BONDISSANT SUR LES COLLINES !

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 39-56
Visitation - (31 mai 2000)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

T

out au début de la création, le Père avait convoqué l'Esprit comme pour couver l'im­mense projet de la création, et qu'à l'abri de cette couvaison, Dieu puisse réaliser son projet, cette profusion, cette générosité d'idées, de matières, et enfin de vie. Il l'avait comme mise à l'abri de l'Esprit, qui tel un aigle couve ses petits. Tout cela était en préparation dans le cœur de Dieu et l'Esprit travaillait, oeuvrait au déploiement de l'imagination du Père. Cette création a pris son rythme de croisière, son en­vol, comme une autonomie, les animaux suivaient leur vie suivant leur espèce, l'homme suivait sa vie selon son espèce, selon son cœur qui n'était pas tou­jours orienté vers Dieu. L'Esprit était là, mais comme à l'abri, non plus comme au début, lorsqu'Il couvait la création, mais à l'intérieur des choses, plus discrète­ment, dans une activité différente. Puis, un matin, après que Marie dans le secret de son cœur, de son corps, de son alcôve, ait conçu de l'Esprit saint qui est venu réveiller une toute petite partie de la création, une toute partie d'une femme, Dieu a commencé à éveiller la création à un endroit donné, le sein d'une femme, en un lieu donné, comme l'étincelle qui couve, et devient le début d'un feu qui va atteindre les chaumes, et ce feu a pris dans le ventre d'une femme. Le feu de l'entrée de Dieu qui vient redire sa présence, et partager la vie qu'il avait créé au début. C'est comme si Dieu venait réveiller la création comme un réanime un corps engourdi. Il vient redire que cette création est source de Dieu, qu'elle vient de Lui et qu'elle repart vers Lui.

Pendant trois mois, le feu a couvé, comme une femme qui tisse en son sein l'enfant qu'elle porte, discrètement. Je n'ai pas porté d'enfant, je n'ai pas d'expérience, mais je sais pour l'avoir souvent en­tendu, que certaines mamans attendent avec impa­tience le premier coup de pied, le premier coup de coude de l'enfant qui va dire à sa manière cette vie qui déborde et qui ne pourra pas tenir dans ce sein, ce mouvement qui manifeste la vie qui ne pourra pas rester là, cette vie qui veut sortir. Au bout des trois mois, l'enfant donnait-il déjà des coups de pieds, je n'en sais rien, je ne connais pas la vie intime de Ma­rie, quelque chose se met en route en elle et imaginez que dans la création du monde, cette petite maison de Dieu qui est Marie travers les champs, les collines, sous le soleil et court.

Et le feu ne reste pas dans le sein de Marie, mais il gagne le bord des sentiers, le bord des étoiles, le bord de toute la création. Dieu continue son passage, essaime sur son passage ces graines de réveil. Marie court, traversant ce monde symboliquement, en parcourant cette courte distance entre Nazareth et la ville du haut-pays, où réside sa cousine Elisabeth, elle va réveiller le monde qui dor­mait comme en attente. Et à l'autre bout de la chaîne, du chemin, il y a un autre enfant de six mois son aîné, qui attendait non pas le coup de pied, mais le passage de l'Esprit. Marie est là comme un feu, comme un souffle à la fois si discret et si puissant, comme un printemps nouveau, toute la création qui dormait, ensevelie sous l'hiver de son péché, et ce printemps est inauguré par la course de Marie à travers les colli­nes, comme un renouveau qui n'aura jamais de fin. Quelqu'un l'accueille, non seulement Marie qui l'avait accueilli en son sein, comme ce début de feu, ce début de grâce : "Je suis ta servante", et à l'autre bout du voyage, Elisabeth accueille complètement elle aussi, "engrossée" par l'Esprit. Son enfant, Jean, bondit comme un jeune faon, pratiquement au terme, il naît avant de naître, il est remué de l'Esprit saint et trans­formé avant même de sortir du sein de sa mère.

Tout ce chemin de la Visitation est pour moi une des fêtes les plus intimes, les plus féminines, car il n'y a que des femmes ... avec deux petits mecs de chaque côté qui sont comme à l'abri des femmes, c'est une composition absolument parfaite qui décrit notre vie. Nous, nous sommes sur le sentier et nous sommes aussi remués, après Jean-Baptiste, après les naissances et le passage, après la mort. Que cette image que je viens de décrire à ma façon, réveille en vous le goût du feu de Dieu, qui est l'Esprit. Et le hasard fait que cette Visitation qui pourrait avoir lieu avant ou après l'Ascension, se situe juste à la veille. Il y a un sens de coïncidence entre les choses, comme si effectivement ce passage, cette course de Marie qui inaugure l'arrivée du Sauveur, dans toute son intensité, nous préparait à laisser partir Jésus pour mieux recevoir ce que Marie dit dans sa course, l'arrivée de l'Esprit Saint dans nos cœurs, dans nos vies.

 

 

AMEN