce témoignage unique et à ce martyre incessant.

Alors que la prière de nos frères de Lyon, dix-sept siècles ce n'est rien du tout pour l'histoire, ils sont d'hier, ils sont d'aujourd'hui, que la prière de ces martyrs de Lyon que le Pape Jean-Paul II viendra vénérer là même où ils ont été persécutés, dans l'am­phithéâtre des trois Gaules, que leur témoignage et leur prière nous invitent aujourd'hui à nous laisser entraîner dans la Pâque du Christ, à nous laisser en­traîner dans leur témoignage de frères aînés, afin que là même où ils ont donné leur vie nous puissions nous aussi donner la nôtre au Christ, la donner les uns aux autres et révéler ainsi au monde qu'il n'y a qu'un seul nom, le nom de Dieu qui vaut que toute notre vie lui soit donnée à chaque instant.

 

AMEN