LES MARTYRS DE LYON
1 Th 2, 1-14 ; Lc 21, 12-19
St Pothin et Ste Blandine - (2 juin 1980)
Homélie du Frère Jose FABRE

L'Huître : Sainte Blandine
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n s'imagine que, parce que les chrétiens ont un message d'amour et de miséricorde à transmettre au monde, ils seront toujours bien accueillis, bien compris ... C'est une illusion. Je dirai même que, au contraire, le chrétien est voué, par excellence, à la persécution. Jésus-Christ nous en a avertis : "J'ai été persécuté, vous serez persécutés. Le serviteur n'est pas au-dessus du Maître."
En effet, le message chrétien est insolite, il est révolutionnaire, il dérange, il bouscule. Il est insolite et révolutionnaire de dire que tous les hommes sont frères, qu'ils sont égaux, alors que les hommes ont toujours tendance à se croire un peu supérieurs aux autres. Ils ont l'habitude de se servir des plus déshérités, des plus défavorisés pour se servir, pour se faire servir. Il est assez insolite de dire que le dernier des esclaves, au temps du Christ, disons le dernier des immigrés de nos jours, est le frère d'un ministre, d'un chef d'Etat, du Pape lui-même. C'est peut-être facile de le dire, c'est plus difficile d'en vivre. Il est insolite et révolutionnaire de dire qu'il faut aimer tout le monde et pardonner sans limites, sans exclusive, alors que les hommes ont tendance, comme on le dit de nos jours, à laisser leur agressivité se libérer en haine, en violence, en rancune, en vengeance. Il est assez insolite et révolutionnaire de dire que Dieu nous aime, alors que les hommes ont toujours eu l'habitude d'imaginer des dieux ou un dieu comme un maître sévère, austère et dominateur Cela ne va pas de soi que Dieu nous aime. Et cela ne va pas de soi non plus, de dire et d'affirmer que Jésus-Christ est ressuscité et que nous ressusciterons, alors que, nous le savons, tant d'hommes rejettent l'idée de la résurrection, et tant de chrétiens, hélas, ont aussi beaucoup de doutes à ce sujet.
Oui, le message du Christ n'est pas facile à transmettre. Il est insolite. Et le martyre ne consiste pas toujours à aller dans une arène, comme Blandine, Pothin et ses compagnons pour y être dévoré par les fauves. Le martyre, certes, c'est de mourir pour le Christ, comme Martin Luther King quand on défend la cause des Noirs, comme Monseigneur Romero quand on prend la défense des plus pauvres et le parti des déshérités. C'est aussi d'être emprisonné comme des milliers d'hommes et de femmes, tant à l'Est qu'à l'Ouest, à cause de leur foi. Etre martyr, c'est aussi subir la calomnie, subir les moqueries, l'exclusive, subir les rejets, les mises à la porte, les mises en quarantaine, tout cela à cause de sa foi. Et depuis l'école, où le petit chrétien est peut-être montré du doigt parce qu'il se dit chrétien, jusqu'au travail, en passant par la famille. Et le Christ nous l'a dit tout à l'heure :"Vous serez livrés par vos parents, vos frères et soeurs," s'ils ne pensent pas comme vous.
Si nous n'avons pas été persécutés, si nous n'avons même pas connu la raillerie ou la calomnie, c'est que, peut-être, notre foi est trop tranquille et qu'elle ne dérange personne. Alors, en cette fête des Martyrs de Lyon, qui ont semé notre foi de leur sang en ce pays de France, demandons au Seigneur qu'Il nous donne la joie de témoigner et de retrouver force et courage, comme Il nous l'a dit Lui-même dans l'évangile : "Tenez bon, c'est ainsi que vous sauverez votre vie."
AMEN