DISCERNÉ DÈS LE SEIN DE SA MÈRE
So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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armi les nombreux aspects qui se manifestent dans cette fête dite "de la Visitation", ce qu'on souligne généralement le pus volontiers, c'est l'aspect de la rencontre de ces deux femmes enceintes, Marie et Élisabeth. Vous connaissez tous ces merveilleux tableaux, soit florentins, soit vénitiens, dans lesquelles on voit les deux femmes, et l'on dirait que les peintres se sont amusés à faire correspondre les couleurs des deux manteaux, les drapés, le velouté des étoffes, pour essayer de montrer à travers la beauté et la finesse des couleurs, cette harmonie qui se crée tout à coup entre ces deux femmes qui sont toutes les deux enceintes de façon assez mystérieuse et énigmatique, l'une alors que son mari n'a pas cru au dessein de Dieu, l'autre qui est enceinte sans avoir connu d'homme.
Mais il y a un autre aspect dont on parle moins volontiers et qui pourtant est assez central dans cette fête, c'est ce que j'appellerais l'investiture de Jean-Baptiste. Dans l'économie globale du récit de l'enfance de Luc, il est certain que la Visitation sert d'abord à montrer que Jean-Baptiste reçoit sa vocation. C'est un thème très ancien dans la littérature prophétique. Quand dans l'Ancien Testament un prophète veut justifier qu'il est prophète, en général il dit qu'il a été choisi dès le sein de sa mère. Même si un récit de vocation vient ensuite confirmer, par exemple pour Jérémie, il reçoit une vision et dans la vision même qu'il reçoit, Dieu lui dit : "Depuis le sein de ta mère, je t'ai appelé". Ce thème est tellement fréquent qu'il revient aussi dans le Nouveau Testament, on en a fait d'ailleurs un thème qu'on appelle la "prédestination", qui n'a rien à voir avec une sorte de programmation informatique de la vie des gens, mais qui est la vocation l'appel que chaque personne reçoit dans le moment même où il vient à l'existence.
Or, précisément, alors que pour Jésus il n'y a pas de récit de vocation, tout au moins dans l'enfance, et je ne suis pas sûr que le baptême soit un récit de vocation, en tout cas les évangélistes ne le présentent pas comme cela, tandis que pour Jean-Baptiste, il y a un récit de conception, de vocation et de naissance. La conception, c'est l'incrédulité de son père, Jean-Baptiste est enfanté alors même que Zacharie n'y croit pas. D'autre part, Jean-Baptiste naîtra pour délier le père de son incrédulité, c'est la fameuse scène où Zacharie donne le nom de l'enfant en l'inscrivant sur une tablette et qu'à ce moment-là, il recouvre la parole parce qu'il a enfin nommé et reconnu celui qui l'a engendré, mais entre les deux, il y a la scène de la vocation. C'est une vocation au sens strict du terme, puisqu'au moment où Jésus dans le sein de sa mère, arrive en présence de l'enfant, Élisabeth dit : "L'enfant a tressailli dans mon sein". Ce tressaillement, c'est le fait pour l'évangéliste que Jean-Baptiste reconnaît celui qui l'appelle, et c'est pour cela qu'il tressaille. Je ne dirai pas qu'il se met au garde-à-vous, mais presque, c'est-à-dire qu'il reconnaît à ce moment-là que celui qui vient à lui l'appelle. Il s'exprime à travers la bouche de sa mère : "Comment se fait-il que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi". En réalité, c'est le début du ministère de Jean-Baptiste qui, reconnaissant la vocation qui lui est donnée, tressaille, c'est-à-dire accepte, dit oui à la vocation et ensuite l'exprime déjà par la bouche de sa mère, comme plus tard il désignera le Christ Jésus comme Agneau de Dieu, là par la bouche de sa mère, il dit : "La mère de mon Seigneur est venue jusqu'à moi".
On peut dire qu'aujourd'hui cette fête de la Visitation, c'est une sorte de fête du charisme de la prophétie, non pas la prophétie au sens un peu usé du terme, c'est-à-dire la prophétie au sens de prédire des choses à venir, mais la prophétie au sens du discernement, de la présence et de l'œuvre de Dieu. Donc ici ce que l'évangéliste a voulu souligner, c'est le caractère absolument extraordinaire, c'est que la prophétie n'attend pas la maturité de la conscience, n'attend pas le développement des connaissances catéchétiques ou exégétiques, ici, la prophétie, c'est l'envahissement du cœur et de la vie, de l'existence de cet enfant qui est encore dans le sein de sa mère, qui désigne effectivement déjà le Christ comme son Seigneur, parce qu'il l'a reconnu comme celui par qui il est appelé.
AMEN