REMPLIES DE GRÂCE

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 2001)
Jeudi de la septième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

D

rôle de visite ! Lorsqu'on dit dans l'évangile que Jésus-Christ lui-même est homme parmi les hommes, et qu'Il a agi en tant qu'homme, avec des pensées, des actions, une manière d'être bien humaine, on s'attendrait à ce que la visite entre Marie et sa cousine Elisabeth soit semblable à n'importe quelle visite que deux femmes enceintes se feraient. Elles pourraient avoir discuté ou s'échanger des mo­dèles de layette, d'autant plus que là, elles n'auraient pas eu de problèmes, l'échographie était imparable, elles savaient déjà qu'elles avaient l'une et l'autre, un fils, et même Madame Irma était passée, puisqu'on avait toute la description astrale et le thème de ces enfants, de l'un on en dit qu'il ne boira pas de vin, ni de boisson forte, on entre vraiment dans les détails, et qu'il sera rempli d'Esprit Saint, et pour Jésus, Il est sauveur et Fils de Dieu.

Drôle de visite ! Parce quelle ne correspond à ce dont nous, nous avons l'habitude, quand nous par­lons de visite. D'ailleurs, il nous arrive maintenant de moins en moins d'aller visiter des gens, ce n'est plus comme au dix-neuvième siècle, comme on le lit dans les romans de Proust, ou madame de Machin-Chose avait ses horaires, son jeudi où elle recevait de telle heure à telle heure, les visites étaient prévues, bien codifiées, il fallait avoir déposé sa petite carte avant d'entrer dans le boudoir et d'aller plus loin. Donc, nous quand nous parlons de visite, nous n'avons pas en tête ce qu'on lit dans l'évangile, cela ne correspond à rien de ce que nous connaissons.

En effet, la visite, c'est d'abord un thème bi­blique. Il faut se rappeler que si Marie visite "sa" cou­sine Elisabeth (je pose la question : n'en avait-elle qu'une ? elle aurait pu aller voir toutes ses cousines ?), cela correspond pour Luc à ce que l'Écriture nous révèle : Dieu n'a cessé au cours de l'Histoire du Salut de visiter les hommes, Dieu prend plaisir à être avec les hommes, et à mesure de ses visites, Il va finir par s'installer vraiment et pour toujours au cœur même de cette humanité qu'Il aime, et qu'Il n'a cessé de cô­toyer, de façonner tout au long de l'histoire. Lorsque Marie visite sa cousine Elisabeth, c'est tout l'histoire de cette promesse de Dieu d'être toujours avec les hommes qui se réalise. Du coup, cette visitation n'est pas non plus pour nous simplement un évènement un peu désuet du passé, mais il y a une réelle manière d'être chrétien qui fait que nous pouvons percevoir ce que c'est que de visiter. Nous avons la même chance que Marie et Elisabeth, car nous portons Dieu. Saint Paul va même très loin puisqu'il dit : "Vous êtes le temple, le sanctuaire de l'Esprit Saint". Comme Ma­rie, lorsqu'on invoque un de ses titres, en parlant de l'Arche d'Alliance, qui contenait les tables de la loi, un, morceau de la manne, et le bâton d'Aaron qui a fleuri, nous-mêmes, par la vie sacramentelle, nous avons le pain de l'Eucharistie, nous avons la Parole créatrice de Dieu qui nous a fait naître, nous avons les fruits spirituels de ce rameau qui fleurit. Dans notre vie de chrétien, il nous est demandé de porter cela. La grande difficulté, on l'a vu encore récemment, c'est toujours de dire : comment témoigner, comment partir en mission ? Pourquoi le faire ? A la limite ce sont des fausses questions, nous le faisons tout simplement parce que cette mission, ce don, ou cette visite, c'est d'abord parce que nous sommes habités de la présence de Dieu, c'est parce que nous sommes nous-mêmes visités par Dieu. Trop souvent, nous rejetons dur le prêtre le fait d'avoir à dire, à témoigner, à partir en mission. Mais ce n'est pas l'ordination sacerdotale qui fait le missionnaire, c'est le baptême. C'est très diffé­rent, Donc, cela veut dire que la responsabilité in­combe à chacun de nous, le prêtre n'est qu'un maçon, il n'est ni le bâtiment, ni l'architecte, il est là simple­ment pour poser un peu de ciment sur les pierres vi­vantes que nous sommes chacun d'entre nous pour essayer de les lier, et l'on ne peut pas demander à un prêtre plus que ce qu'il ne peut donner, puisqu'il ne l'a pas. En revanche, un prêtre, comme chacun d'entre vous, c'est quelqu'un qui a reçu ce baptême, cette pré­sence de Dieu, et qui du coup avec patience, et humi­lité, accepte d'aller à la rencontre de l'autre et de dé­couvrir dans cette rencontre qu'il y a la présence de Dieu.

Alors, peut-être pourrons-nous dire comme la Vierge Marie : "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur". Et pourquoi Marie exalte-t-elle, et exulte-t-elle ? Parce que "Dieu s'est penché sur son humble servante". Si Marie dit qu'elle est l'humble servante, alors nous, que sommes-nous ? Mais plus nous sommes pécheurs, plus on peut nous accuser, plus on peut vérifier la grâce qui est en nous. Et nous avons des raisons plus grandes d'exalter et d'exulter en Dieu notre Sauveur, qui nous sauve. Saint Paul bien sûr le dit mieux que moi : "Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé".

Le cantique se poursuit et l'on constate les merveilles de Dieu, si je devais les résumer : "Dieu écrabouille les méchants, et il sauve les humbles". A nous de savoir où nous nous situons pour chanter le cantique de Marie, mais aussi savoir que malgré ce que nous sommes, Dieu est avec nous, et que ce Dieu avec nous, c'est pour le vivre ensemble dans cette admirable visitation de Dieu parmi les hommes.

Que Marie nous y aide, parce qu'elle nous y invite !

 

 

AMEN