DANS L'ACTION DE L'ESPRIT SAINT

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, sitôt que l'ange eut quitté Marie, lui ayant appris qu'elle portait en elle le Fils de Dieu, Marie, en grande hâte, quitte sa maison, se rend chez Elisabeth pour lui annoncer cette bonne nouvelle.

Cette fête de la Visitation, à juste titre, nous y voyons la fête où Marie nous invite à l'action apostolique, à ce besoin profond qui nous habite, d'aller trouver les autres hommes pour leur dire la joie qui nous a été donnée. Plus profondément, nous pourrions dire que cette fête nous invite à creuser le mystère de la relation. Quand Marie va auprès d'Elisabeth, c'est pour établir un lien personnel entre elle et sa cousine, et plus profondément, pour établir un lien entre l'enfant qu'elle porte et celui que porte Elisabeth. Cette visitation de Marie, c'est reconnaître, créer, approfondir, les relations qui vont donner sens à la mission de chacun des personnages qui sont en jeu dans cet événement. Plus profondément encore, nous pouvons comprendre que l'annonce de l'ange a établi Marie dans une situation, une relation unique, extraordinaire entre elle et cet enfant qui prend chair en son sein et dont l'ange lui a révélé que c'était le Fils même de Dieu. Relation inimaginable, inouïe, et la liturgie commentant l'Écriture, nous dit que Marie a été bouleversée, qu'elle a été éblouie par la lumière de cette révélation. Et pourtant, Marie ne se contente pas de garder en elle cette merveille pour la ruminer, pour la vivre dans l'adoration, pour en quelque sorte s'en nourrir intérieurement. Dès que Marie est envahie par cette découverte d'une relation extraordinaire entre elle et cet enfant qui est le Fils de Dieu, elle n'a de cesse d'aller partager cette relation avec quelqu'un d'autre. On dirait que pour que la relation de Marie avec Jésus, cet enfant qu'elle porte en elle, soit pleinement vécue, pleinement épanouie, il faut qu'elle la partage avec quelqu'un d'autre. Il faut comme un troisième, en l'occurrence Élisabeth et à travers elle Jean-Baptiste, pour qu'ils se réjouissent de ce qui vient de se passer entre elle, Marie, entre elle et Dieu, entre elle et le Fils de Dieu devenant son Fils.

Une relation aussi intense, aussi profonde ne trouve son accomplissement que dans le partage de cette relation avec quelqu'un d'autre. C'est ainsi qu'une relation aussi profonde trouve son épanouissement en se multipliant, car la joie de Marie elle va la communiquer à Elisabeth et à travers elle, c'est Jean-Baptiste qui va être rempli de joie et exulter d'allégresse. C'est Jésus lui-même qui rentre en relation intime, profonde avec Jean-Baptiste à travers la salutation et la démarche de Marie.

Si vous le permettez, je voudrais vous suggérer ceci qui n'est peut-être pas tout à fait étranger au mystère le plus profond de notre foi, qui est précisément le mystère de la Trinité. Car, que se passe-il dans la Trinité ? Le Père donne tout ce qu'Il est, tout son amour au Fils. Le Fils reçoit tout ce qu'Il est de l'amour du Père. Et ainsi se crée la relation la plus inouïe qui puisse être imaginée, celle qui fonde toute rencontre, toute relation entre des personnes, tout ceci s'enracine, s'accroche à ce merveilleux échange entre le Père et le Fils dans lequel le Père donne tout, et le Fils reçoit tout et rend tout. Et cependant, cette relation inimaginable du Père et du Fils, ils ne vont pas se renfermer sur elle, ils ne vont pas la vivre seul à seul et face à face, immédiatement, il faut que ce bonheur inouï de l'amour partagé entre le Père et le Fils soit annoncé, communiqué, donné à un troisième : l'Esprit Saint, et qui va être à la fois le témoin de l'amour du Père et du Fils, se réjouir et vivre de cet amour, être rempli de la plénitude de cette relation en y participant comme le fruit témoin, celui qui est appelé à se réjouir du bonheur des autres. Ces autres que sont le Père et le Fils vivent un bonheur qui rejaillit sur l'Esprit qui n'est ni le Père, ni le Fils, Il n'est pas celui à qui le Père a tout donné, ni celui qui a tout reçu du Père, Il est celui qui est associé à cette plénitude d'échange pour devenir participant de la même joie, du même bonheur, du même absolu, de la même totalité.

C'est parce que précisément dans la Trinité, toute relation aboutit à ce partage qui la fait en quelque sorte rejaillir, exploser, devenir encore plus infinie, c'est parce que la relation du Père et du Fils se donne à l'Esprit, que pour nous aussi, pour Marie d'abord, et pour chacun d'entre nous, toute relation intime profonde, doit se démultiplier, s'enrichir, se donner, se partager. Le bonheur que Marie a reçu, elle est allée le donner à Elisabeth et à Jean-Baptiste, le bonheur que Jésus a en épousant notre nature humaine, Il va en faire tressaillir d'allégresse son Précurseur. Il n'y a rien d'étonnant à ce que ce mystère de la Visitation soit précisément l'œuvre de l'Esprit, comme il nous est dit : c'est l'Esprit qui envahit Elisabeth parce que de Jésus, Il s'est communiqué à Jean-Baptiste dans son sein, et c'est sous l'impulsion de l'Esprit qu'Élisabeth va s'exclamer dans un cri de joie, non pas quel est ce bonheur qui est à moi, mais quel est ce bonheur qui est le tien Marie, d'avoir reçu dans ton sein le Fils de Dieu ? "Comment m'est-il donné que a mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?" Marie va elle aussi exulter sous l'œuvre de l'Esprit saint et elle s'écriera : "Mon âme exalte le Seigneur", car Il se tourne vers toutes les générations, car à travers moi, ce sont tous les humbles, tous les pauvres qui vont être sanctifiés, visités, habités par cette venue de Dieu sur la terre.

Alors, frères et sœurs, nous aussi quand nous portons en nous une grande joie, quand nous portons en nous un grand bonheur, quand nous portons en nous un grand amour, quand nous recevons surtout cette présence de Dieu dans la prière, quand nous recevons cette joie de Dieu dans sa présence en nous, nous ne pouvons rien faire d'autre que d'aller le dire, d'aller le partager, que d'aller annoncer à tous nos frères cette joie qui nous est donnée pour eux et que c'est seulement le festin des noces éternelles qui pourra assouvir ce bonheur, cette joie infinie que Dieu a voulu, et que nous entrions pour toujours dans son amour pour en vivre nous aussi comme l'Esprit vit du bonheur du Père et du Fils.

 

 

AMEN