LA JOIE DU SALUT
So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 2010)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Pleyben : La Visitation
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rères et sœurs, cette rencontre de deux femmes enceintes qui a inspiré tant de peintres, qui s'est centrée sur ce côté assez touchant de la jeune fille enceinte et de la dame d'un certain âge également enceinte, sur la délicatesse de ce geste de rencontre, les deux femmes inclinées l'une vers l'autre. Bref, on a l'impression d'un monument d'anthologie de ce qui est l'histoire de l'affection dans la tradition biblique et la tradition juive.
Malheureusement, même si c'est très beau et très édifiant, je ne crois pas que le récit de Luc soit un cours de retrouvailles et d'affection entre ces deux femmes. En réalité, c'est un traité de théologie assez sobre et assez rigoureux qui essaie de nous expliquer surtout le mystère de l'entrée de Dieu dans le monde. Il y a chez Luc un souci explicite de montrer comment Dieu entre dans le monde, comment, le Créateur entre dans la création. Il y a deux mystères dans notre foi, c'est celui de l'entré du Créateur dans le statut de créature et la sortie de l'humanité de Jésus dans le cœur de Dieu. Ce sont les deux mêmes mystères puisque dans la tradition biblique le Créateur parce qu'il est créateur, est séparé et transcendant par rapport à la création. Le débat qui existe entre nous et les juifs religieux c'est le fait que pour nous, Dieu a osé entrer dans la création, tandis que pour les juifs, c'est impensable. Pour eux nous faisons de Jésus dont la chair a été créée, une idole, et nous ne respectons pas assez la transcendance inouïe du Dieu qui avait été révélé à Moïse et à Israël.
Toujours est-il que les deux étapes majeures que nous voyons dans le récit de Luc c'est d'une part, celle que nous fêtons le 25 mars où Dieu entre dans la condition humaine en voulant que l'humanité symbolisée par la vierge Marie puisse dire "oui" et accueillir Dieu dans la création. Donc la première condition pour être croyant, chrétien, c'est de redire du plus profond de nous-même ce "oui" à la venue de Dieu dans la condition humaine et à travers tout ce qui fait la vie de l'Église, les sacrements, la prière, la charité.
Aujourd'hui, c'est une autre dimension, c'est le fait que cet enfant dans le sein de la vierge Marie commence à communiquer les grâces du salut. Ce qui fait le cœur de la Visitation, c'est le fait qu'Élisabeth qui reconnaît Marie sa cousine est comme précédée, devancée par son enfant qui, dans son sein, tressaille de joie à la venue du Sauveur. Ce que le texte veut nous dire, c'est qu'à partir du moment où le Christ est entré dans la condition humaine à travers la condition d'embryon, d'une part, il met en marche sa mère pour qu'elle soit la première annonciatrice, évangélisatrice du salut, ceci envers sa cousine Élisabeth, et ensuite que le Christ est le moteur et le communicateur de ce salut en sanctifiant et en faisant exulter d'allégresse Jean dans le sein de sa mère.
Ce qui est intéressant et cela mérite d'être noté, là où habituellement les manifestations de Dieu se passaient dans la terreur, la peur, une sorte de distance et d'accablement, la manifestation du Verbe dans la condition humaine, c'est de faire tressaillir de joie Jean-Baptiste et de faire exulter Élisabeth parce que son enfant tressaille en elle. Jean est vis-à-vis de sa mère, le prophète de cette visitation. La tonalité fondamentale de ce récit c'est la joie qu'engendre l'Incarnation. C'est pour cela que c'est si beau d'entendre le passage de Sophonie dont vous avez remarqué la phrase assez étonnante : "Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi". C'est exactement ce qui se pas dans cette scène de la Visitation. Dieu est au milieu de ce petit groupe d'humanité qui l'accueille dans la maison d'Élisabeth, et cette Visitation, cette présence de Dieu ne peut que susciter la joie du salut.
Frères et sœurs, que cette fête de la Visitation redresse notre propre manière d'appréhender la présence du Christ. Que cette présence du Christ suscite en nous une véritable allégresse et une véritable joie parce qu'effectivement, il s'agit d'accueillir celui qui apporte réellement dès maintenant, alors qu'apparemment il n'en a pas les moyens, qui apporte réellement la plénitude du salut.
AMEN