DIEU VIENT NOUS VISITER
So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 2011)
Mardi de la sixième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
Cathédrale de Reims : Visitation
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rères et sœurs, il est bien connu qu'on oppose assez facilement la rencontre de Dieu et de l'homme dans l'Ancien Testament, et la rencontre de Dieu et de l'homme dans le Nouveau Testament. Dans le premier, c'est Dieu lui-même qui le dit, il ne fera voir à Moïse que son dos, puisque celui qui voit la face de Dieu meurt. Dans l'Ancien Testament, la rencontre de Dieu est à deux doigts de la mort, ce que l'on a vu de mieux, en fait, on n'arrive pas à le transmettre. Soit on meurt, soit on ne meurt pas mais de toute manière, nous n'avons pas les mots pour transmettre aux autres ce qu'on devrait leur dire. C'est assez facile de faire la liste de tous ceux qui ont reçu une vocation et qui face à cette vocation, dans la transcendance de Dieu disent : nous n'en sommes pas dignes et pas simplement parce qu'ils joueraient au faux humble, mais ils se rendent compte que rencontrer Dieu ne suffit pas pour ensuite témoigner.
Vous aurez aussi remarqué que les différentes rencontres entre Dieu et les hommes prennent des mots différents. Dans l'Ancien Testament, on parle assez facilement de vocation : la vocation d'Isaïe, la vocation de Jérémie, la vocation de Moïse. Et dans le début de l'évangile de Luc, il y a une autre rencontre qui se traduit par un autre mot, c'est la rencontre de l'ange avec Marie, c'est une annonciation. Et aujourd'hui, c'est une rencontre entre deux femmes et le mot utilisé n'est ni le mot vocation, ni le mot annonciation, c'est le mot visitation. Est-ce que cela veut dire qu'on joue sur les mots et qu'en fait c'est pareil ? C'est pareil et ce n'est pas pareil !
Derrière tout cela, il y a une rencontre entre Dieu et les hommes, mais ce sont des rencontres qui se font à un niveau différent et surtout qui ont des conséquences différentes. Je ne sais pas vous, mais moi, le Magnificat, je le comprendrais beaucoup plus facilement et logiquement après l'annonciation. Il y a un événement extraordinaire qui se passe, il y a un ange qui vient s'agenouiller devant vous et qui vous dit que vous allez porter le Fils de Dieu, on a envie de chanter une louange. Et non, rien n'est dit. Il y a comme une relégation du comportement de la vierge Marie, l'ange s'en va, il la quitte, et ce n'est pas dans l'annonciation que Marie sera capable de chanter son chant de louange. Il faut passer par la médiation de la chair pour qu'au cœur de cette visitation, il y ait cet échange qui se fasse entre ces deux femmes, entre celle qui d'abord reçoit et crie sa joie, c'est Élisabeth, et inversement, Marie qui reçoit ce cri de joie d'Élisabeth comme un signal pour chanter le Magnificat.
Frères et sœurs, je crois que ce que nous célébrons aujourd'hui, ce n'est pas simplement une vocation, ce n'est pas simplement une annonciation, c'est le fait que justement, à travers cette scène ce qui est mis en valeur, c'est la médiation de la chair. Cette médiation de la chair n'existait pas dans l'Ancien Testament, car ceux qui étaient envoyés proclamaient leur indignité non pas par coquetterie, mais parce que face à un événement d'une telle expérience, ils avaient du mal à exprimer cette expérience auprès de leurs contemporains. C'est encore un petit peu ce que vit la vierge Marie au moment de l'annonciation. Et la visitation, c'est là que se met en place la symbolique de la rencontre de l'homme et de Dieu à travers la chair.
Frères et sœurs, je crois que ce que nous célébrons aujourd'hui c'est une grande découverte, maintenant, Dieu, même si on peut dire qu'il nous visite à travers des vocations, et des annonciations, en fait, ces annonciations et ces vocations ne se font plus que par le biais d'une véritable rencontre du type de celle que nous venons d'entendre tout à l'heure, une visitation. Dieu vient nous visiter. C'est à la fois tout petit, tout ténu, et en même temps, c'est le seul moyen que Dieu a pour nous visiter sans nous écraser, pour faire en sorte que maintenant son salut ne passe plus simplement par des moyens extraordinaires, de ce buisson qui brûle sans se consumer, de cette vision de cet homme qui voit des anges voleter. En fait, la médiation de la chair c'est celle par laquelle Dieu nous envoie en mission. Parce que ça aussi c'est le pendant de la fête que nous venons de célébrer. Marie n'a pas encore les mots, mais elle a envie de se précipiter auprès d'une autre femme pour la rencontrer et au moins pour lui dire quelque chose de sa joie d'être enceinte. C'est à ce moment-là, alors qu'on aurait pu penser que Marie allait enseigner sa cousine Élisabeth, il faut que ce soit Élisabeth qui lance le mouvement pour que Marie ouvre son cœur et puisse crier ce chant du Magnificat.
Cela nous dit quelque chose sur tous ces échanges que nous pouvons avoir les uns avec les autres, il ne s'agit pas simplement de parler physiquement d'un enfantement, mais quand nous rencontrons quelqu'un et que nous lui partageons avec des mots parfois très pauvres ce que nous vivons avec le Seigneur, nous avons besoin de la part de cette personne qu'elle puisse réagir et nous relancer. Dans toute rencontre, il y a véritablement une visitation.
Frères et sœurs, dans cette fête, que nous puissions nous tourner vers le Seigneur et lui demander encore de nous visiter avant même d'avoir les mots pour le louer, car c'est par nos frères et nos sœurs, que ce cantique de louange viendra, après, pour crier notre joie au Seigneur.
AMEN
