DIEU À LA RECHERCHE DE L’HOMME

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 2006)
Mercredi de la septième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL


N

’en déplaise à certains qui nous font croire que l’Église a refoulé l’éternel féminin, Monsieur Brown et ses autres comparses qui vont nous expliquer que nous avons construit une religion machiste, phallique en quelque sorte, ils ont dû louper la leçon de catéchèse qui concernant l’Annonciation et la Visitation, puisque là on nous offre deux femmes d’un coup pour le prix d’une ! Il y a donc un retour des bonnes choses que nous sommes en train de vénérer, de fait ce que le féminin signifie. Et le masculin et le féminin ont chacun une manière qui leur est propre de signifier l’attente, la présence et l’action divine.

Dans cet évangile, j’ai toujours aimé cet empressement qui pousse celle qui est pleine en Dieu, ou pleine de Dieu, de courir, de courir le monde. Je suis très mauvais peintre, mais si j’étais bon peintre, je représenterais cette nature qui, sous les pieds de la vierge Marie s’éveillerait au retour de Dieu. Cette femme qui porte l’Enfant Jésus réveille la louange, comme le dit le psaume, la louange matinale, les étoiles la reconnaissent, les arbres s’inclinent et le sentier s’ouvre devant le retour du créateur à travers le Fils. Il y a pour moi, comme une sorte de retrouvailles, un peu comme l’enfant prodigue : le monde et les hommes entendent le pas de Dieu, et c’est le pas d’un enfant dans le ventre d’une femme, dans le ventre d’une mère.

La première à avoir entendu comme d’ailleurs le Cantique nous le dira après, c’est pour cela que l’évangile est d’une ouverture symbolique incroyable, la première qui l’entend, c’est une autre femme qui porte elle-même un enfant, et l’enfant tressaillit en son sein. Non seulement la nature elle-même s’incline et reconnaît son créateur, elle reconnaît les pas de Dieu, comme une réponse au départ du jardin, c’est un retour dans le jardin ou encore le monde redevient jardin, et c’est un autre enfant dans le sein de sa mère qui avant sa naissance, reconnaît les pas, la musique des pas de la présence de Dieu quand nous avons accepté qu’il vienne chez nous. Fêter la Visitation comme en prélude de la Pentecôte, ou en ce temps de préparation à la fête de Pentecôte que nous célébrerons dimanche, c’est bien pour chacun de nous, entendre la manière dont Dieu fait retour en nous-mêmes. Nous sommes tous appelés, quel que soit notre sexe, à accueillir et à être fécondés, habités par la présence de Dieu comme Marie l’est, et cette présence ne peut pas être contenue en Marie, elle déborde, il y a un point d’excès. Et cet excès touche par contagion, les étoiles, les chemins, et cette femme, la cousine, qui le reconnaît immédiatement.

Il y a dons à travers ce mouvement, ce premier mouvement de la grâce. La grâce ne peut pas rester pour elle-même immobile, elle est affamée de rencontre avec l’homme. Si Marie court sur les collines pour rencontrer Elisabeth, c’est pour signifier le désir que porte Dieu de rencontrer les hommes, d’être accueillis pas eux, d’habiter chez eux. Il y a dans cet empressement, dans ce zèle, comme l’étincelle qui va provoquer le feu et apporter le feu de la lumière et de l’évangile à travers le monde qui se dépérissait en son absence.

Frères et sœurs, que cette rencontre des deux femmes, des deux mères nous donne le goût, la vision et l’image du désir de Dieu de nous retrouver nous-mêmes pour que nous puissions à notre tour tressaillir en entendant le retour de Dieu, et que nous puissions nous réjouir à recevoir Dieu qui achèvera cette présence divine en chacun de nous.

 

AMEN