SAINT YVES DE TRÉGUIER

1 P 2, 19-25 : Mc 6, 1-6
St Yves de Tréguier - (19 mai 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

S

i vous permettez, je dirai quelques mots de mon saint patron : sant Erwan, saint Yves de mon vieux pays breton. Saint Yves est né en 1253 près de Tréguier, à deux kilomètres, dans un petit manoir. C'est Yves Hélory de Kermartin, il y avait beaucoup de petits nobles au treizième siècle en Bretagne. Il va partir assez vite à Paris faire des études de lettres, de théologie et de droit, qu'il complètera à Orléans par la suite, pour revenir, appelé par l'évêque de Rennes pour devenir "official" du diocèse de Rennes. Puis, il sera appelé par l'évêque de Tréguier pour exercer les fonctions d'avocat ecclésiastique et de juge pour Tréguier. C'est là qu'il acceptera d'être ordonné prêtre après avoir résisté un certain temps. Il est marqué par la spiritualité franciscaine qui vient de démarrer (saint François est mort en 1221), et il devient tertiaire franciscain. Il aura à cœur pendant toute sa vie, de vivre pauvrement. L'évêque de Tréguier lui paie un cheval, ce qui était l'équivalent d'une voiture, et il va vendre ce cheval pour continuer à aller à pied. Dès qu'il a quelque chose, il le vend, ainsi son hermine, il vend tout ce qu'il possède. Nommé curé à Trédrez et Loännec qui sont des villages pas très loin de Tréguier, et il finit par se retirer dans le manoir familial à deux kilomètres de Tréguier, où là, il se consacre à la prière tout simplement et à l'accueil des pauvres. saint Yves a toujours eu cette proximité des malades et des pauvres, il accueille même une famille de jongleurs, qui devait un peu traîner la misère, et il accueille toute la famille dans son manoir pour être proche d'eux.

Surtout, il exerce un grand ministère comme avocat et juge, à une époque où l'on se défiait un peu des coutumes féodales, l'Église avec son Droit Canon, apparaissait comme un lieu de liberté où le pauvre pouvait faire entendre sa voix. C'est pour cela qu'on représente souvent saint Yves dans sa fonction de juge, avec d'un côté un riche, et de l'autre côté, un pauvre. Il est toujours là au milieu des deux. Il meurt en 1303 et va être canonisé très rapidement.

Il y a deux points qui m'apparaissent importants dans cette vie. D'abord, une sorte d'humour de Dieu parce que saint Yves n'a rien écrit, si ce n'est son testament, les bretons sont assez coutumiers du fait, ils ont toujours une sorte de compagnie, pas d'attirance, vers la mort. Donc on n'a gardé que son testament et en fait, on connaît saint Yves non pas par des chroniqueurs, comme Joinville qui nous ont permis de connaître saint Louis, comme les écrits de saint Bernard qui nous ont permis de connaître saint Bernard lui-même, mais on connaît saint Yves par le procès de canonisation. On l'a intégralement gardé, en 1330, vingt-sept ans après sa mort, et là, on a les témoins, leur profession, le nom des interprètes, parce que la plupart des personnes parlaient breton. Donc on a en fait une sorte de photographie du treizième siècle breton et la vie de notre saint. On connaît ce patron des avocats par le procès de sa canonisation, c'est une sorte d'humour de Dieu.

L'autre chose m'est apparue en lisant l'évangile dans lequel Jésus revient à Nazareth, la ville où il a grandi : "n'est-il pas le frère de José, ses sœurs ne sont-elles pas parmi nous ?" (on sait aujourd'hui que ce sont des cousins en réalité). Et là, Il ne peut faire aucun miracle, et Il s'étonne du manque de foi, et il y a cette parole étonnante où Il dit: "Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie, dans sa maison". Et saint Yves, curieusement apporte un démenti à cette parole de Jésus, puisqu'il a toujours vécu, sauf le temps de ses études à Paris et Orléans, il a toujours vécu à Tréguier ou dans les environs très proches, et il a été prophète dans sa patrie, dans sa maison, dans son terroir. Cela montre la grande sainteté de cet homme, parce qu'il aurait pu se faire cannibaliser par son milieu, il aurait pu se laisser entraîner dans son milieu, non, il a manifesté un sens aigu de la justice dans on terroir. C'est cela qui est marquant dans la vie de saint Yves. Il est un prophète, animé des sentiments de justice, et cela au cœur de sa propre maison. C'est le paradoxe de la lecture d'évangile d'aujourd'hui et de la vie de saint Yves.

Aujourd'hui, nous pouvons confier tous les avocats, les magistrats de la Cour d'Appel, puisque c'est leur saint patron, nous pouvons demander par l'intercession et la grâce de saint Yves, qu'ils soient toujours plus ardents à défendre le pauvre, toujours plus animés par les sentiments de la justice, qu'ils puissent traduire dans l'exercice de leur profession ces vertus qui étaient celles du saint que nous célébrons aujourd'hui.

 

AMEN